Zeh Ondoua Jean : «La Constitution gabonaise : un hymne à la liberté transformé en un hymne à la tyrannie»

La présente étude, réalisée à la veille de l’élection présidentielle du mois d’août 2016, s’efforce de rechercher la source de la crise qui secoue notre pays, non à travers les faits observables, mais dans l’irréductible antagonisme entre les deux parties essentielles de la Constitution du 26 mars 1991 qui sont le Préambule et la Constitution au sens strict, c’est-à-dire ses 119 articles visibles.

En principe, ils n’auraient pas dû s’opposer. C’est d’ailleurs en raison de l’étroite unité liant le Préambule à la Constitution que la Cour constitutionnelle a jugé, le 28 février 1992, qu’étant égaux en droit et en dignité, les deux forment «ce qui est convenu d’appeler le bloc de constitutionnalité». Néanmoins, leur fusion ne fait pas disparaître la structure verticale de la Constitution : le Préambule ou la liberté précède la Constitution à proprement dite ou l’organisation politique, particulièrement celle qui concilie la liberté et l’autorité.

La présente étude démontre, d’une part, que le Préambule de la Constitution en vigueur fait l’éloge de la liberté comme l’idéale de la société dans laquelle les Gabonais et Gabonaises aspirent de vivre et, d’autre part, que la Constitution à proprement parler doit être regardée comme la substructure de la tyrannie qui est aux commandes. Il est à craindre que ce pouvoir s’amplifie si rien ne l’arrête. Certes, il ne peut se saborder, ce qui lui est généralement demandé par ses adversaires qui oublient qu’il est sourd, aveugle et impitoyable.

N’ayant pas une âme qui s’attache aux Gabonais et Gabonaises et la force de les aimer, il les torturera ou marchera sur leurs corps inanimés, sans éprouver le moindre regret ou frisson, si sa survie en dépendait, et avancera jusqu’à ce qu’il rencontre une véritable résistance (article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, troisième considérant de la Déclaration universelle des droits de l’Homme).

Pourtant, l’espoir qu’on puisse en venir à bout ne doit pas disparaître. En effet, ce pouvoir, sauf s’il retrouve miraculeusement la raison et réalise que l’intérêt général du Peuple est supérieur à ses intérêts particuliers, a le même tendon d’Achille que tout pouvoir tyrannique : il peut vaincre parce qu’il dispose de plus de force brutale qu’il ne lui faut, mais il ne peut pas convaincre en raison de son impuissance congénitale à persuader. Car, pour persuader, il lui faudrait avoir ce qu’il n’a pas : la raison et le droit dans son combat.

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ZEH ONDOUA Jean

Docteur d’Etat en Droit public 

Assistant à la Faculté de Droit et des Sciences économiques

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