Rupture d’antirétroviraux: Denise Mekam’ne consomme le délit de non-assistance à personne en danger

Denise Mekam'ne, ministre de la Santé © D.R

L’obligation d’agir au bénéfice d’autrui lorsque ce dernier est exposé à un danger imminent relatif à sa santé est un préalable qui régit les rapports moraux, lesquels placent la protection de la personne humaine et vulnérable au centre des prérogatives du ministre de la Santé. Cette obligation et ce devoir d’assistance ne semblent pourtant pas être la priorité du gouvernement, et partant de la ministre de la Santé, qui par leur inertie et négligence risquent d’exposer à la mort plus de 38 000 Gabonais vivant avec le VIH/SIDA.



Depuis le point de presse de Guy Roger Mombo Lembomba, le Gabon et ses malades atteints du VIH/SIDA vivent dans la psychose créée par la révélation du coordonnateur de Global fund advocates network (GFAN), lequel tirait la sonnette d’alarme sur l’attitude meurtrière du gouvernement face à ce qui   se confond à une véritable crise du secteur en charge de la santé des séropositifs. Ce dernier mettait alors en garde l’opinion publique sur le risque imminent d’une pénurie d’antirétroviraux pour nos compatriotes astreints à leur utilisation en raison de leur pathologie.

La question que se pose à juste titre l’opinion, est celle de savoir quelles sont les raisons pour lesquelles les différents Centres de traitement ambulatoire (CTA) du pays n’ont pas été ravitaillés à temps. A cette approche vient se greffer celle de la responsabilité du Gouvernement et partant du ministère de la Santé, lesquels n’auraient résolument pris aucune  mesure préventive afin d’éviter ce sort dramatique qui guette plusieurs de nos compatriotes.

D’ordinaire,  des sources proches de la direction du Programme national de lutte contre le Sida (PNLS), le ministère leur allouait une somme de 4 milliards de Fcfa pour la couverture nécessaire du traitement, or cette année, le programme n’a perçu que la modique somme de 900 millions de Fcfa. Soit 4 fois moins que le budget habituel, beaucoup trop insuffisant pour assurer le ravitaillement et la distribution dans les différents CTA. Où sont donc passés les 3 milliards 100 millions de Fcfa restants du budget? Comment le gouvernement peut-il expliquer ce trou dans le budget qui menace directement la vie de 38 000 Gabonais?

Les autorités politiques en tête desquelles le  ministre de la Santé,  doivent nécessairement apporter des éclaircissements aux Gabonais sur la gestion de cette situation alarmante.  Dans une affaire dans laquelle son administration a compétence liée, avec les instances en charge dudit programme, le silence de la ministre de tutelle Maître Denise Mekam’ne ne rassure guère. Pire, son inaction conforte les séropositifs dans l’idée que le gouvernement ne leur porte qu’un intérêt dérisoire. Sinon comment expliquer la négligence dont a fait montre le gouvernement? Négligence qui du reste, fait planer au dessus du ministère de la Santé le délit de non assistance à personne en danger.

Le traitement réservé à ces 38000 âmes qui flirtent avec la mort nous contraint à rappeler au Gouvernement et au ministère concerné les devoirs et obligations qui sont les leurs à l’égard des citoyens dont ils administrent la société. A ce titre, il convient de leur rappeler en amont que «  l’Etat garantit à tous … la protection de la santé… ». Cette obligation née de l’article 8 de la Loi Fondamentale l’oblige à veiller et à garantir aux Gabonais l’accès à la santé et aux traitements.

Le non respect de cette obligation expose directement le membre du gouvernement à la consommation d’un délit qui sanctionne un comportement passif incriminé en considération d’une situation présentant un péril mortel certain.  Le délit de non-assistance à personne en danger comme le précise l’article 249 du Code pénal, incrimine toute attitude inactive d’une personne  « pouvant porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ni pour le tiers, il ne pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en lui portant un secours ».  

En déclarant que « Le Gabon va rentrer dans une phase de manque d’antirétroviraux pour les personnes vivant avec VIH. Pour combien de temps ? Cette situation pourrait devenir vraiment catastrophique et dramatique pour les personnes vivant avec la maladie », Guy Roger Mombo Lembomba exposait la situation de péril mortel imminent à laquelle faisait face 38 000 Gabonais. Le gouvernement en s’abstenant de prendre ses dispositions afin de prévenir l’éventualité d’une telle catastrophe, a méconnu ses obligations et violé par la même, l’article 8 de la Loi Fondamentale. Une attitude qui tombe sous la sanction de la loi pénale par le truchement de l’article 249 du Code pénal.

Si le pire arrivait, le gouvernement et la ministre de la Santé devront assumer leurs responsabilités face à cette catastrophe pour avoir fait preuve de négligence et d’imprévoyance face à des circonstances dont la dangerosité ne leur était pas inconnue.   

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