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Une vue du carréfour Rio au coeur de Libreville © D.R.

Depuis le premier cas de contamination au Covid-19 le 12 mars dernier, le nombre de cas positif au Covid-19 ne cesse d’augmenter chaque jour malgré une batterie de mesures et le confinement décidé par le gouvernement. Le coronavirus ne cesse, de souligner les faiblesses de notre pays. On le constate chaque jour au nombre de personnes contournant les règles du confinement, aux rassemblements sans respect des mesures de distanciation : pour chercher de l’eau potable, récupérer et utiliser les Kits/bons alimentaires, la queue à la fin du mois devant les établissements bancaires. On peut donc se permettre de dire que le confinement, telle qu’il est pratiqué aujourd’hui n’est pas efficace dans notre pays. Pourtant, à l’instar des autres pays africains, comparativement à l’ampleur de l’épidémie dans le Nord, la pandémie semble marquer le pas au Gabon. Il est donc logique de s’interroger sur la pertinence du confinement aux conséquences désastreuses dans notre pays. Et si on levait le confinement ? 

Un certain nombre de données constituent des arguments pour défendre l’idée du dé-confinement au Gabon afin de relancer l’économie. En effet, selon le FMI, « la pandémie de Covid-19 et l’effondrement des prix du pétrole ont affaibli les perspectives macroéconomiques et il est possible que la pandémie soit plus marquée et persistante que prévu, avec un impact durable sur les prix des produits de base, la croissance et les positions budgétaire et extérieure. Le ralentissement de l’activité économique et l’affaiblissement des positions budgétaire et extérieures entraîneront des besoins de financement supplémentaires ». Toujours selon le FMI, parlant du Gabon, « à court terme, un creusement temporaire du déficit budgétaire se justifie pour contenir la propagation du virus et compenser les effets de la  pandémie  sur le plan social et économique.  Il sera également essentiel de mobiliser des financements extérieurs supplémentaires ». Il est donc clair qu’un pays dont l’économie repose principalement sur le pétrole ne peut se permettre l’arrêt ou le ralentissement des autres secteurs de l’économie au vue de la situation mondiale du prix du pétrole. Aussi, la levée du confinement doit-elle être envisagée. 

Certes, la question de la prudence nécessaire à cette levée du  confinement – et l’augmentation du risque d’exposer la population au Covid-19 pourrait toujours se poser. Toutefois, plusieurs indicateurs permettent d’y penser en toute confiance. En effet, la levée du confinement et la reprise des activités peuvent se faire en toute sécurité sous trois conditions : 

– Confinement uniquement pour les personnes vulnérables au Covid-19 et port du masque obligatoire pour toute la population ; 

– Désinfection des bâtiments et lieux publiques grâce à une formulation à base d’huiles essentielles d’oléorésines de plantes gabonaises ;

– Consommation préventive de décoctés et autres infusions à base de plantes médicinales gabonaises utilisées pour combattre le paludisme.

Plus précisément :

  • Confinement uniquement pour les personnes vulnérables

L’évolution de la pandémie en Afrique suggère que la transmission du Covid-19 n’est pas exponentielle et la mortalité est moindre lorsqu’on compare avec l’Europe, les Etats-Unis et la Chine. On peut supposer que ce constat est dû aux températures élevées en Afrique. En effet, le nouveau coronavirus, responsable de la pandémie de Covid-19, s’affaiblit dans une atmosphère chaude et humide ainsi que sous les rayons du soleil : tel est le constat de l’étude menée par le National Biodefense Analysis and Countermeasures Center (USA). On sait que la maladie n’est pas grave dans 85% des cas, et qu’elle peut être plus grave dans 15% des cas, dont 5% peuvent nécessiter l’intervention du service de réanimation. De plus, le Haut Comité de Santé Publique Français a défini les personnes à risque de développer la forme grave de la maladie. Il s’agit en gros des personnes suivantes :

  • les personnes âgées de 70 ans et plus ;
  • les patients aux antécédents cardiovasculaires ;
  • les diabétiques insulinodépendants ;
  • les personnes présentant une pathologie chronique respiratoire ;
  • les patients présentant une insuffisance rénale chronique dialysée ;
  • les malades atteints de cancer sous traitement ;
  • les personnes avec une immunodépression ;
  • les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40 kg/m2) ;
  • les femmes enceintes à partir du troisième trimestre de la grossesse.

Les différentes communications du COPIL informent que la majorité des cas positifs au Gabon sont asymptomatiques ; ce qui suggère que leurs systèmes immunitaires arrivent à contenir le virus. 

Pr Joseph Privat Ondo © D.R.

Ces données nous permettent donc de militer pour la fin du confinement de toute la population. Seules les personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-CoV-2 resteraient en confinement. Pour un dé-confinement efficace, le port du masque devrait être rendue obligatoire hors de son domicile pour tous, dans les bâtiments publics et les transports en communs ; le respect de toutes les mesures barrières devant être de rigueur.  

  • Désinfection des bâtiments et lieux publiques grâce aux huiles essentielles

Appeler au dé-confinement n’est pas synonyme d’envoyer la population à la mort. Il faut garder en esprit que, lever le confinement aujourd’hui ou plus tard, le virus sera toujours là. Mais lever plus tard, la situation économique et sociale du pays sera plus dégradée. En effet, selon le Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie Français, en Afrique centrale, le choc du Covid-19 pourrait précipiter la crise finale de la rente pétrolière au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville, au cœur des équilibres sociaux. Les mesures de confinement saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social. 

Le dé-confinement semble donc une des solutions pour faire face à la crise économique qui suivra la crise sanitaire mais il doit s’accompagner de la désinfection des lieux publics, des transports en commun qui sont des lieux de propagation potentielle du virus de la Covid-19 afin de garantir la sécurité de la population.   

Rappelons que le virus de la Covid-19 se propage par les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée à d’autres personnes avec lesquelles elle a des contacts étroits, comme les personnes qui vivent ensemble ou qui fournissent des soins. Le virus peut survivre sur différentes surfaces, mais il peut être détruit par la plupart des produits nettoyants et désinfectants. Les produits de nettoyage et désinfectants courant sont efficaces contre ce nouveau virus.

Mais pour une protection efficace de la population, étant donné que de nombreux cas positifs au Covid-19 sont asymptomatiques mais contagieux, nous suggérons la désinfection par les huiles essentielles. En effet, de nombreux essences de la forêt gabonaise regorgent d’huiles essentielles indiquées pour faire des formulations qui permettront non seulement la désinfection du virus en suspension dans l’air par spray mais également de diminuer la charge virale chez des personnes contaminées.

Les huiles essentielles sont un mélange complexe de composés naturels, principalement des phénylpropanoïdes et terpènes, responsables de leurs propriétés biologiques. De nombreux travaux démontrent l’activité antivirale des huiles essentielles mais également de leurs principaux constituants individuellement. En effet, selon les travaux de Astani et collaborateurs, l’α-terpinene,  ɣ-terpinene,  α-pinene,  p-cymene,  terpinen-4-ol,  α-terpineol,  thymol réduisent individuellement la propagation du virus de l’Herpes de 80%. La pulvérisation d’un mélange d’oléorésines et d’huiles essentielles de plantes, présente une activité anti-coronavirale très efficace. Ce traitement diminue la gravité des signes cliniques, réduit la quantité d’ARN viral dans la trachée et diminue la transmission du virus.

La forêt gabonaise renferme de nombreuses plantes aromatiques et des oléorésines qui pourraient être antivirale. Les huiles essentielles d’Okoumé, Aiele et Ozigo largement répandues dans la forêt gabonaise ont une activité virucide avec 25-30% d’α-pinene, 36-40% de limonène et 25-30% de terpinène-4-ol respectivement comme principal constituant. Ces huiles essentielles sont d’excellentes candidates pour une formulation d’un désinfectant efficace contre le Covid-19. La désinfection par pulvérisation d’huiles essentielles présente l’avantage d’éliminer le virus en suspension et donc d’empêcher la propagation et la transmission mais surtout, elle est potentiellement curative en diminuant les signes cliniques de la maladie.  

  • Traitement préventif et/ou curatif à base de plantes médicinales antipaludiques

Le Covid-19 a sorti le Pr Didier Raoult de l’anonymat du chercheur en laboratoire et l’a placé au-devant de la scène grâce au traitement qu’il propose constitué principalement de l’hydroxychloroquine, un antipaludique. Plus récemment, le traitement proposé par Madagascar est à base d’Artémisia, une plante antipaludique d’où l’Artémisinine est extraite, molécule centrale des ACT qui lutte contre le paludisme. Or, une comparaison rapide des cartes de distribution du paludisme et de la propagation du Covid-19 dans le monde révèle un impact moins important du Covid-19 dans les zones impaludées (Figure ci-dessous). 

Figure : Distribution géographique du paludisme et propagation du Covid-19 dans le monde

Ces observations permettent d’émettre l’hypothèse d’un lien entre la présence du paludisme – et donc prise régulière des antipaludiques par la population – et l’incidence du Covid-19.

Par ailleurs, dans le domaine de la nutrition, Tauseef Sultan et ses collaborateurs4 ont démontré qu’un réseau de plantes et leurs composants possèdent des propriétés immunomodulatrices. Partant de là, leur éventuelle inclusion dans les régimes pourrait renforcer l’immunité contre les maladies. Les plus connus dans l’alimentation gabonaise sont : l’ail (Allium sativum), du thé vert (Camellia sinensis), du gingembre (Zingiber officinale), de la réglisse (Glycyrrhiza glabra). Ces plantes sont donc des stimulants immunitaires naturels. Ces plantes sont dotées d’ingrédients fonctionnels qui peuvent offrir une protection contre diverses menaces. Richard Z. Cheng rapporte dans Medicine in Drug Discovery que dans la gestion de la pandémie du Covid-19 en Chine, la Vitamine C a été utilisé par injection à forte dose comme antioxydant. Il rapporte également que des études cliniques ont démontré que la prise orale d’une forte dose de Vitamine C garantirait une protection certaine contre l’infection virale. Les fruits de consommation régulière au Gabon contenant une grande quantité de Vitamine C sont la goyave, le citron et l’orange. 

Au regard de ce qui précède, en absence de traitement efficace qui fait l’unanimité et en absence de la possibilité de tester nos hypothèses, nous suggérons à la population :

– de continuer à consommer à titre préventif et curatif les décoctions, macérâts et autres cocktails antipaludiques (Ikouk, Abam, Nfo’o, Ndolè etc.) régulièrement consommés dans notre culture médicale « sans danger » ;

– de consommer des salades à base de laitue avec de l’ail, oignon etc, régulièrement consommer des oranges et autres fruits ayant des antioxydants ;  

– de prendre régulièrement des infusions à base de gingembre et tisane mélangé au citron, recommandation spéciale au personnel de santé, à ces héros du quotidien, non seulement pour booster votre système immunitaire mais également parce que dans la culture médicinale gabonaise, le gingembre et le citron ont fait leurs preuves vis-à-vis de la grippe. N’oublions pas que la maladie du coronavirus reste avant tout une grippe !!!

Continuons à respecter les mesures barrières pour sauver des vies.

Pr Joseph Privat Ondo

Maître de Conférences CAMES

Laboratoire de Recherche en Biochimie (LAREBIO) 

Université des Sciences et Techniques de Masuku, Franceville (Gabon)

Références 

1Akram Astani, Jürgen Reichling and Paul Schnitzler. 2009. Screening for Antiviral Activities of Isolated Compounds from Essential Oils. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine 2011: 1-8.

2Akram Astani, Jürgen Reichling and Paul Schnitzler. 2010. Comparative Study on the Antiviral Activity of Selected Monoterpenes Derived from Essential Oils. Phytotherapy Research 24: 673–679.

3Jackwood M.W., Rosenbloom R., Petteruti M., Hilt D.A., McCall A.W., Williams S.M. 2010. Avian coronavirus infectious bronchitis virus susceptibility to botanical oleoresins and essential oils in vitro and in vivo. Virus Research 149: 86–94.

4Tauseef Sultan M., Masood Sadiq Buttxs, Mir M. Nasir Qayyum, Hafiz Ansar Rasul Suleria. 2014. Immunity: Plants as Effective Mediators. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 54: 1298–1308.

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