Validation du discours de politique générale de Nkoghe Bekale : phénomène partisan ou véritable vote de confiance ?

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Le premier ministre Julien Nkoghe Bekale lors de sa déclaration de politique générale devant les députés © D.R.

On peut s’avancer, sans risque de nous tromper, que la Chambre basse du Parlement à l’occasion du Discours de Politique générale du Premier ministre,  Julien Nkoghe Bekale n’a pas failli à sa réputation d’anti-chambre du Parti démocratique gabonais (PDG). Après avoir levé dans des conditions douteuses l’immunité de l’honorable Justin Ndoundangoye, député du siège unique du deuxième arrondissement de la commune de Franceville, l’Assemblée nationale vient d’approuver par un vote de confiance, la politique générale d’un homme dont les faits montrent avec clarté, qu’il a lamentablement échoué.   


Julien Nkoghe Bekale s’est présenté ce vendredi 27 décembre 2019, devant les députés afin de se soumettre à un exercice républicain qui commande au numéro 2 de l’exécutif, de rendre des comptes au peuple devant ses représentants, à savoir les élus nationaux. Dans ce discours qu’il a déclaré être strictement encadré d’un « langage de vérité », le Premier ministre, chef du gouvernement, a rompu dans ses premières lignes, cette promesse faites aux parlementaires, en soutenant avoir prétendument été démis de ses fonctions par le chef de l’Etat, puis formé un nouveau gouvernement, conditions constitutionnelles préalables à la matérialisation d’une déclaration de politique générale. 

« Le Président de la République, Chef de l’Etat Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA a décidé, le 02 décembre dernier, de sa propre initiative de mettre fin à mes fonctions et partant de l’ensemble du Gouvernement ; et ce conformément à l’article 15 de la Constitution. Il m’a aussitôt chargé de lui proposer un nouveau Gouvernement  qui a prêté serment devant lui le 04 décembre 2019 en présence de la Cour Constitutionnelle » s’est-il permis de déclarer devant les élus, conscient pertinemment de ce que la conscience sociale à juste titre, avait fait poindre l’idée d’une violation de notre Loi Fondamentale par le non respect de l’indispensable article 15 ci-dessus mentionné. Julien Nkoghe Bekale, pourtant engagé à dire la vérité dans l’hémicycle, a servi aux députés, chargé de valider sa politique, une promesse de gascon, arc-boutant dans sa position et prenant pernicieusement le risque de mentir à la représentation nationale. 

Attendu sur le bilan de son exercice, mais également sur ses réalisations en tant que Chef du gouvernement mais encore plus sur les avancées concernant l’amélioration des conditions de vie des gabonais, Julien Nkoghe Bekale a annoncé conduire une politique « centrée sur l’Homme, sur le Gabonais, sur la Gabonaise, sur le jeune, sur le moins jeune, sur la femme qui s’inscrivent dans nos priorités car ce sont les premières raisons d’être de tout gouvernement ». Prétend t-ils que ces priorités cardinales, lesquelles doivent être effectives pour tout gabonais étaient différentes de celles relatives à son premier mandat? Sinon pour quelles priorités s’était t-il engagé au moment de sa nomination et au terme de sa précédente déclaration de politique générale du 27 février 2019 dernier? Aujourd’hui les gabonais éprouvent d’énormes difficultés à se nourrir, à se loger, l’accès l’eau et à l’électricité reste une promesse, un voeux pieu. Le chômage est endémique et l’insécurité a atteint des dimensions inédites en République gabonaise.       

Abondant dans le même sens, Julien Nkoghe Bekale a déclaré aux parlementaires avoir été «  instruit par le Président de la République, Chef de l’Etat, de satisfaire aux attentes et aux aspirations légitimes de nos compatriotes, notamment en ce qui concerne leurs besoins primaires ». On croit rêver. Sur quoi, le Premier ministre et son gouvernement sont-il engagés depuis plus d’un an ? Comment un Premier ministre peut-il toute honte bue et sans sourcilier, se présenter devant la représentation nationale, débiter pareille incongruité, et obtenir au terme de sa litanie de mensonge, l’approbation du Parlement? L’institution « auguste et respectable » telle que perçue par le Chef du gouvernement, n’est rien d’autres qu’un hyperbole, doublée d’un euphémisme aux relents ironiques, lesquels n’ont pour seul objectif que celui de se moquer des gabonais. 

Au moment d’aborder les supposées vérités qu’il a fallacieusement promis aux représentants du peuple, l’homme fort de Ntoum a énuméré ces évidences qui « ont trait, pour l’essentiel et sans être exhaustif, à l’état de nos routes et voiries urbaines, à l’insalubrité de nos villes, à la qualité de nos prises en charge dans les hôpitaux, à la situation de notre système scolaire et de formation, à l’employabilité de nos  jeunes, à la situation de nos retraités, à notre déficit d’exemplarité, à l’image que nous renvoyons à l’opinion publique » pouvait-on lire. Julien Nkoghe fait-il de la rétention et omet consciemment de parler des dérapages institutionnels et du scandale politico-financiers financier connus sous sa mandature? Quid de son appartenance à l’Association des jeunes émergents volontaires et de son lien étroit avec Brice Laccruche Alihanga supposé cerveau des détournements ? 

Engagé de sa démarche de persuasion, Julien Nkoghe Bekale a tenu à édulcorer son échec par la promesse des lendemains meilleurs. « La vérité est aussi, tout en restant prudent et mesuré, qu’après les mesures que nous avons prises au cours de ces derniers mois, nous sortons progressivement du tunnel, et nous devrions donc bientôt retrouver des marges de manœuvre », s’est-il défenduSauf erreur, la seule mesure importante prise par le gouvernement récemment, reste le Plan de relance de l’économie (PRE), qui regroupait un ensemble de programmes décidés par le gouvernement gabonais, lesquels devaient être mis en œuvre entre 2017 et 2019 pour relancer la croissance et diversifier l’économie nationale trop dépendante du secteur primaire. Un programme qui s’est révélé être, in fine, un échec retentissant. 

Le Premier Ministre a t-il engagé un autre programme inconnu des gabonais et de l’opinion permettant au pays de retrouver des marges de manoeuvres ? Si oui, il est prié au Chef du gouvernement de porter lesdites mesures à la connaissance des gabonais. C’est aussi cela le «  devoir républicain de tenir le langage de la vérité » pour lequel s’est prévalu Julien Nkoghe Bekale en amont de son propos.  

Après s’être prononcée pour la levée de l’immunité Parlementaire d’un des leurs, en l’occurrence Justin Ndoudangoye, député du siège unique du 2eme arrondissement de Franceville en violation de l’article 96 du règlement de l’Assemblée Nationale, la chambre basse du Parlement vient de consolider par 116 voix pour, 20 voix contre et une abstention, un vote de confiance de la politique de Julien Nkoghe Bekale, quand la clameur populaire réclamait et c’est peu de le dire, une motion de censure. 

Julien Nkoghe Bekale a servi son discours chatoyant, transpirant de platitude, et bourré de gracieusetés hypocrites aux députés en mettant en avant l’idée d’une institution auguste et respectable. Tellement respectable, cette institution, qu’elle a accordé sa confiance à un homme dont l’échec du mandat transpire sur les conditions de vie des gabonais. On peut lire via ce vote, le caractère antidémocratique d’une assemblée monocolore, mais également l’échec de la vision de Jean Ping qui avait enjoint le peuple a boycotté les législatives de 2018. Car nul doute que ce vote aurait été tout autre si l’opposition avait une plus grande représentativité dans la chambre basse du Parlement.  

Le premier Ministre dirige l’action du gouvernement, il nomme aux emplois civils et militaires, il est par conséquent, l’autorité de réglementation et de contrôle des entreprises publiques. Au regard des récents événements, relevés dans le cadre de l’opération Scorpion, il est évident que le premier ministre a fait étalage de son incapacité ou de son inaptitude face enjeux qui se sont présentés face à lui. Mieux, Julien Nkoghe Bekale a peut être, délibérément et par impuissance, fermés les yeux sur les dérapages constitutionnels et les détournements perpétrés au sommet de l’Etat.

La méritocratie prônée par le président de la République, Ali Bongo Ondimba, enseignait que seuls les plus honorables, se distinguant positivement dans la société, pouvait mériter un tel plébiscite, une telle confiance. A moins que pour ces personnes, censées représenter le peuple, être président d’honneur, d’une organisation regroupant en son sein, les présumés distracteurs de biens ayant mis à sac les finances de l’Etat, soit devenu un exploit, ou un mérite, digne d’être, désormais, reconduit à la tête de l’Etat. De même que  quand on a nommé à des postes de responsabilités des présumés délinquants financiers. 

Après que cette indécence, fut imposé aux gabonais, on peut s’avancer, sans risque de se tromper que la conscience morale et éthique de ces hommes et femmes représentant du peuple de l’Assemblée nationale ayant cautionné ce vote, s’était définitivement endormie devant l’hotel de leurs intérêts bassement égoïstes. Si ces hommes voulaient se moquer des gabonais, il ne s’y seraient pas pris autrement. 

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