Vers une hyper présidentialisation du régime gabonais?

Ali Bongo, le 12 janvier 2018 © D.R

Au cours du conseil des ministres du vendredi 23 février, plusieurs décisions ont été prises et des projets textes adoptés. Concernant le ministère de la Culture, des arts et traditions, sur proposition d’Alain Claude Billi-Bi-Nzé, le projet d’ordonnance portant création et organisation du Haut Conseil National des Rites et Traditions avait été adopté, portant ainsi le Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba à la tête de cet organisme consultatif permanent. Une fonction de plus ou de trop pour un Chef d’Etat?

A côté de son éminente et principale responsabilité de veiller sur le bien-être des gabonaises et gabonais, du bon fonctionnement de l’Etat, le Président de la République, Ali Bongo s’est vu porté à la tête de la présidence du Haut conseil national des rites et traditions du Gabon, sur proposition d’ordonnance portant création de cet organisme.

En effet, selon les précisions du communiqué qui a rendu public les conclusions du conseil de ministres qui s’est tenu en début du week-end écoulé, cet organisme consultatif a pour rôle de «déterminer les principes, les structures et les moyens de mise œuvre de la politique nationale sur la préservation, la valorisation et la promotion des rites et traditions; identifier et répertorier l’ensemble des rites et traditions relevant du patrimoine culturel ancestral; et proposer toutes mesures susceptibles de préserver et promouvoir la conformité de leur pratique».

Tout en saluant la place que fait désormais le gouvernement à la tradition définie par l’ensemble des pratiques culturelles gabonaise, l’opinion se demande pourquoi cet organisme est présidé par le Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba au lieu d’un autre gabonais: «Il est peut-être Chef de l’Etat mais en matière des rites et traditions, Ali Bongo est un profane. On ne doit pas se fier aux cérémonies politiciennes au cours desquelles il est souvent adoubé par certains traditionalistes des différentes régions qui n’ont, en réalité, que besoin d’argent», s’est exprimé un septuagénaire. .

Outre, cette immixtion dans la pratique des rites traditionnels, qui il faut le rappeler ne disposent pas de chef suprême comme c’est le cas dans les confessions religieuses, certains observateurs voient d’un mauvaise oeil la quasi omniprésence de la présidence de la République dans les dossiers dont elle n’a forcément pas compétence.

Cette omniprésence se fait d’ailleurs sentir avec la mainmise du directeur de cabinet d’Ali Bongo sur tous les dossiers sensibles de ces derniers mois. Du lancement de l’opération Aigle Douanes, en passant par celle dénommé «Justice fiscale» de la  grève des régies financières, au règlement de la dette intérieure, ou récemment le feuilleton Veolia-SEEG, rien ne semble plus échappé à Brice Laccruche Alihanga, qui par la force des choses est devenu «l’homme du Président».

D’ailleurs, certains observateurs notent qu’avec la présence du «D.C», sur tous les dossiers, les choses semblent désormais bouger, même si cela empiète sur le fonctionnement de la haute administration publique au détriment d’un Premier ministre impuissant et condamné désormais à jouer les seconds rôles.

La question qu’on pourrait se poser au demeurant serait, ne s’achemine-t-on pas vers une hyper présidentialisation de la nation gabonaise? Quand on sait qu’Ali Bongo est : Président de la République, Président du conseil de Ministres, Président du conseil supérieur de la magistrature, Président conseil supérieur de la sécurité, Chef suprême des armées et désormais Président du Haut conseil national des rites et traditions du Gabon. Comment comprendre ce cumul d’autant de fonctions par un seul cerveau alors que la gestion de la «res-publica» implique la responsabilisation de tous?

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