Rétablir l’autre vérité sur Léon Mba et sur le Gabon

Pascal MOULOPO © D.R

Cette année 2017, est célébré au Gabon et en France, le cinquantenaire de la mort du Président Léon MBA, le premier président du Gabon et non le père de l’indépendance, comme cela est souvent chanté à tort et à travers, puisqu’on sait que Léon MBA ne s’est jamais battu pour l’indépendance du Gabon, bien au contraire.

Au moment où un colloque international organisé par l’Ambassade du Gabon en France est consacré à Paris à cet « homme multidimensionnel et multiculturel » et que d’illustres personnalités scientifiques redoublent d’ardeur pour rendre à ce digne fils du Gabon, l’hommage scientifique qu’il mérite, j’ai voulu profiter de cette formidable opportunité pour redire l’autre vérité sur Léon MBA et sur le Gabon ; cette vérité que les conjonctures ethno-socio-politiques gabonaises se sont évertuées à effacer de l’histoire du Gabon.

Cette autre vérité sur Léon MBA et sur le Gabon concerne le soldat Pascal MOULOPO : Colonel MOULOPO de l’armée française à son décès, il y a peu, et sergent-chef MOULOPO en 1964, au moment des faits. Les élèves et lycéens d’aujourd’hui ne peuvent certainement pas le savoir, parce que l’histoire qu’on leur enseigne à l’école ne le leur a jamais dit. Pourtant, la vérité des faits, c’est que la présidence du Président Léon MBA post coup d’Etat des militaires en 1964 est intimement liée à Pascal MOULOPO.

MOULOPO est un enfant « musangu » tiré son village « Dibassa » natal dans la grande et majestueuse forêt équatoriale aux alentours de Mimongo et Mbigou dans la province de la Ngounié, pour être projeté, alors jeune homme, dans l’enfer d’une guerre coloniale, la guerre française d’Indochine, et avec lui, des centaines de frères d’armes gabonais venant de tous les horizons. Survivant de cet affreux cauchemar, le soldat MOULOPO est envoyé sur d’autres fronts, dans des dédales et aventures tristes et gaies qui emmènent, en définitive, notre jeune héros, durci par l’initiation aux mystères divins et astraux et par la guerre, vers un destin qui aurait pu être funeste, conséquence de son caractère batailleur et de sa participation, du fait de sa hiérarchie, au coup d’état perpétré par les militaires gabonais contre le chef de l’Etat Léon MBA. Voilà la trame posée de la bibliographie de Pascal MOULOPO que j’ai publiée en 2010 sous le titre « Nègre … jusque dans l’âme : mémoire d’un tirailleur gabonais de la guerre d’Indochine ».

La France, toujours la France, non pas cette sympathique France d’Emmanuel MACRON, de la Sorbonne, de Nanterre, des Valses de la Bastille ou des gais jurons des Halles, mais cette France obscure, celle des catacombes : la « France-Afrique » de triste mémoire. C’est à cause de cette France-là que le combattant de tous les fronts va terminer sa carrière assis et menotté sur une chaise, puis jugé et condamné à vingt ans de réclusion criminelle, pour avoir, du fait de sa hiérarchie, conduit, dans son exil temporaire, le président destitué : Léon MBA.

Le sergent-chef MOULOPO avait reçu l’ordre de ses chefs « d’aller planquer » Léon MBA en lieu sûr à Ndjolé, dans un environnement qui lui était hostile. Il est à peu près certain, que Léon MBA planqué dans cet environnement hostile, n’aurait pas survécu à la foule au moment du débarquement de l’Armée française à Libreville pour mater la jeune armée gabonaise d’alors. Les faits et seulement les faits voudraient que l’histoire retienne que si le pouvoir de Léon MBA avait été restauré par la France-Afrique, comme on le sait, c’est en très grande partie grâce à la bravoure du jeune sergent-chef MOULOPO Pascal.

Considéré à tort comme l’un des « Maîtres du coup d’Etat » par les faucons du pouvoir, noyés dans leur amnésie coupable, le sergent-chef Pascal MOULOPO et trois autres co-accusés dont le politicien Jean Hilaire AUBAME, le sergent Antoine OBAME et le lieutenant Jean ESSONE furent exfiltrés et conduits discrètement par avion de Lambaréné où s’était déroulé leur simulacre de procès, à Dome-les-Bame où ils avaient déjà séjourné avant la mise en place du pseudo-tribunal de Lambaréné. Tous les autres condamnés avaient été séquestrés à la Prison centrale de Gros-Bouquet à Libreville.

Et si, gentes gens ! Et si, gentes dames ! Et si, mesdames et messieurs les honorables députés, vénérables sénateurs ! Et si le sergent-chef Pascal MOULOPO, ancien spécialiste des « hautes œuvres » dans l’armée française d’Indochine, s’était occupé autrement de la santé de son «prisonnier», aurions-nous connu une fin paisible du régime Léon MBA ? Aurions-nous connu une succession constitutionnelle sans heurt avec ce que nous savons ? Finalement, quel aurait été le rendu de l’histoire du Gabon, si d’aventure le sergent-chef MOULOPO, abandonné à lui-même, ses chefs ayant tous été capturés par l’Armée française d’intervention, n’avait pas été l’homme de devoir et d’honneur? Chers tous, Hommes politiques, Hommes de pouvoir et vous aussi, lecteurs de ce post, ne pensez-vous pas qu’au moment où on célèbre légitimement le Président Léon MBA, que l’on ait aussi, juste un petit instant, une pensée pour cet homme de l’ombre, Pascal MOULOPO, celui-là qui a assuré notre confort à tous ?

Pascal MOULOPO, comme tous les « nègres de service » au Gabon, n’a pas une rue, un collège, un lycée, une place publique ou même un simple camp militaire qui porte son nom.

Daniel Franck IDIATA, 

Professeur de linguistique à l’Université Omar Bongo

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