samedi,18 septembre 2021
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UOB: face au mutisme du gouvernement le SNEC interpelle Ali Bongo dans une lettre ouverte

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Face au mutisme du gouvernement qui semble peu enclin à répondre à ses préoccupations notamment concernant le fonctionnement de l’Université Omar Bongo (UOB), le Syndicat national des enseignants-chercheurs section UOB (SNEC-UOB) a décidé de passer à la vitesse supérieure. C’est donc par le biais d’une lettre ouverte parvenue à Gabon Media Time ce lundi 21 décembre 2020 que les universitaires ont décidé d’interpeller le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba pour lui exposer les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien et qui les empêche de remplir convenablement leur mission formulant au passage des propositions pour lever le statu quo qui prévaut au sein de cet établissement. Ci-dessous l’intégralité de ladite correspondance. 

« Lettre ouverte 

Au

Président de la République, Chef de l’État

Monsieur le Président de la République, 

L’Université Omar Bongo est l’alma mater des universités gabonaises. Elle a été créée en 1970, et est âgée de 50 ans aujourd’hui. En 50 ans, cette université a formé plus de 70% de l’élite gabonaise. Cela ne s’est pas fait, vous le savez, sans difficultés. Ces difficultés sont concomitamment d’ordres humain, institutionnel, structurel et infrastructurel, justifiant ainsi les grèves à répétitions et autres dysfonctionnements observés ces vingt (20) dernières années. 

La crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de la Covid-19 a non seulement mieux porté à nu, mais aussi, et surtout, accentué ces insuffisances difficilement acceptables à ce jour. Le SNEC-UOB a adressé des Demandes d’audience formelle à l’Assemblée Nationale, au Senat, au Conseil Economique, Social et Environnemental et à la Cour Constitutionnelle, pour faire part manifestement de la situation qui prévaut, en débattre et leur déposer auprès des Représentants de chacune de ces Institutions, un Mémorandum récapitulant les revendications des enseignants-chercheurs, l’état des lieux de l’Université Omar Bongo et quelques propositions pour une sortie de crise, gage d’un écosystème universitaire définitivement apaisé. Ces Institutions n’ayant donné aucune suite favorable à ces Demandes, le SNEC-UOB se voit dans l’obligation, par la présente, de s’adresser à vous, le Garant des Institutions.

Monsieur le Président de la République, 

Afin d’accomplir convenablement leur mission, les enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo revendiquent la sécurisation de leur cadre de travail, le Campus universitaire, et les conditions favorisant le bon accomplissement de leurs missions. En d’autres termes, pour le SNEC-UOB, il serait bon que soient respectivement assurées, (1) la sécurité structurelle, infrastructurelle et numérique de l’Université Omar Bongo, et (2) la sécurité somatique et psychologique de tous Les acteurs y intervenant. ; 

Il serait ainsi question, (a) d’améliorer les conditions de travail des enseignants-chercheurs ; (b) d’œuvrer à l’autonomie financière totale de l’Etablissement, (c) d’augmenter sa capacité d’accueil par la construction d’amphithéâtres, salles de classe et (d) de réhabiliter les bâtiments censés l’être. Le SNEC-UOB revendique, en même temps, (i) la régularisation des situations administratives des enseignants-chercheurs et leur reclassement immédiat après stage ou CAMES ; (ii) l’arrimage de la pension retraite au nouveau système de rémunération. (iii) La révision des textes, (iv) la tenue des états généraux de l’Université Omar Bongo et (v) la convocation d’un Conseil National de l’Enseignement Supérieur, ne sauraient être oubliées dans le lot.

Il nous plaît, pour la suite de notre adresse à vous, de dresser un Etat des lieux du campus dans lequel nous exerçons et de vous faire dix (10) propositions concrètes, assorties de leurs délais possibles d’exécution, en termes d’échéances.

1. Etat des lieux du campus de l’Université Omar Bongo

Monsieur le Président de la République, 

Loin de nous l’intention de verser dans le catastrophisme, toutes les revendications exposées, ci-dessus, font suite à un état des lieux non reluisant. L’Université Omar Bongo est la seule au monde à ne pas disposer de portails, des multiples petites entrées servant de raccourcis aux populations vivant autour de son campus. La barrière qui la borde, est crevée à divers endroits. L’Université Omar Bongo est la seule au monde à abriter en son sein, des maraîchages, des maraichers et des délinquants de tous ordres. 

Avec la crise sanitaire actuelle dont la gravité se mesure aux différentes prorogations de l’état d’urgence, elle peut rapidement se transformer en un vaste foyer de contamination communautaire. Les raisons de ce risque résident aussi bien dans l’insuffisance de cubitainers alimentés en eau et savon, l’absence de thermo-flashs et gels hydro-alcooliques dans des salles de cours peuplées d’étudiants, sans respect de la distanciation physique. Le Centre médical universitaire, périclitant, est fermé depuis des années, comme sont, par ailleurs, les résidences universitaires. Quant au restaurant universitaire, il est loin d’être opérationnel. En matière de Sécurité sociale, on note l’absence d’une complémentaire santé pour une couverture totale en assurance maladie.

Monsieur le Président de la République, 

C’est un leurre aujourd’hui de parler de Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication au sein d’une Université Omar Bongo censée être élitiste. Sur près de 600 enseignants-chercheurs, environ 550 ne disposent pas de bureaux et espaces de travail et environ la majorité ne dispose pas d’ordinateurs et autres outils de travail. 

Sur les plans financier et infrastructurel, le SNEC-UOB constate que l’Université Omar Bongo dispose, depuis trois années académiques, d’environ 1.200.000.000 de f. cfa de fonds propres, capables de soutenir son propre développement infrastructurel ; sa capacité d’accueil stagne, cependant, à 8.000 places alors que l’établissement compte plus 33.000 étudiants inscrits, à ce jour. Il y a donc, vous le voyez, un déficit de plus de 25.000 places dans l’immédiat, sans oublier qu’il est attendu près de 12. 500 étudiants de plus, bacheliers de la session 2020.

Monsieur le Président de la République,

Les carrières des enseignants-chercheurs ne sont pas en reste dans cet état des lieux. Celles-ci sont bloquées depuis 2013. C’est ainsi que des situations administratives ne sont pas régularisées, dans certains cas, depuis une dizaine d’années. Cela participe de la clochardisation ou de la précarisation des enseignants-chercheurs qui sont, pour certains, de rang magistral, mais réduits à percevoir des salaires d’un ou deux grades inférieurs. Cette misérabilisation est plus ostensible lorsque les collègues retraités ne perçoivent que de maigres pensions ne correspondant pas aux prélèvements sur salaire pendant le déroulement de leur carrière de Fonctionnaires. C’est l’occasion pour le SNEC-UOB de relever une violation flagrante de l’article 23 de la Loi 4/96 du 11 mars 1996, fixant le régime général des pensions de l’Etat.

Enfin, Monsieur le Président de la République, certains dysfonctionnements dont fait l’objet l’Université Omar Bongo trouvent leur origine dans la caducité de la plupart de ses textes. C’est donc, en somme, une université malade de ses infrastructures, de ses structures et de ses textes qui s’apprête à lancer les activités académiques pour le compte de l’année 2020/2021 à la mi-février 2021 seulement. Y a-t-il meilleure preuve d’instabilité universitaire que ce dérèglement calendaire ?

2. Propositions et délais d’exécution

Monsieur le Président de la République, 

Il a souvent été reproché aux partenaires sociaux de n’être qu’une force de revendications sans le moindre recueil de propositions qui résulteraient de leur réflexion et qui constitueraient leur participation à l’amélioration de leurs rapports d’avec le Patronat. Nous, SNEC-UOB, voulons, le mieux possible, être considéré en tant que partie, dans les Accords et les Négociations qui permettront dorénavant la construction et la reconstruction de l’Université Omar BONGO. 

C’est dans cette optique que nous formulons les propositions suivantes : 

1- Pour la sécurisation de l’Université Omar Bongo à court terme, nous proposons de mettre un portail à toutes les entrées et au moins un agent de sécurité à chacune de celles-ci ; de mettre, pour cela, à contribution le génie civil scolaire (Lycée Technique National Omar Bongo) et estudiantin (Université des Sciences et Techniques de Masuku et Ecole Normal Supérieure de l’Enseignement Technique) pour boucher tous les trous que comporte la barrière et élever celle-ci à une hauteur de 3 mètres ; de déguerpir tous les maraichers et délinquants du campus et la mise en place d’une police universitaire ; 

2- Pour la sécurisation sanitaire à court terme, le SNEC-UOB demande le respect total des exigences gouvernementales en matière de gestes barrières relatifs à la Covid-19, notamment l’arrêté 0055/PM/MEFPTFPDS du 30 avril 2020, en ses articles 5 et 6 ; la réhabilitation, la réouverture, l’équipement et l’approvisionnement du centre médical universitaire ;

3- Pour la sécurisation sociale des étudiants à moyen terme, le SNEC-UOB propose la délocalisation des cités et résidences universitaires dans les différents arrondissements et communes du Grand Libreville. La seule réhabilitation des cités actuelles sur le campus, d’une capacité de 600 places, si elle est envisagée, ne peut permettre de loger la population estudiantine actuelle, forte de plus de 33. 000 étudiants. À très court terme, une réouverture à plein temps du Restaurant universitaire serait salutaire ;

4- Pour la sécurisation sociale des enseignants-chercheurs à court terme, le SNEC-UOB propose la mise en place d’une mutuelle complémentaire en vue d’améliorer leur sécurité et prise en charge sociales ;

5- Pour la sécurisation numérique qui permettrait de guérir de la fracture numérique de l’Université Omar Bongo à moyen terme, nous proposons de couvrir le campus de Wifi, de mettre en place le E-learning, de favoriser le plein exercice du Centre de Ressource Informatiques et Réseaux (CRIR) dans la mise en place du E-learning et la gestion des notes, d’établir un partenariat avec le Campus Numérique Francophone pour les formations et autres séminaires et recyclages sur le numérique;

6- Pour l’amélioration des conditions de travail et la performance des enseignants-chercheurs à court terme, le SNEC-UOB propose la construction et la mise à disposition de bureaux et espaces de travail décents à chaque enseignant-chercheur, en plus de la mise en place des mécanismes d’acquisition d’ordinateurs et autres consommables informatiques et numériques par chacun ; l’organisation semestriellement de Conseils d’Établissements, gages d’un bon suivi des programmes, offres de formation et du respect du temps pédagogique maximal du régime LMD, à savoir, 16 semaines par semestre (13 semaines de cours et 3 semaines d’examens de rattrapage) et la mise en place d’une Offre Semestrielle de Services (OSS) en vue de réguler les heures supplémentaires ;

7- Pour une autonomie financière à court terme, le SNEC-UOB propose l’ouverture d’un compte dans une banque commerciale. Les fonds propres de l’Université Omar Bongo y seraient déposés et la banque accompagnerait cette dernière dans son processus de développement par elle-même. Ce processus de développement commence par la construction immédiate d’amphithéâtres et salles de classe pour pallier à la grave carence des structures d’accueil ;

8- Pour ce qui est des carrières et traitement des enseignants-chercheurs, le SNEC-UOB propose l’attribution immédiate de postes budgétaires à tous les enseignants-chercheurs pré-salariés, l’intégration de tous les enseignants-chercheurs en attente d’intégration, la titularisation de tous les enseignants-chercheurs en attente de titularisation, le déblocage des avancements automatiques interrompus depuis 2013, le reclassement de tous les enseignants-chercheurs inscrits sur des Listes d’Aptitude du CAMES en attente de reclassement, le reclassement de tous les enseignants-chercheurs de retour de stage, pour parvenir à « zéro (0) retard de reclassement ». Ainsi des enseignants gradés ne percevraient plus des salaires de grades inférieurs et cela contribuerait à la réduction de la dette intérieure de l’État par un rappel zéro ; la régularisation de tous les changements de spécialité et le paiement des rappels solde. Dans le même ordre d’idées, nous proposons la mise en place d’un terminal à la Solde, pour le traitement rapide des situations administratives, comme c’est le cas pour les magistrats et les forces de défense et de sécurité, notamment par la codification de l’Attestation d’inscription à une Liste d’Aptitude du CAMES, à laquelle est jointe une Attestation de reprise de service après inscription au CAMES. En ce qui concerne les retraites, nous proposons l’application immédiate de l’article 23 de la Loi 4/96 du 11 mars 1996, fixant le régime général des pensions de l’Etat, en vue de l’arrimage de la pension retraite au nouveau système de rémunération ;

9- Dans l’optique de revitaliser l’Université Omar Bongo, le SNEC-UOB propose la mise en place immédiate d’une Commission de révision des textes, la tenue immédiate d’États Généraux de l’Université Omar Bongo, pour débattre de tous les maux dont souffre l’Etablissement, et la convocation d’un Conseil National de l’Enseignement Supérieur, pour présenter, débattre et adopter, en vue d’application, les Conclusions des États Généraux de l’Université Omar Bongo.

Dixième et dernière proposition, Monsieur le Président de la République, le SNEC-UOB suggère fortement de ne pas faire démarrer les activités académiques et de recherche de l’année 2020-2021. Le temps de cette année permettra de mettre en œuvre toutes les propositions évoquées, ci-dessus, la quiétude à venir sur le campus de l’Université Omar Bongo étant à ce prix.

Comptant sur le bon regard que vous voudriez bien porter sur la présente, veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, l’expression de notre profond Respect et de notre entier dévouement.

Pour le SNEC-UOB

Le Président

Pr. Mathurin OVONO ÉBÈ »

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