Un vice-Président pour quoi faire ?

Ali Bongo et Maganga Moussavou à Mouila © D.R

C’est une question qui a toujours préoccupé la sphère politique nationale, au regard du fonctionnement de l’Etat. En début d’année encore, à la faveur du Dialogue politique initié par le gouvernement, la Phase citoyenne avait plaidé pour la suppression de la Vice-Présidence, à défaut de donner à cette fonction des prérogatives clairement définies. Maintenant que Pierre-Claver Maganga Moussavou s’apprête à prêter serment conformément à la Constitution, la question demeure.

Oui ! Sur la Vice-Présidence, il y avait violation de la Constitution durant le premier mandat d’Ali Bongo à la tête de l’Etat, puisqu’elle a toujours prévu un Vice-Président (VP). Mais n’en disait pas davantage sur le délai de nomination. Ce vide juridique qui n’a curieusement interpellé ‘’personne’’ a permis au Chef de l’Etat reconduit de faire son premier septennat sans son VP. Sans doute, qu’il avait l’ambition de faire ses preuves seul en tant que président. La Constitution gabonaise, malgré le fait qu’elle a été modifiée 17 fois depuis le 19 février 1959, a toujours entretenu le flou sur cette fonction. Tantôt, le président était élu avec son VP, tantôt ce dernier est nommé et démis de ses fonctions avec un droit de regard des deux chambres du parlement.

Le Dialogue politique qui s’est déroulé du 28 mars au 26 mai 2017 au Stade de l’Amitié Sino-Gabonaise d’Angondjé, en deux phases (citoyenne et politique) était semble-t-il, le moment idéal pour mettre fin aux suspicions autour de cette fonction. Pour les participants à la Phase Citoyenne, « abordant l’article 14 de la Constitution, les panélistes ont relevé le fait que depuis 2009, le Président de la République n’a pas nommé de Vice-Président. Ces intervenants ont interprété ce fait comme une violation de la Constitution. En conséquence, deux propositions ont été faites dans ce sens : supprimer le poste de Vice-Président de la République, et modifier cette disposition constitutionnelle en intégrant que le Président de la  République soit désormais élu en même temps que son Vice-Président ; et que  ce dernier le remplace automatiquement en cas de vacance de poste ».

Une perspective nullement envisagée par la Phase Politique, puisqu’on peut lire dans le “Protocole d’accord entre les parties prenantes au Dialogue Politique” que « Article 22 : modifier l’article 14a de la Constitution ainsi qu’il suit : Article 14a alinéas 1 et 2 nouveaux « Le Président de la République est assisté d’un Vice-président de la République.  Le Vice-président de la République est nommé par le Président de la République qui met fin à ses fonctions. Le Vice-président de la République est choisi au sein du Parlement ou en dehors de celui-ci ». Les deux (2) délégations ont, d’accord partie, adopté la modification de l’article 14a de la Constitution en supprimant l’obligation pour le Président de la République de consulter les Présidents des deux (2) chambres du Parlement lorsqu’il est mis fin aux fonctions du Vice-président de la République ».

Dans ce cas de figure, le président de la République pourrait connaître autant de VP qu’il voudra. Aujourd’hui, il s’agit du président du Parti Social Démocrate (PSD), et dans un an ou deux, on parlera d’une autre personnalité politique ayant pris part au Dialogue politique. Finalement, la Vice-Présidence ressemblera de plus en plus au Conseil National de la Communication (CNC) ou le Conseil Economique et Social (CES) dont les présidents n’ont jamais terminé leurs mandats de cinq (5) ans depuis le premier septennat d’Ali Bongo. La crainte est toute trouvée, Pierre-Claver Maganga Moussavou pourrait bien faire de la figuration dans cette nomination qui a des allures de reconnaissance, et donc de gratitude.

L’ancien ministre de l’Aménagement du Territoire de l’Évaluation des Politiques Publiques, chargé de l’Artisanat (dernier poste ministériel occupé en 2008) est  député de la commune de Mouila depuis 2006. Le PSD dont il est le président-fondateur depuis sa création en 1990 espère qu’il pourra faire pression sur la mise en œuvre des accords du Dialogue politique auquel il a pris une part active, surtout maintenant qu’il n’existe plus de Comité de suivi des Actes du Dialogue Politique.

Il est à noter que pour ce poste, la géopolitique laissée par l’ancien président Omar Bongo a été respectée. En effet, l’actuel maire de la commune de Mouila remplace à ce poste huit (8) ans après Didjob Divungi Di Ndinge, originaire aussi de la province de la Ngounié et président de  l’Alliance démocratique et républicaine (ADERE).

Il a été pendant 12 ans et 5 mois Vice-président de la République gabonaise (Mai 1997 – Octobre 2009). Comme avec son prédécesseur, Pierre-Claver Maganga Moussavou devrait représenter et dire des discours au nom du PR partout où le besoin se fera, en plus de conduire les Conseils des ministres sur dérogation du président, après un ordre du jour déjà défini.  

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