Réquisition de la SEEG: un contrat au profit d’Olam serait-il à l’origine?

Antoine Boo, ex-directeur général de la SEEG, n’a pas signé le contrat. © D.R

Un contrat au profit de la filiale de la multinationale singapourienne Olam, obtenu par nos confrère de Gabonreview, serait à l’origine de la réquisition par le gouvernement gabonais de la Société d’énergie et d’eau du Gabon. Le dit contrat pourtant signé par le président directeur général de Gsez-Infrastructures (Gsez-Infra), Gagan Gupta, ministre de l’Eau et de l’énergie, Patrick Eyogo et le directeur général de la société de patrimoine Ernest Mpouho Epigat ne porte pas les signatures d’Antoine Boo, directeur général de SEEG à l’époque et de Régis Immongault Tatangani, ministre de l’Économie.

La réquisition de la SEEG par le gouvernement, moins d’un an après la reconduction pour 5 ans, de la convention le liant au groupe français Veolia, portant sur la production, le transport et distribution de l’eau et de l’énergie, cela malgré les plaintes récurrentes des consommateurs a surpris l’opinion et des questionnements sur les réelles motivations continuent d’alimenter les débats.

Quelques heures seulement après le communiqué du gouvernement qui annonçait la rupture du contrat qui le liait à Veolia, des rumeurs faisaient état de la reprise par Olam de la SEEG. La société avait refusé cette rumeur par un communiqué de presse et questionné à ce propos, le 19 février dernier, lors de l’installation des nouveaux dirigeants de la SEEG, le ministre de l’énergie avait balayé d’un revers de la main ces allégations. Précisant qu’Olam ne s’était engagé qu’à construire des infrastructures aux abords des villes dans lesquels il possédait des usines pour les nécessités de celles-ci.

Sauf qu’un projet dénommé «Contrat de financement des infrastructures nécessaires au projet de densification des réseaux de distribution publique d’électricité en zone rurale par GSEZ-Infra», datant de 2016, pourrait être «l’élément déclencheur, du moins déterminant de la brouille entre l’État et Véolia ayant conduit à la réquisition de la SEEG», précisent nos confrères.

L’analyse de la forme de ce projet de contrat prévu pour être signé en 2016, démontre qu’il a effectivement été signé par Patrick Eyogo Edzang, ministre de l’Énergie et de l’Eau, Ernest Mpouho Epigat, directeur général de la Société de Patrimoine et Gagan Gupta, président directeur général d’une entreprise à ce jour inconnue du grand public dénommée, GSEZ-Infra. Par ailleurs, Régis Immongault Tatangani, ministre de l’Économie, de la Prospective et de la Programmation du Développement et Antoine Boo, directeur général de la SEEG, également prévus comme signataires, ne l’ont pas fait. «Ceci indique vraisemblablement que les termes de ce contrat n’ont pas été discutés et conclus entre tous les signataires et que ceux qui ne s’y retrouvaient pas se sont refusés à engager leur responsabilité», commente Gabonreview.

Analysant le fond de ce contrat, il en ressort que celui-ci porte sur montant total arrêté à 69,32 milliards de francs CFA, sur le financement et la réalisation d’ouvrages et la fourniture d’équipements, par GSEZ-Infra, filiale de GSEZ (Gabon special economic zone) d’un capital de 10 millions de francs CFA créée en 2015.

Les réalisations concernent 541 km de ligne haute tension (pour le transport de l’électricité vers différentes usines d’Olam), 170 km de ligne basse tension (pour l’alimentation électrique de zones rurales) et le renforcement des centrales électriques de Bitam, Lambaréné, Fougamou et Mouila.

Les ouvrages et équipements construits par GSEZ-Infra seraient la propriété de l’Etat, confiés en gestion à la SEEG, dans le cadre de la Concession, signée en juin 1997. En contrepartie, l’État s’engage à verser à GSEZ-Infra la somme de 6,932 milliards de francs CFA, correspondant à 10% du montant du contrat, pour le démarrage des travaux. La SEEG quant à elle devait verser à la Société de Patrimoine qui reversera à GSEZ-Infra, la somme de 2,206 milliards de francs CFA par semestre, de 2018 à 2046, soit 4,412 milliards francs CFA par an pendant 29 ans, représentant la somme totale de  127,948 milliards de Fcfa, analyse Gabonreview.

Par ailleurs, nos confrères se questionnent sur l’attribution à une entreprise créée une année seulement auparavant, avec un capital social qui n’est que de 10 millions de francs CFA, d’un contrat pour la réalisation d’ouvrages et la fourniture d’équipements électriques d’un montant de près de 70 milliards de francs CFA. Cela sans appel d’offres, sans tour de table avec des différents actionnaires  de la SEEG appartenant à l’époque à Veolia pour 51%, à des sociétés pour 26,3%, à des particuliers 22,7% et à l’Etat Gabonais pour 1% et sans l’implication des ministres de l’Economie et du Budget et des finances vue l’importance pécuniaire dudit contrat.

La d’Olam dans ce dossier expliquerait-il l’implication directe de la présidence de la République ? Est-ce le différend sur ce contrat, notamment le refus du directeur général de la SEEG de verser 4,412 milliards de francs CFA par an pendant 29 ans, qui explique le contentieux entre l’État Gabonais et Véolia et a conduit à la rupture ? Se questionnent nos confrères en estimant qu’elles ne sauront rester indéfiniment sans réponse.

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