Pourquoi il ne faut pas boycotter les législatives ?

© Specimen de carte d'électeur © GMT

Parce que «nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes», il y a lieu d’avancer en se référant à l’histoire politique récente du Gabon. Pour ne pas aller très loin en arrière, nous allons simplement nous arrêter à une analyse froide du contexte qui a précédé les premières élections législatives organisées depuis le décès du Président Omar Bongo Ondimba.

Alors que l’opposition de l’époque, composée à majorité par les mêmes acteurs qu’aujourd’hui, à quelques exceptions, appelait au «boycott» de ces législatives, elles ont pourtant eu lieu le 17 décembre 2011 conformément au calendrier électoral de l’époque. Le boycott n’avait donc en rien pu empêcher la tenue de ces élections. Et mieux, au terme de ce processus électoral, le PDG se retrouvait alors avec 114 députés sur 120.

A cet effet, les observateurs de l’Union Africaine et du Gerddes avaient d’ailleurs jugé «crédible» le scrutin législatif gabonais de samedi, qui a vu une écrasante victoire du Parti démocratique gabonais (PDG au pouvoir) du président Ali Bongo Ondimba, mais notent quelques «faiblesses» et «En dépit des insuffisances relevées, (…) la mission d’observation de l’UA est d’avis qu’elles ne sont pas de nature à entacher les résultats du scrutin», précise le même texte.  Par la même occasion, l’UA, dans un communiqué, décrivait «une campagne électorale sans incidents notables (et) une bonne organisation générale du scrutin». (Voir Déclaration préliminaire de l’UA à Libreville, le 19 décembre 2011).

Il semble aller de soi que le cadre législatif gabonais relatif aux élections serait l’un des mieux élaboré en Afrique subsaharienne. Contenue dans les résolutions du Dialogue politique d’Angondjé tenu entre mars et mai 2017, la mise en place du Centre gabonais des élections (CGE) en remplacement de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) serait un gage supplémentaire de neutralité et de transparence au regard de sa composition et du mode de sélection de ses membres.

De plus, poursuit le Rapport de la mission d’observation de l’Union Africaine, «En dépit des insuffisances relevées, (…) la mission d’observation de l’UA est d’avis qu’elles ne sont pas de nature à entacher les résultats du scrutin.» Quelles leçons politiques et stratégiques en tirer ?

La première leçon en est que l’appel au boycott des élections est une méthode infructueuse qui a montré ses limites plus d’une fois, aux législatives de l’automne 1990 et de mars 1991 (élections à deux tours) et de décembre 2011. Dans un cas, comme dans l’autre, il est indéniable que le boycott aura été un choix mitigé. Faut-il rappeler à toute fin utile que l’élection législative de décembre 2011 boycottée par l’opposition est jusqu’à ce jour celle qui légifère malgré tout ? En d’autres termes, l’actuelle majorité PDG à l’Assemblée nationale en grande partie le fait du boycott de l’élection de décembre 2011 par l’opposition ? Et n’est-ce pas ce Parlement qui légifère  jusque là ? L’opposition gabonaise aurait-elle donc choisi la voie démissionnaire en s’auto excluant du jeu politique national ?

L’Assemblée nationale, étant par excellence le lieu, la tribune de l’expression des différentes sensibilités politiques voire sociologiques, en décidant derechef de ne pas participer à l’élection législative, l’opposition gabonaise disposerait-elle de quels autres canaux d’expression porteuse ? Il est clair que si elle venait davantage à reproduire cette erreur stratégique, l’opposition gabonaise actuelle (ou du moins de qu’il en reste comme telle) aurait fini de dilapider le peu de capital sympathie qui lui resterait auprès des populations dont l’amélioration des conditions de vie constituent une urgence.

Pourquoi les populations devraient s’enrôler et aller voter ?

L’action de voter met le citoyen en contact direct avec le processus politique. Par ce geste, nous pouvons choisir nos dirigeants (ceux et celles qui partagent nos opinions ou qui savent nous inspirer). Par un bulletin de vote, nous exprimons ainsi à nos dirigeants notre opinion au sujet des décisions qui influeront sur notre vie, notre avenir voire notre devenir : Sur quelles priorités le gouvernement devrait-il d’abord se concentrer : l’éducation, les routes,  la santé ou l’environnement ?

Voter nous lie les uns aux autres en tant que citoyens et citoyennes. En participant à une élection et en donnant notre point de vue, nous contribuons au bon fonctionnement de notre démocratie et au renforcement de notre vivre ensemble pour une meilleure cohésion sociale. Le fait d’exprimer notre accord ou notre désaccord avec nos dirigeants indique que le système politique peut assumer des points de vue différents et résoudre les divergences. En s’abstenant de voter, nous brisons le lien entre chacun des citoyens gabonais et la communauté.

Voter sert aussi à protéger nos libertés. Une société démocratique ne peut survivre que si les citoyens qui la composent considèrent le processus politique comme un devoir et une responsabilité.

En votant, chaque citoyen participe alors à un processus qui peut, le cas échéant, le mener vers d’autres formes d’engagement, comme par exemple œuvrer pour un parti politique ou même se présenter à une élection.

Tiburce Ndong Assoumou,

Analyste politique, spécialiste en Politiques de Défense et de Sécurité.