dimanche,5 décembre 2021
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Vanessa, 37 ans, expert-comptable

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Ou vivez vous et avec qui ? 

Actuellement, en appartement en rez-de-jardin, avec mon fils, ainsi que ma femme de ménage qui a fait le choix de rester à demeure durant tout le confinement.

Quelle est votre situation de travail en ce moment ? 

Je suis en télétravail depuis le 18 mars, comme tout le monde au bureau 😉 Ça commence à compter. C’est complexe – Tout le monde doit s’habituer à partager l’espace de vie et de travail en continu. 

En quoi votre rôle est il différent d’avant la crise ? Je dois superviser et motiver mes troupes à distance. Mon équipe est habituée à une supervision en présentiel. C’est épuisant pour tout le monde… 😉 Chacun de nous travaille désormais dans un environnement qui mêle la vie de famille à celle du travail. C’est difficile, notamment pour les femmes, de s’isoler des enfants, du conjoint, en plus des tâches ménagères et des devoirs des enfants à gérer. Nos clients nous demandent beaucoup d’attention. C’est une période difficile pour eux aussi. D’un point de vue personnel, mes déplacements rythmaient ma journée. Être au bureau me permettait de m’isoler de la vie familiale. Et inversement. Tout cela demande une refonte de mon rôle de manager. Je dois changer mes méthodes de travail, en plus de tout le reste.

Comment vivez vous ces changements ? J’ai l’impression que dans cette crise, il n’y a plus de limite, que nous devons être tout à la fois. Je vis ce stress pour moi, mais aussi à travers mes équipes. Je suis responsable de leur bien-être au travail, et c’est difficile à assumer quand il y a tant de paramètres qui ne dépendent pas de moi. De plus, la grande incertitude que nous apporte cette crise vient avec son lot de stress : comment travailler de façon optimale dans ces conditions ? Sans savoir quand nous pourrons « retourner à la normale », ou si ce sera même possible après tout ça ? Quel impact sur l’économie et notre capacité financière, celle de l’entreprise et donc la mienne et celle de mes salariés ? Je sens le poids de la responsabilité de ces hommes et femmes qui ont choisi de me suivre dans mon aventure entrepreneuriale. Je me sens aussi responsable d’aider mes clients à faire face à cette crise, tout ça sans être moi-même au mieux de ma forme physique et mentale. Sans oublier que nous sommes tous également devenus des spécialistes des maladies infectieuses… Rien que d’écrire ça, j’en ai un rire nerveux.

Ce qui m’aide à tenir, c’est de voir (sur les réseaux sociaux notamment) et d’entendre (auprès des femmes et hommes à qui je parle) que je ne suis pas la seule sur qui ça a cet effet. Je ne suis pas seule. C’est déjà arrivé avant, et à d’autres. Ça passera.

Comment faites vous pour rester en contact avec vos amis et la famille ?

Appels audio et vidéo, conférences téléphoniques et vidéos (Skype, WhatsApp, Zoom, house party, etc.), et messages WhatsApp. Nous échangeons aussi des vidéos sur les réseaux sociaux qui nous aident à mieux comprendre notre état mental, ou notre stress. Parfois, je reste plusieurs heures au téléphone avec une personne avec qui j’ai l’habitude de passer du temps (un collègue, un partenaire ou ma sœur) pendant que nous nous attelons chacun a nos tâches. Ça a un côté rassurant… Je n’ai jamais été une solitaire, et la vie sociale me manque.

Ressentez-vous une plus grande charge physique et mentale dans votre vie ?

Mentale oui. Ce n’est pas évident.

Coté famille , d’un côté, ma famille me manque ; de l’autre mon fils, trop content de m’avoir, veut que je reste à ses côtés et que je joue toute la journée avec lui. Je soutiens aussi ma fille, qui est chez son père, à distance et j’essaie de lui expliquer au quotidien pourquoi nous ne pouvons pas nous voir. Je ressens la pression de devoir mettre en place un planning d’appels pour maintenir le lien entre les enfants, moi, et le reste de ma famille. 

La pression mentale est énorme aussi côté boulot. J’essaie de faire preuve de patience envers les personnes avec qui je travaille et ça n’a jamais été mon fort 😉 Et puis, j’ai peur pour les autres, j’ai peur pour le monde. Si nous avions besoin d’une preuve que nous sommes tous interdépendants, et que nous ne pouvons être bien que si les autres le sont aussi, la voilà. Un virus qui vous contraint à prendre des mesures de protection, dont le bénéfice peut être réduit à néant si votre voisin ne fait pas la même chose. Quelle ironie, dans un monde où, de plus en plus, nous avions ce sentiment de tout puissance individuelle ; où nous arrivions à nous convaincre que tout dépendait de nous, seul…

En ce moment, comment vous détendez vous ? Je tiens un journal. J’écris ce qui me frustre, ce qui m’énerve, ce qui m’angoisse ; mais aussi ce pour quoi je suis reconnaissance, en cette période qui nous force à relativiser. J’ai un toit, je suis en sécurité et en bonne santé ; ma famille aussi. Financièrement, je peux voir venir. Je ne suis pas la priorité. L’essentiel est ailleurs.

Quelle musique ? Toutes ! Parfois, douce, voire triste. Et parfois, dansante ! Tout le monde dans la maison s’y met, danse en criant et en sautant avec la musique à fond. Ça défoule.

Quel film ? Films et séries sur Canal et sur Netflix. Les programmes télé nous imposent un rythme, nous disent quel jour on est… Parfois aussi des dessins animés avec le petit. Ça détend. 

Du sport ? Un peu de yoga. Je devrais en faire plus…

Un livre ? Non. Entre le boulot et le petit (la nounou n’en peut plus…) je n’y arrive pas.

Quel est la dernière chose qui vous a fait rire ou sourire ?

Mon fils. Il apprend encore à parler. C’est une chance inouïe d’être là au quotidien pour l’entendre et le voir évoluer.

Un conseil aux autres femmes en cette période difficile ?

Soyons indulgentes avec nous-même et avec les autres. Nous ne sommes pas parfaites, et personne ne l’attend (ou ne devrait l’attendre) de nous. On ne peut pas se transformer en maîtresse ou professeur d’école, chef cuisinier, fée du logis, tout en exerçant pour certaines notre profession. Nous devons nous souvenir que c’est difficile pour les enfants et les conjoints aussi. Nous sommes tous en situation de stress, et la priorité doit être la santé physique et mentale de tout le monde.

Cette situation nous force à nous adapter, nous réinventer. En cela, c’est une opportunité. C’est le propre de l’Homme, de résister au changement, puis de s’adapter. Il y aura un avant et un après crise #COVID19, en tous points de vue. Et comme toutes les autres crises avant celle-ci, ça passera.

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