Wilson-André Ndombet : «Avec Emmanuel Macron : Peut-on dire adieu à la Françafrique ?»

Wilson-André Ndombet et Emmanuel Macron © Montage GMT

Nous sommes habitués à une Françafrique à plusieurs visages et à plusieurs variables, selon sa déclinaison par le locataire de l’Elysée.

Ce faisant, à chaque alternance politique au sommet de l’État français, les peuples africains francophones rêvent toujours d’un changement d’orientation de.la politique de coopération française. Ils attendent de voir leurs intérêts plus préservés, traités plus équitablement que dans le cadre de la Françafrique, politique nombriliste initiée sous le président libéral et républicain Charles de Gaulle, privilégiant ainsi prioritairement les intérêts économiques et financières et le commandement de l’ex-puissances tutrice, la France.

Par rapport à ces attentes déçues des peuples africains francophones sous la droite française, souvenons nous de l’effervescence paroxystique des peuples africains relative à l’avènement au pouvoir des socialistes François Mitterrand, en 1981, et de François Hollande, en 2012! Encore une fois, ce rêve s’est évanoui à l’épreuve des faits!

Justement à ce propos, à Bamako, suite aussi à l’avènement d’Emmanuel Macron est, cette fois-ci, projeté de refonder les relations franco-africaines sur le prisme d’une coopération articulée autour de la mise en perspective du critère de l’égalité et de la prise en compte notamment des desideratas de la jeunesse du Continent africain.

Cette coïncidence de vues supposée des politiques français et jeunes africains ne devrait a priori étonner personne. À moins d’être seulement une instrumentalisation, elle paraît être au contraire dans l’air du temps et correspondre au contexte politique et aux aspirations majoritaires des peuples en faveur du changement de leur conditions de vie !

Emmanuel Macron est jeune. La jeunesse africaine l’est aussi. Et il pourrait inspirer ou modéliser les aspirations des jeunes africains qui pourraient imaginer un projet sur la base de la trajectoire d’Emmanuel Macron.

Cependant, cette jeunesse a-t-elle bénéficié du même parcours universitaire (diplôme de 3ème Cycle ou équivalent) ? Cette jeunesse africaine a-t-elle connu le même encadrement des aînés (réseau)? Cette jeunesse africaine a-t-elle passé des stages dans des structures administratives privées (banques), publiques (Secrétariat Général à la Présidence de la République) ou politiques (Ministre) ? Cette jeunesse africaine peut-elle commettre un parricide à l’endroit des aînés (François Hollande), spécialistes de la gérontocratie (pouvoir absolu détenus par les aînés)? Sans compter le soutien ou l’initiation à des sociétés savantes globalement ignorées, d’une part!

D’autre part, si l’on validait l’hypothèse selon laquelle d’autres temps, d’autres moeurs, Emmanuel Macron s’est-il convaincu que ce projet de développement de l’Afrique devrait attendre, en plus, environ dix à vingt ans, le temps que les jeunes en question grandissent, apprennent, terminent leurs humanités, soient diplômés et confirment leurs expertises respectives en France, en Afrique ou ailleurs? Pour être véritablement performants et compétitifs comparativement à leurs alter-ego extra-continentaux (Europe, Amérique, Asie, Océanie) et en rapport avec particulièrement l’ère de la mondialisation ?

Enfin, dans la mise en perspective du développement optimal de l’Afrique, le « Carré d’As » des experts français du Président Emmanuel Macron s’est-il assuré, en recensant les élites africaines, pays par pays, que celles-ci n’avaient pas de contemporains aux mêmes profils susceptibles de changer la donne politique actuelle en Afrique?

Ou faudrait-il absolument attester que les élites africaines soient toutes corrompues; au point de ne plus rien espérer d’elles.Tant bien même si beaucoup d’entre-elles n’ont aucun complexe à se faire; puisqu’ il vrai qu’elles ont aussi fréquenté les mêmes facultés, les mêmes écoles ou les mêmes instituts supérieurs que leurs homologues français, par exemple ?

Ce qui me paraît gênant et à la fois douteux dans ce projet (ce discours d’Emmanuel Macron) est de tout renvoyer aux calendes grecques; alors qu’on peut bien repenser l’avenir de l’Afrique autrement, et maintenant, notamment avec des élites non forcément corrompues ou non faussaires, donc différentes et opposées aux spécialistes et responsables répréhensibles de la gabegie et du retard de l’Afrique.

Pour ma part, ce qu’on attend d’Emmanuel Macron c’est d’équilibrer et de valider les équations démocratiques en suspens et dire, pour une fois, clairement et non par allégories compliquées et interposées, comme le souhaitent les peuples africains dans leur ensemble, ne plus jamais soutenir les dictateurs africains ?

Le choix du Burkina-Faso ne doit pas être un prétexte simplement à féliciter pour agiter la justification d’un voyage politicien et masquer par ricochet une Françafrique traditionnelle et postcoloniale. Ce choix doit aspirer à servir plutôt d’exemple afin de soutenir et s’appliquer à d’autres pays encore sous tension dictatoriale. Bien entendu avec l’aide de la France.

Cette France qui prétend être porteuse d’un nouvel idéal de développement pour la jeunesse en question y a intérêt au risque, après toute révolution perpétrée de l’intérieur par les seuls peuples autochtones, d’être vomie par l’Afrique entière au profit d’autres puissances occidentales, asiatiques, émergentes et concurrentes dans un proche avenir.

À mon avis, ce qui importe plus aujourd’hui c’est qu’Emmanuel Macron transforme son essai en essai plus que gagnant pour ne pas dire gagnant-gagnant entre la France et l’Afrique; à commencer par la révision de ses accords de coopération inégalitaires -fronton de la Françafrique- avec certains pays autrefois sous sa tutelle coloniale.

Dès lors, on aura compris qu’on soit sorti des discours encore plus que paternalistes et incantatoires aux relents françafricains d’antan, à tout le moins, plus proches de la théâtralité que de la réalité.

De telle sorte qu’il y a lieu de se demander si, avec Emmanuel Macron, sommes-nous en train de sortir de la nébuleuse « Françafrique »? À dénoncer plus que jamais, après avoir été pour une bonne part également responsable, par ses positionnements et soutiens de nombreux régimes dictatoriaux au pouvoir, du retard et du mal développement de la majorité des États africains francophones comparativement à leurs homologues, notamment anglophones, nettement plus avancés.

Le Conseiller.

Wilson-André Ndombet.

Docteur en Sciences Politiques.

Docteur en Histoire des Civilisations.

Professeur Titulaire des Universités à L’UOB.

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