Suicide de Marius-Pierre Foungues: Quand l’État tue ses fonctionnaires

Marius-Pierre Foungues, un martyr de l'irresponsabilité de l'Etat Gabonais © D.R/GMT

Retrouvé pendu le 7 septembre dernier à la Maison Georges Rawiri, siège de Radio Gabon, au sein de laquelle il a exercé des nombreuses années durant, Marius-Pierre Foungues a tiré sa révérence de la manière la plus dramatique qui soit, en laissant une lettre éloquente dans laquelle il met clairement en cause l’État gabonais.



Retraité depuis 2 ans de la Radio Gabon, l’ancien animateur dont les prélèvements mensuels sur son salaire, étrangement, n’étaient pas reversés à la Caisse nationale de Sécurité Sociale, cumulait 36 mois d’arriérés de cachet et 13 mois d’arriérés de prime de production.  

Au-delà la situation administrative du défunt révélatrice des carences de notre administration, c’est l’acte poignant à portée symbolique noirci par le caractère dramatique du suicide qui nous interpelle. Feu Marius Pierre Foungues s’est donné la mort dans les locaux de son ancien employeur en se servant du Drapeau National, celui-là même pour lequel tout citoyen se doit d’honorer en servant sa Nation.

Servir sa Nation, justement, Marius Pierre Foungues l’a fait, avec passion et dévotion pendant un peu moins de 40 ans en régalant les mélomanes friands des tubes dits « Succès du temps passé » au sein de la Maison Georges Rawiri. Mal lui en a pris, pourrait-on dire, car c’est cette même Nation qu’il aimait profondément,  qui l’a, en définitive, conduit au suicide au regard de la situation miséreuse dans laquelle elle l’avait plongé.

En s’aidant du Drapeau National pour se donner la mort, sur son ancien lieu d’exercice de sa fonction, le regretté tient clairement pour responsable l’État et par ricochet sa hiérarchie en tête de laquelle le ministre de la Communication Guy Bertrand Mapangou et le directeur de Radio Gabon, Bertrand Abiaghe Angoue. Une symbolique au travers de laquelle le défunt s’identifie à sa patrie qui en définitive, sera à l’origine de son passage de la vie à trépas : « Mort pour le Gabon à cause du Gabon » pourrait-on lire en filigrane par l’acte de désespoir de ce digne fils du pays.

Le second cité n’a même pas eu la délicatesse de communiquer sur ce drame eu égard à la structure dont il a la gestion. Une attitude condamnable, expression du mépris des dirigeants qui n’ont cure des difficultés auxquelles sont confrontés leurs employés. A croire que même la mort, n’est pas assez tragique pour émouvoir et faire prendre conscience de la situation de meurtrissure dans laquelle est plongé le pays. Cette situation de déshumanisation qui prévaut dans le pays est inacceptable. Sous d’autres cieux, le directeur de la structure devait être entendu, mieux, se devait de démissionner, car incapable de ne proposer autre chose à ses collaborateurs qu’auto-destruction et anéantissement.

Un Foungues peut en cacher d’autres…

Certaines indiscrétions au sein de la Maison Georges Rawiri évoquent une autre velléité de suicide au sein de Radio Gabon, il semblerait que le dénommé Messa Meba, lui aussi privé de ses frais de production, aurait décidé de mettre fin à ses jours selon l’hebdomadaire La Loupe de ce mardi 11 septembre 2018. L’État gabonais semble s’être définitivement spécialisé dans le meurtre de ses employés. Personne n’a oublié le sort réservé à Béranger Obame Ntoutoume mort après s’être immolé devant la préfecture de Police pour s’être fait confisquer sans raison apparente ses produits de commerce.

Tout comme Pierre Marius Foungues, ce compatriote est une victime de l’État et de sa méthode. Les grèves à répétition qui paralysent l’ordre social, grèves dues aux arriérés de salaires à n’en plus finir des agents de la fonction publique, confortent une vision sombre de l’État sur la dignité humaine. Pour leurs droits et au mépris de leur dignité, de nombreuses familles gabonaises côtoient la misère et flirtent avec la mort dans l’indifférence la plus totale. Que dire de la sortie du ministre de la Communication Guy Bertrand Mapangou lequel intime l’ordre d’attendre la fin de l’enquête comme si celle-ci était la solution aux maux qui minent les agents de la fonction publique.

Une  enquête pour déterminer les causes du décès ne serait pas impertinente. Par ailleurs, une autre permettant de mettre à nu cette nébuleuse au sein des administrations gabonaises serait la bienvenue pour éviter à l’avenir qu’un tel drame se reproduise.

En attendant, au nom au respect accordé aux morts, l’Etat devrait, dans une dernière démarche digne et républicaine accéder à la dernière volonté du défunt en reversant son dû à sa fille, une fois débloquée comme il l’a souhaité en conclusion de sa lettre.

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