La Transitologie ou la transition de la dictature à la démocratie

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II – Les Accords de Paris

Les élections présidentielles de 1993 sont les premières élections multipartites au Gabon depuis 1967. De ces élections, Omar Bongo est déclaré vainqueur à 51% avant même la fin du scrutin. Or, dans la réalité, c’est Mba Abessole qui est le vainqueur des élections. Le Gabon inaugure par cette façon de faire, ce qui va devenir une tradition politique bien ancrée : qui perd gagne ! En l’espèce, Omar Bongo perd les élections en fait, mais il en devient le vainqueur officiel. Mba Abessole gagne les élections en fait, mais il les perd officiellement.

Seulement voilà, Mba Abessole ne supporte pas que sa victoire lui soit volée. Il crée alors le Haut Conseil de la Résistance et forme un gouvernement. A cette époque-là, la sémantique faisant la distinction entre « président élu et légitime » contre « le président légal et illégitime » n’est pas encore trouvée comme aujourd’hui, on n’arrête pas le progrès ! Mba Abessole considère qu’il est le Président, un point c’est tout, et il entend bien s’en prévaloir !

Le Gabon se retrouve donc avec deux présidents de la République et deux gouvernements. Le pays entre dans une crise politique sans précédent, et qui donne naissance à une crise sociale. Le pouvoir d’Omar Bongo vacille : la rue a décidé de donner le pouvoir à Mba Abessole, et il est à portée mains. C’est alors que la France intervient et demande aux Gabonais de s’asseoir autour d’une table pour trouver une issue à la crise.

La question qui se pose à ce moment-là est de savoir comment « le voleur » des élections et « le volé » pouvaient-ils s’asseoir autour d’une table pour « dialoguer » ? La méfiance s’était fortement installée entre les parties, en vérité elle était à son paroxysme. Le camp du pouvoir avait fait preuve d’un usage de la violence disproportionné. La crainte d’une atteinte à l’intégrité physique des adversaires d’Omar Bongo était une réalité qui restreignait toute capacité de dialoguer, c’est pourquoi Paris est proposé comme lieu de la rencontre et comme garantie pour assurer la sécurité de tous. Il fallait cependant travestir l’esprit de cette rencontre qui consistait à faire rétablir le respect du choix populaire, pour que non seulement Omar Bongo conserve le pouvoir, mais surtout qu’il en sort renforcé.  

Au sein du PDG, il y avait différents groupes d’influence qui se disputaient le pouvoir. Ils étaient trois ainsi dénommés : les Caciques, les Appellistes et les Rénovateurs qui se livraient une guerre d’influence, laquelle, pour des raisons qui m’échappent encore, s’est focalisée sur la personne de Monsieur Casimir Oyé Mba, Premier Ministre issu de la Conférence Nationale. La tête de Monsieur Casimir Oyé Mba est mise à prix dans ces luttes d’influence pour le contrôle du pouvoir au sein du PDG, un peu comme Hérodiade qui avait mis à prix la tête du Baptiste et la réclamait à Hérode Antipas. Elle a fini par l’avoir grâce à sa fille Salomé.

Deux agendas ont fondé Les Accords de Paris : un agenda officiel qui consistait à régler la crise politique née du tripatouillage des élections présidentielles de 1993 et un agenda officieux, un agenda caché, qui consistait à « couper la tête » de Monsieur Casimir Oyé Mba (pour rester dans le parallèle fait avec le Baptiste). A l’issue des Accords de Paris, Monsieur Oyé Mba n’est plus Premier ministre, un gouvernement dit de la Démocratie est mis en place. Mais quid de la volonté des Gabonais qui ne voulaient plus être gouvernés par Omar Bongo ?  Mystère et boule de gomme !

Quelles leçons pouvons-nous tirer des Accords de Paris ?

  1. Pose des jalons de l’inutilité des élections politiques au Gabon.
  2. Naissance d’une tradition politique qui consiste à ne jamais régler un problème politique en s’attaquant à sa cause. Il faut juste détourner l’attention de ce qui a fait naître la crise politique en se partageant le pouvoir, non pas en gouvernant ensemble pour appliquer les idées des différents protagonistes, ce qui aurait pu être bénéfique pour le peuple. Le partage du pouvoir depuis lors est une distribution de strapontins par un seul individu, Omar Bongo, qui garde la main sur l’ensemble de la classe politique.
  3. La volonté du peuple qui ne voulait plus d’Omar Bongo n’a pas été respectée.
  4. Omar Bongo a vu son pouvoir renforcé et il est demeuré le maître du jeu !

III – Les Accords d’Arambo.

Le PDG est préoccupé par la mauvaise image de son Régime politique.  A chaque élection présidentielle, la contestation est forte. Ce qui détériore le reflet que le Régime renvoie de lui-même.  Le PDG se demande alors comment faire pour conserver le pouvoir, alors que la population ne veut plus de lui. Il fallait trouver le moyen, tout en tout en organisant des élections que l’on gagne en perdant, de limiter la contestation populaire issue des élections. Une idée naît : il faut maîtriser la liste électorale afin de tricher en amont. L’on convient que la solution est de confectionner une liste électorale qui soit à l’entière faveur du pouvoir. Cette idée est approuvée, et secrètement, un groupe de personnes triées sur le volet se rend en France et élabore une liste électorale sur mesure à la faveur exclusive du pouvoir.

Personne n’est au courant de ce coup que le PDG vient de manigancer. Des élections ont lieu, mais certains esprits éclairés réalisent que quelque chose cloche, que la liste électorale est louche. Monsieur Jules Aristide Bourdes Ogouliguende par exemple critique ouvertement cette liste électorale qu’il considère comme étant complètement au service exclusif du pouvoir. Finalement toute l’opposition comprend que la liste électorale est uniquement à l’avantage du pouvoir et la dénonce.

Pour calmer le jeu, Omar Bongo demande à son complice de toujours, Monsieur Pierre Mamboundou, d’intervenir. L’idée d’une liste électorale biométrique est concoctée. Il fallait cependant faire diversion d’une part en traînant en longueur pour que rien n’aboutisse, d’autre part il fallait que jamais rien ne change parce qu’Omar Bongo devait garder le contrôle quoi qu’il arrive. C’est dans ces conditions que la thématique de la biométrie a vu le jour, portée par Monsieur Pierre Mamboundou, auréolé de sa posture d’opposant historique, radical et incorruptible. Le piège tendu par Omar Bongo et Pierre Mamboundou fonctionne à merveille. Tout le monde se prend les pieds dans les filets et ne parle plus que de biométrie. Ça a duré jusqu’en 2013, année des premières élections biométriques au Gabon. Elections qui n’étaient biométriques que de nom.

La liste électorale est plus confuse que jamais. Les Accords d’Arambo qui ne se sont tenus en 2006 ont donc servi à cela : introduire la biométrie dans le code électoral pour prétendument sécuriser une liste électorale décriée, qui n’était ni juste ni équitable. Omar Bongo, grâce à Monsieur Pierre Mamboundou, avait atteint ses objectifs, plus personne ne remettait en cause la liste électorale en elle-même, les gens étant préoccupés à disserter sur la biométrie. Omar Bongo a ainsi gagné du temps en détournant l’attention sur la confection inique de la liste électorale, et il a pu aller aux élections jusqu’à sa mort sans que les élections présidentielles ne soient émaillées de contestations et de violences, comme sa dernière élection de 2005. D’ailleurs aujourd’hui plus personne ne remet en cause cette liste électorale confectionnée en France et qui a toujours cours. La société GEMALTO n’a fait que renforcer son iniquité.

Quelles leçons pouvons-nous tirer des Accords d’Arambo ?

Les Accords d’Arambo sont une leçon magistrale sur la manière dont on enterre définitivement les aspirations d’un peuple en orientant son attention sur ce qui est accessoire, pour ne pas avoir à traiter d’un sujet fondamental. Les Accords d’Arambo sont une distraction qui illustre bien la tragédie du peuple gabonais.

(A suivre)

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