Rachat d’actifs de Total par Perenco : un deal au détriment de l’Etat gabonais

Ministère du Pétrole et des Hydrocarbures © D.R

C’est sans doute l’information la plus invraisemblable de ce mois de janvier 2018 que vient de révéler  la rédaction d’Africa Energy Intelligence qui revient sur l’acquisition, par la compagnie pétrolière indépendante franco-britannique Perenco, des actifs de Total sur une dizaine de gisements, avec comme conséquence immédiate; une baisse importante de la production qui devrait revenir à l’Etat gabonais. Cette opération désavantageuse pour le Gabon serait à l’origine de la mise à l’écart du directeur général des Hydrocarbures, Paul Massassa, qui l’avait entérinée.

GABON LIBREVILLE

Selon le journal d’investigation, le déplacement le 10 janvier 2018 à Paris du Directeur général de Gabon oil company, Arnauld Engandji avait pour objectif de s’entretenir avec le trader Vitol, principal acheteur de la production du pays, afin de trouver une solution à la baisse du nombre de cargos de brut que l’Etat gabonais pourra commercialiser en 2018. Il faut relever que le trader a déjà avancé des dizaines de millions de dollars à l’Etat.  

Sauf que, suite au contrat conclu entre Perenco et Total, sous la houlette de la Direction générale des hydrocarbures, les volumes que l’Etat pourra revendre pour rembourser ces avances devraient diminuer. Une situation gênante qui aurait emmené le patron de la Société nationale des hydrocarbures (GOC) à proposer un montage afin de reporter le remboursement des fonds avancés par Vitol, lors du prochain cargo de brut prévu pour avril.

En outre, cette opération qui concernait une quinzaine de champs était assortie de conditions quasi désavantageuses pour l’Etat, puisqu’il était question de la disparition du profil oil reversé au Gabon sur une partie de ses actifs. Ainsi, l’Etat par l’entremise de la Direction générale des hydrocarbures (DGH) a accepté que Perenco aligne les conditions d’exploitation des gisements sur le régime de convention «Mara», échappant de ce fait au «cadre contractuel moins favorable auquel était soumis Total».

D’ailleurs cette situation avait été décriée en octobre 2017 par le directeur intérimaire de la DGH, Bernardin Mve Assoumou, qui faisait remarquer que la disparition du profil oil sur les gisements cédés était susceptible de faire perdre à l’Etat plusieurs cargos de brut, suggérant même au «ministère du Pétrole de négocier avec Perenco afin de faire rentrer la GOC dans certains des gisements obtenus ou dans des infrastructures de transport acquises lors de la même transaction, comme l’oléoduc Rabi-Coucal-Cap-Lopez». Fort malheureusement aucune suite n’a été donnée concernant cette suggestion qui aurait eu le mérite de rééquilibrer les choses.

Toutefois, «dans la même note, Bernadin Assoumou fait un voeu : que les avantages obtenus par Perenco favorisent l’investissement afin d’accroitre la production. Cela permettrait à l’Etat gabonais de compenser en partie le manque à gagner du profil oil par des taxes», indique Africa Energy Intelligence.

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