mardi,20 avril 2021
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Martine Oulabou, mémoire d’une martyre de l’éducation nationale

Ce mardi  23 mars 2021 marque la célébration de la Journée nationale de l’enseignant gabonais. Une date qui coïncide avec la disparition, le lundi 23 mars 1992, au cours d’un mouvement syndical des enseignants à Libreville, de l’enseignante Martine Oulabou Mbadinga, devenue au fil des années une figure emblématique de la lutte pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants et des apprenants. Retour sur les événements qui entourent la disparition de cette martyre de l’éducation nationale. 

Les circonstances de la mort de Martine Oulabou Mbadinga n’ont jusqu’à lors jamais été élucidées. Abattue selon certains de ses collègues syndiqués, d’une balle par les forces de l’ordre, lors d’une manifestation syndicale à Libreville, sa famille n’a jamais obtenu justice malgré son combat pour que la vérité éclate au grand jour. Elle aura bataillé en vain pour que les coupables de ce crime odieux soient punis. Près d’une trentaine d’années après ces faits qui ont marqué à jamais le monde syndical gabonais, aucune lueur de vérité ne semble poindre à l’horizon. 

Février 1992, raconte un témoin vivant des faits membre du Syndicat de l’éducation nationale (SENA) à l’origine de la grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national. « Les manifestations atteignent leur paroxysme le 23 mars 1992, une marche du syndicat est violemment réprimée par l’USI (Unité spéciale d’intervention), police anti-émeutes créée en 1991 pour faire face à ce type d’événements », témoigne-t-il. L’événement devient une émeute si importante que selon cette source « des policiers n’ont pas tardé à tirer sur les manifestants, en majorité des enseignants », a-t-elle poursuivi. 

Enseignante à l’école publique de la Sorbonne de Libreville, où elle y tenait une classe de CE1, Martine Oulabou s’était rendue aux dires de notre source, au petit matin au centre-ville pour participer à cette manifestation pacifique au cours de laquelle elle a trouvé la mort. Le drame serait survenu aux alentours de l’Ancienne pharmacie gabonaise, près de Mbolo. L’enseignante et ses camarades y auraient été pris en tenaille par deux cordons de sécurité de la police gabonaise. C’est à ce moment que « la maîtresse Oulabou aurait reçu une balle au niveau de la clavicule ». 

Plusieurs enseignants furent blessés lors de cette répression qui aurait été menée par un capitaine des Forces de police nationale. « La foule des manifestants dispersée, on pouvait voir désormais des corps gisant au sol. Les blessés se comptaient par dizaines, le courage et la solidarité d’autres enseignants bravant la peur des armes à feu tentèrent de s’occuper de leurs collègues touchés. Officiellement, deux enseignants seront grièvement blessés : Claudine Agozano (blessée à la cuisse droite) et André Essonghe qui se serait foulé la jambe droite dans la confusion des détonations », explique cet enseignant témoin des faits.

Les deux enseignants blessés par balle seront rapidement conduits à la clinique privée Chambrier pour les premiers soins. Mais la jeune Martine Oulabou, si gravement atteinte, sera transportée de toute urgence en ambulance à la Fondation Jeanne Ebori. « Sur le lit d’hôpital, la jeune enseignante jettera un dernier regard vers les médecins qui feront tout pour lui sauver la vie et ses collègues venus lui rendre visite », raconte notre source.

L’enseignante et militante n’y survivra pas. Ce lundi tragique un peu après 10 heures, c’est la fin. La courageuse maîtresse d’école Martine Oulabou s’éteint, brusquement arrachée à l’affection des siens. Martine Oulabou n’avait que 33 ans et elle croyait dur comme fer au combat syndical. Elle s’était engagée pour une meilleure école gabonaise et elle y perdit la vie. Laissant sa famille meurtrie et dans l’incompréhension. La mort de Martine Oulabou Mbadinga est l’une des premières d’une longue liste de décès attribués par l’opinion aux bavures policières. On pense aussi à Mboulou Beka mort dans des conditions jusqu’à lors non élucidées le 20 décembre 2014 et plus récemment de Gildas Iloko et de Djinky Emane lors des évènements liés au concert des casseroles.

Pour de nombreux enseignants, Martine Oulabou est le symbole de la lutte syndicale au Gabon. Elle s’est battue pour l’amélioration des conditions d’apprentissage et d’études de la jeunesse gabonaise. Sa mort a été le point de départ de plusieurs réformes et mesures prises par l’Etat. Les années qui ont suivi ont été marquées par la construction de nombreuses écoles, collèges et lycées dans le pays et la réfection de nombreux autres déjà existants. Plusieurs changements ont également été opérés dans le système académique pour le rendre un peu plus performant. La plupart des bâtiments scolaires que nous avons aujourd’hui au Gabon datent de cette époque.

Pour commémorer ce passé douloureux, le président de la République de l’époque, Omar Bongo avait décrété en 2007 une Journée nationale de l’enseignant gabonais. Le 23 mars symbolise depuis cette année-là, la date de la journée de l’enseignant gabonais. Une journée du souvenir célébrée timidement par l’Etat. « Il faut dire, à titre de rappel, que le 23 mars n’est devenu la Journée de l’Enseignant Gabonais, que grâce à la pugnacité des enseignants et, il faut également le reconnaître, grâce à la compréhension de certaines personnalités, certaines nous ont quittés, d’autres se reconnaîtront. Les membres du SENA, pour que cette Journée soit officialisée,  se sont battus, forçant parfois la main des autorités », a déclaré Christiane Bitougat, ancienne membre influente du SENA et ancienne ministre du Travail.

A quelques encablures du lieu où le sang de Martine Oulabou a coulé, se tient désormais une école qui porte son nom. La martyre de l’Education gabonaise repose depuis à Ekouk, à une vingtaine de kilomètres de la capitale.

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Andy Marvinehttp://gabonmediatime.com
Fils de Lambaréné, passionné d'écriture et féru des réseaux sociaux qui a, à cœur d'informer sur l'actualité gabonaise et internationale. Avant j'étais chef de classe, maintenant je suis titulaire d'un Master en Sciences Politiques et relations internationales
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