Réformes des critères d’attribution des bourses: un déclin pour l’éducation et le développement de la jeune fille ?

La présidente de l'ONG Femme Belle, Christine Soro © D.R

La décision portant  modification des modalités d’attribution des bourses n’a pas fini de susciter des réactions au sein de l’opinion nationale. Après celle venant des acteurs politiques, la société civile gabonaise semble ne pas être en reste. C’est le cas de la présidente de l’ONG Femme Belle, Christine Soro qui dans une tribune parvenue à Gabon Media Time a tenu à s’interroger sur la portée de cette mesure particulièrement pour les jeunes filles gabonaises. Nous publions in extenso ladite communication.

« Sans cette bourse nous n’aurons plus les moyens d’aller à l’université, de  louer une chambre, d’acheter des fascicules ou tout simplement de subvenir à nos besoins d’étudiants », s’inquiète Samantha, 21 ans, en terminale citée par l’AFP le 10 avril 2019.

A l’aube de la célébration de la journée nationale de la femme gabonaise, la révision des conditions d’attribution des bourses d’études aux étudiants gabonais annoncée lors du dernier Conseil des Ministres du 29 mars 2019 interpelle l’ONG Femme Belle à l’intérieur et à l’extérieur dont les missions sont d’accompagner la jeune fille et la femme dans son épanouissement personnel et son autonomie.

Selon un rapport de l’UNICEF, en 2015, le taux d’alphabétisation des femmes entre 15 et 24 ans était estimé à 97%. Ce qui nous amène à jeter un regard attentif  sur les facteurs qui ont permis, sinon encouragé la jeune fille gabonaise à s’affirmer dans sa scolarité au point d’enregistrer un taux aussi élevé d’alphabétisation.

Comme l’a rappelé Samantha dans son interview accordée à l’AFP, la bourse d’études a toujours permis à la gabonaise lambda de subvenir à ses besoins primaires : payer son transport, ses fascicules, s’acheter à manger, et parfaire son parcours scolaire.

Cette allocation  a toujours été un atout économique, social et moral pour la jeune fille gabonaise. Alors que la crise économique a laissé plusieurs chefs de famille au chômage ou sans revenus, accumulant plusieurs mois d’impayés de salaires, la bourse scolaire chez la jeune fille lui a toujours permis de se mettre à l’abri de toutes formes de dépravations ; surtout sexuelles.

Je connais des filles qui ont pu résister à la tentation de coucher avec des hommes fortunés parce qu’une bourse scolaire les aidait à subvenir à leurs besoins primaires.

Exiger donc une moyenne de 12 au bac en ayant un âge maximum de 19 ans impose systématiquement un quota de personnes qui pourraient bénéficier des avantages liés à la bourse. Cela pourrait entraîner un effet vicieux et même modifier drastiquement les chiffres futurs du taux d’alphabétisation chez les filles. Toucher à la bourse qui est acquis social important, c’est porter atteinte à la motivation de ces jeunes filles à s’éduquer et à se former sereinement. Sans moyens financiers, en pleine crise économique, les conséquences peuvent être sans appel.

Notons que les risques liés à cette mesure peuvent être :

Inverser les objectifs de développement humain en poussant plusieurs jeunes filles limitées par cette nouvelle mesure à arrêter leurs études. Ce qui accroîtrait aussi le taux de grossesses précoces et augmenterait de facto le taux de croissance démographique et une régression du taux d’alphabétisation.

  • Augmenter le taux des violences faites aux femmes par les hommes devenus oisifs, car eux aussi limités à poursuivre leurs études par fautes de moyens financiers.

Parce qu’au sein de l’ONG Femme Belle, nous voulons aussi prôner l’excellente dans l’éducation de la jeunesse gabonaise, en l’occurrence celle de la jeune fille, nous proposons au gouvernement de revenir à une moyenne de 10/20 avec un âge maximum de 22 ans.

Au regard de ce qui précède, les autorités gabonaises devraient prendre la mesure des conséquences de cette décision sur l’avenir de l’éducation de la jeune fille en général, et de la jeunesse gabonaise plus particulièrement, qui est la relève de demain.

Christine Soro, présidente de l’ONG Femme Belle »

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