Thierry Mouyouma: «ma candidature est celle de l’audace, de l’objectivité, du nationalisme et de la réussite»

C’est au cours d’un long entretien accordé à notre rédaction ce dimanche, que l’ancien international gabonais et capitaine des Panthères Thierry Mouyouma, a livré son sentiment sur divers sujets liés à la sélection avec en point d’orgue son ambition . Candidat au poste de Sélectionneur national suite à l’appel d’offres de la Fédération  gabonaise de football (Fegafoot), Thierry Mouyouma a notamment indiqué que « sa candidature est celle de l’audace, de l’objectivité, du nationalisme et de la réussite ». Entretien.


GMT: Bonjour Coach,

T.M: Bonjour.

GMT: Alors, natif de Franceville, ancien défenseur central et capitaine des Panthères du Gabon (82 sélections 3 buts), quelle est l’ambition de Thierry Mouyouma s’il est nommé à la tête de la sélection?

« Les hommes passent la sélection demeure et chaque joueur devrait se conformer aux exigences et règles »

T.M: Mon ambition très mesurée pour le poste est déjà motivée par le profil et les qualifications qui sont en phase avec ce que je fais et suis, entraîneur de football. Mais surtout l’intention de rebâtir les principes de vie, d’attitude, de comportements, de jeu et de nationalisme autour de l’entité « Panthères ». Les hommes passent la sélection demeure et chaque joueur devrait se conformer aux exigences et règles.

GMT: En ce qui concerne votre expérience, que peut-on dire?

T.M: Il faut savoir que l’expérience est la Somme des erreurs, et que ce vécu d’ancien joueur international et notamment capitaine de la sélection est une plus-value au moment de postuler à revenir diriger une maison que je connais parfaitement en termes d’attentes, besoins, et stratégie. J’ai également déjà été sélectionneur et à ce niveau il faut comprendre que le quotidien,la méthodologie de travail d’un sélectionneur sont différents d’un entraîneur de club.

GMT: Vous allez devoir relever de nombreux défis si votre candidature est retenue au regard de la situation actuelle, comment comptez vous vous y prendre?

« mettre en place une charte dite du « footballeur international » »

T.M: Pour ma part je pense que le premier défis serait de faire adhérer aux joueurs mon projet stratégique qui va comporter notamment un gros volet technique,comportemental, révolutionnaire,oui parce que vos mentalités doivent évoluer, organisationnel et structurel. Viendront ensuite les critères de sélection des joueurs, le projet de jeu qui nous permette de nous réconcilier avec nos supporters et drainer du monde au stade, sachant que toutes ces composites ont un dénominateur commun c’est la victoire, donc qualifier le pays a la prochaine CAN de 2021. Évidemment en préambule dans la question précédente j’ai fais un aperçu de mon projet. Mais pour être Clair, le projet stratégique que je vais appeler « restructuration« , va s’articuler autour de 4 axes forts:
– Le patriotisme participatif,donc la volonté de tous de mettre à disposition sa personne, son talent au service de la sélection.
– L’organisation autour de la sélection, c’est-à-dire l’anticipation des événements, les compétitions, les formations et le choix des hommes , ce qui reste la 1ère ressource.
– Les droits et devoirs des internationaux et des membres de l’encadrement Technique par la mise en place d’une charte dite du « footballeur international ».

– Enfin en 4eme position bien évidemment l’aspect technique qui reste à mon avis le révélateur. Dans ce volet Technique, il y aura la formation, le projet de jeu via des critères définis de présélection/sélections à savoir la typologie du joueur, l’état de forme, la prophylaxie en catégories inférieurs, l’échange, le vivre ensemble pour enfin arriver à jouer ensemble. Il faut savoir que le football ce sont les idées,en plus des nombreux gestes techniques, autres facteurs,l’idéologie de l’entraîneur ou d’une équipe à faire évoluer son jeu. En un mot mon projet stratégique devra prendre en compte la sociologie gabonaise.

GMT: En dehors de vos aspirations, votre projet et votre ambition, quelle analyse faites vous de la situation actuelle des Panthères du Gabon? Et pour vous, quelles peuvent être les causes de cet échec cuisant?

T.M: Je constate que l’équipe nationale n’est plus compétitive, ne s’est pas qualifiée pour la CAN total 2019. Pour ma part, cet échec est une conséquence logique du fait que tous ceux qui se sont succèdent à la tête de la sélection n’ont jamais pris le risque de faire des essais, faire confiance à d’autres joueurs, relancer la concurrence saine et porter un vrai projet structurel. J’en compte moi par exemple un peu plus de 6 joueurs qui depuis 2012 viennent en sélection presque en tirant les pieds,avec des statistiques  en dessous de la moyenne. Le fait d’avoir en son sein l’un des meilleurs joueurs africains a empêché de regarder ces aspects du coup avec minutie.

Il faudra également apporter une organisation optimale, des hommes et des promptes à agir en fonction des échéances et non réagir.

GMT: Par ailleurs, comment comptez vous agir face à l’ingérence des politiques dans la vie de la sélection, quand on sait que “l’implication du Politique nuit au bon fonctionnement de la sélection” comme l’a rappelé Paul Kessany ?

« il faudra mettre en place autour de la sélection une task force avec un management fort »

T.M: Pour répondre à cette question très pertinente et lourde de conséquence, je vais nous ramener à l’étymologie du mot politique. Ce mot a mon sens veut dire stratégie, donc il nous faut arriver à définir la bonne stratégie ou politique sportive avec les hommes qu’il faut aux places qu’il faudra. Enfin je dirai qu’il est difficile d’envisager financer le sport et notamment le football dans notre pays ou ailleurs en Afrique sans l’implication du gouvernement, donc des finances publiques, à partir du moment où il y aura toujours cette sollicitation, la réactivité ne sera pas de mise parce que l’administration est lente, donc il faudra mettre en place autour de la sélection une task force avec un management fort avec la présence d’un Manager général rompu à la tâche et un payeur.

GMT: Vous faites bien de souligner l’aspect financier parce qu’on s’est rendu compte au fil des années que les primes et surprimes accordées aux joueurs ont fini par prendre le dessus sur l’aspect sportif, comment comptez vous recadrer les intérêts des joueurs habitués à cette mauvaise pratique ?

« La sélection n’est pas un lieu de retrouvailles ou un club Med »

T.M: Dans mon projet de prise en main de la sélection je parlais en substance de la ferme intention de mettre en place des critères de vie de groupe,de patriotisme, de devoirs et de droits. Cela implique une démarche d’humilité envers son pays, et de représentativité, voilà à mon sens les sentiments qui doivent nous animer pour venir en sélection et non un lide retrouvailles ou un club Med.

Nous définirons la prime de match, de regroupement au travers de l’échange. Le tout dans un élan de patriotisme tout en prenant en compte le Smic au Gabon, et le sponsoring. Si les seules voies de financement sont celles de l’Etat, nous reverrons nos standing, c’est à dire qu’ils seront proportionnels à nos résultats, nous tâcherons de gagner plus de matchs pour gagner plus d’argent. Nous devons également penser aux financements des autres catégories, aux formations des cadres et à reconstruire les bases du football féminin en vue de régénérer l’équipe nationale A.
Après j’ai pas non plus la prétention de contrôle ce que je ne verrai pas, à savoir les dons et autres faits hors stage.

GMT: En ce qui concerne les passes droits accordés à certains joueurs, que déplorait d’ailleurs Daniel Cousin et d’autres joueurs notamment, comment comptez vous gérer cet épineux dossier?

« Les règles vont valoir ce que vaudra leur application »

T.M: Pour avoir été moi-même international, sélectionneur, je sais que les passes droits minent les résultats et le vivre ensemble d’un groupe. La charte de l’international, le règlement intérieur, et les critères de sélection/présélection basés sur l’aspect sportif prendront le dessus.
Les règles vont valoir ce que vaudra leur application. Le stricte respect de ce qu’on aura mis en place ensemble par un dialogue participatif. Et les textes en la matière seront le législateur pour sanctionner ou non un joueur qui refuse une convocation sans motif apparent.

GMT: Selon les dernières indiscrétions vous seriez en concurrence pour ce poste avec Jean Guy Wallem et Pascal Dupraz, selon  vous, quelles sont vos chances?

« on donnera du travail aux Gabonais méritants, contrairement aux expatriés qui viennent déjà avec une partie ou la totalité de leurs staff »

T.M: Je ne connais pas les autres concurrents de manière précise. Je lis au travers des journaux ou sur les réseaux sociaux. Je dirais que ma prière chance est d’être Gabonais, parce que quand on parle de sélection nationale on parle de patrie, d’hymne national, ce qui a toujours suscité chez moi le surpassement de soi. Mais également une meilleure connaissance du milieu sportif gabonais,africain,la sociologie gabonaise, les us et coutumes.  Mais aussi face aux nouveaux fondements de la sélection, les défis économiques, avec mon staff constitué à plus de 90% de Gabonais, l’Etat fera déjà des économies, aussi ce que nous percevons sera utilisé à 70% sur le plan local. Donc on donnera du travail aux Gabonais méritants, contrairement aux expatriés qui viennent déjà avec une partie ou la totalité de leurs staff.

GMT: Quel message voulez vous adresser au public gabonais justement?

T.M: Ce serait celui de dire que, des fois on va chercher loin, ce qu’on a localement. Que la proximité qu’auront certains membres de mon staff avec les joueurs, certains ayant joué ensemble, sera un atout non négligeable. Le respect des uns vis à vis des autres. Que ma candidature est celle de l’audace, de l’objectivité, celle du nationalisme et en celle de la réussite.

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