vendredi,10 juillet 2020
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Pour une reprise de l’année universitaire en octobre 2020 et en janvier 2021: propositions pour un nouveau fonctionnement académique

La crise sanitaire mondiale liée à la pandémie du Covid-19 a conduit le Gouvernement à prendre des mesures pour limiter sa propagation. Dans l’enseignement supérieur, a suivi la fermeture des universités, grandes écoles et instituts depuis mi-mars 2020. Après deux mois de confinement, des questions persistent sans réponse sur la relance des activités académiques, toujours incertaine au regard des dispositifs préventifs énoncés par le Gouvernement et de la progression vertigineuse des cas pathologiques. Cependant, cette parenthèse pandémique si préoccupante peut constituer un élan de résilience, pour remettre à l’endroit notre espace universitaire public. Quel serait le schéma approprié pour la normalisation fonctionnelle de nos universités, grandes écoles et instituts au sortir de la crise sanitaire ? Un préalable descriptif prélude à cette interrogation.

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Un paysage académique peu unifié : entre norme et désordre

Sur l’ensemble de huit établissements d’enseignement public nationaux qui accueillent plus de 60.000 étudiants sur environ 90.000 au Gabon, quatre répondent, à quelques variables près, aux normes fonctionnelles d’une année universitaire en système LMD (Licence-Master-Doctorat). Il s’agit de l’Institut National des Sciences de Gestion (INSG), de l’Université des Sciences de la Santé (USS), de l’Institut Universitaire des Sciences de l’Organisation (IUSO) et de l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique (ENSET), où on y relève, dans toutes les filières, une année réellement entamée, avec un semestre plus ou moins achevé. 

A l’opposé, dans les autres établissements, demeure un fonctionnement peu unifié avec un premier semestre à peine commencé en mi-janvier 2020 qui est loin d’être achevé et ne pourra l’être avant août 2020. Tel est, par exemple, le désespérant paysage académique de l’Université Omar Bongo, avec la majorité des étudiants déjà confinés avant l’irruption de la maladie en Chine. Dans les grandes écoles (ENS et ENSET), le premier cycle, regroupant les lauréats du dernier concours d’entrée, peine à commencer les cours. Tout comme, à la Faculté de Droit et Sciences Economiques (FDSE-UOB) où s’est achevé en février 2020, le second semestre de l’année universitaire 2018-2019. 

Dans tous les cas décrits, aucun établissement n’a réellement entamé le second semestre 2020, à l’exception de l’Institut National des Sciences de Gestion (INSG), grâce au dispositif des cours à distance dont le fonctionnement est maîtrisé et fort crédible. Néanmoins, un effort conséquent est entrepris au sein du Ministère de tutelle, pour créer une plateforme commune à tous les établissements en vue du fonctionnement des cours en ligne. 

Mais en toute évidence, un tel dispositif ne peut répondre à son efficacité pédagogique que si les administrations universitaires concernées et les enseignants sont formés à l’usage d’un tel mode d’enseignement spécifique. Or, dans les établissements, qui tentent l’expérience des cours en ligne, les conditions propres à ce type d’enseignement ne sont pas réunies et les textes organisant et réglementant son fonctionnement ne sont pas encore ni discutés ni initiés par les autorités compétentes (Gouvernement, Ministère de l’Enseignement Supérieur, responsables universitaires et syndicats des enseignants). Pour que ces cours en ligne répondent aux attentes pédagogiques, il importe de se prémunir de toutes les garanties, au risque de voir des plaintes multiples surgir de la part des étudiants qui seraient lésés par une application abrupte et non-planifiée de ce dispositif.

Globalement la situation académique des établissements d’enseignement supérieur public ne peut conduire à une reprise unifiée des cours. Elle invite à l’apprécier selon la réalité attestée de chaque établissement, sans rejeter l’accablante réalité que toute réouverture est impossible avant septembre-octobre 2020. Peut-être pourrait-on, tout en se conformant à la mesure de distanciation sociale, organiser, entre juin et juillet, quelques soutenances des travaux de recherche, devant des jurys et des publics n’excédant guère 10 individus dans une salle.

Repenser l’enseignement supérieur public sous deux modes calendaires et fonctionnels : deux sessions de rentrée et deux modes d’enseignement, présentiel et virtuel

Il reste donc à penser une rentrée universitaire, plus flexible, modulée en deux principales sessions : la première session se déroulerait en octobre 2020, pour une nouvelle rentrée qui serait, en réalité, une reprise de l’année inachevée dans l’ensemble des établissements. Cela suppose de considérer la précédente comme une année blanche à l’UOB, à l’USTM et partiellement à l’ENS et l’ENSET. Cette période marquerait également le début du deuxième semestre dans certains établissements (INSG, IUSO, IST, USS). La fin de ce semestre bi-séquentiel serait en décembre 2020. La deuxième session s’ouvrirait en janvier 2021. Elle concernerait principalement toutes les premières années issues du Baccalauréat 2020. Dans le même temps, serait instauré un semestre 1 virtuel pour les étudiants de la première session d’octobre 2020. 

Concevoir les rythmes de rentrée universitaire sous le mode de deux sessions et de l’alternance présentiel/virtuel des enseignements donnerait le schéma suivant : mise en place d’un dispositif calendaire académique qui comprendrait un semestre présentiel et un semestre virtuel, alternant selon les deux sessions de rentrée universitaire. Autrement dit, des cours présentiels nécessitent la présence physique des apprenants et des enseignants ; les cours virtuels sont des cours à distance organisés autour des cours en ligne interactifs. 

Ce dispositif permettrait de gérer les flux des étudiants, nouveaux et anciens, de manière alternée et de mieux utiliser des infrastructures académiques insuffisantes, pour répondre à la massification des effectifs. Il permettrait également de réaménager la carte universitaire gabonaise. Pour cela, il faudrait dès juin 2020, la création d’une commission, sous l’égide de Monsieur le Premier ministre, en vue de préparer ce nouvel environnement fonctionnel universitaire et dans la même période, commencer à former les enseignants à la production des supports dématérialisés des cours. 

Une expertise extérieure serait nécessaire. On pourrait localement s’inspirer du bel exemple de l’Institut National des Sciences et des Gestion (INSG) qui s’est ouvert depuis deux ans à ce mode de fonctionnement ou bien se référer à l’expérience de l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégal) qui a virtualisé son espace universitaire avec plus de 30.000 étudiants suivant des cours en ligne, sans être physiquement dans un amphithéâtre ni dans une salle de cours, sauf pour quelques enseignements de synthèse ou pour passer les sessions d’examen. 

Cette parenthèse pandémique, à compter du mois de juin constituerait une période propice à la modernisation de notre système universitaire. On gagnerait à oser ce beau défi. 

Dr. Dacharly Mapangou 

Maître-Assistant CAMES en Littérature générale et comparée à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Omar Bongo. Il est Président de la Force de réflexion et d’action pour l’enseignement supérieur (FRAPES)

 

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