Repousser l’âge de départ à la retraite à 63 ans : la fausse bonne idée du gouvernement

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Au sortir des assises nationales sur la revalorisation des pensions de retraites, qui s’est tenue à la Chambre de Commerce de Libreville du 30 Octobre au 10 Novembre 2017, le constat est accablant.

Le système des retraites mis en place, en 2005, puis réformé en 2010 ne répondrait plus aujourd’hui aux besoins vitaux des retraités. Il faut donc agir. Les pensions sont très faibles et elles ne permettent pas aux retraités de mener une vie paisible, à l’abris du besoin. Cette problématique était donc au centre des négociations tripartites Etat – Patronat – Syndicats, qui se sont tenues à la Chambre de Commerce de Libreville.

« Ainsi, au terme de ces travaux, les parties ont convenu d’arrêter l’âge de départ à la retraite à 63 ans aussi bien dans le secteur public que privé. »

Pour le ministre d’Etat gabonais en charge de la protection sociale, Paul Biyoghe Mba, il y avait urgence à revaloriser les pensions de retraites au vu de la précarité dans laquelle se trouve les retraités gabonais. C’est ainsi qu’en plus de repousser l’âge du départ à la retraite, les taux de cotisation, tant dans le secteur privé que public, pour ce qui est des parts salariales, ont été augmentés, respectivement de « 2,5% à 4% et de 6% à 7% puis 8% dès l’autonomisation effective de la caisse de pensions et prestation familiales (CPPF) »

Cependant, l’honnêteté intellectuelle nous oblige à admettre que reculer à 63 ans l’âge de départ à la retraite pourrait effectivement avoir des effets positifs sur la croissance. A long terme, cela revient à accroitre la population active et donc à augmenter la capacité de production du pays et, potentiellement le PIB. Vu sous cet angle, il est nécessaire de dire que l’on pourrait prétendre à cette augmentation ‘’théorique’’ du PIB, que dans l’hypothèse où le pays serait revenu à un niveau de chômage structurel, c’est-à-dire au taux du chômage au-dessous duquel les entreprises ont du mal à recruter. A moins de vivre dans un Pays de ‘’bisounours’’, nous en sommes encore loin.

Nous sommes encore dans une situation de chômage de masse, le taux de chômage oscille à 30% chez les jeunes. Repousser l’âge de départ à la retraite à 63 ans parait tout à fait contre-productif, car cela ne fera qu’augmenter la difficulté des jeunes à trouver un emploi et à ceux qui en ont de s’y maintenir. Augmenter aussi brusquement la population active alors que nous ne sommes pas en situation de plein emploi , aura le mérite de freiner le renouvellement des effectifs et ne fera qu’aggraver les difficultés de ceux qui ont déjà du mal à trouver un emploi.

On gagnerait plus à adapter l’âge de départ à la retraite en fonction des paramètres de vie de la population gabonaise et à mettre en place des mécanismes de préretraites pour accompagner les travailleurs désireux de partir à la retraite beaucoup plus tôt et ainsi renouveler les effectifs.

Car cela paraît absurde de fixer l’âge de départ à la retraite en méconnaissance des réalités et des conditions de vie des gabonais.

Le tableau ci-contre représente l’évolution de l’espérance de vie à la naissance des hommes et des femmes au Gabon depuis 1985.

Il apparait clairement que le nouvel âge de départ à la retraite est quasiment égal à l’espérance de vie de la population gabonaise. On travaillerait donc toute la vie sans pour autant jouir de sa retraite.

Pour qui et Pour quoi on cotiserait pendant toutes ces années ? est-ce la seule solution que le gouvernement ait trouvée pour couvrir sa mauvaise politique ? est-ce la solution pour éviter la faillite générale ?

Christian Ndinga 

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