Perdre ou gagner ensemble 

Le secrétaire exécutif de l’Union nationale, Minault Zima Ebeyard © D.R

Un texte a osé explorer jusqu’à sa signature. La profondeur des mots le disputent à celle de la pensée? La réflexion qu’il nous propose est alimentée à la fois par la sagesse que l’on retrouve si peu chez les gens de sa génération, adossée à un sens incontestable de la responsabilité. Et montre une perception exceptionnelle des évènements du moment. Il ressort de ces lignes une écoute assidue des phénomènes de ces temps d’incertitudes, avec des déductions et des inductions d’une précision quasi millimétrée. S’arrête-t-il simplement au bout de la réflexion? Non un meilleur vivre ensemble : un besoin national aujourd’hui. Pour l’auteur, il s’agit de vaincre la peur, retrouver les exigences de notre temps en brisant l’« ordre ancien »; retrouver le sens de la confiance en Soi en en l’Autre. Ces mots pour panser des maux et recréer l’avenir commun sont du Dr Minault M. Zima Ebeyard, un citoyen et membre constant de l’Union nationale (UN).

GABON LIBREVILLE

La peur comme ennemi…

La peur est la plus terrible des passions parce qu’elle fait ses premiers effets contre la raison ; elle paralyse le cœur et l’esprit (Antoine Rivaroli, dit Rivarol).

L’expérience de la vie montre que la peur de l’autre et la peur du lendemain irriguent tous les fantasmes, alimentent tous les excès et engendrent toutes les formes de violences. On ne peut donc pas s’épanouir dans la peur, rien de durable ne peut se construire dans la peur. La peur est le principal ennemi de l’Homme. La peur est le principal ennemi de notre pays. C’est la peur qui justifie le tribalisme qui nous tenaille. C’est elle, notamment celle de perdre le pouvoir, qui a fait le sombre jour du 31 août 2016. C’est aussi la peur qui explique le désossement de notre Constitution et la fabrication de toutes les lois liberticides en vigueur actuellement dans notre pays. Elle a installé la répression comme unique mode de communication et de gestion des conflits. La violence quotidienne, morale et physique, secrétée par la peur, n’est bonne, ni pour celui qui l’exerce, et, encore moins, pour celui contre qui elle est exercée.  

Après plus de 50 ans d’un système fondé sur la violence, les bourreaux, tout comme leurs victimes, sont de tous les côtés. Nous avons tous un bourreau et au moins une victime de ce système dans nos familles ou dans nos villages. Ce système n’aurait jamais pu tenir sur une aussi longue période s’il n’avait bénéficié du concours conscient ou inconscient de chacun d’entre nous. Nous avons tous été formatés par ce système, notre logiciel est malheureusement destiné à le servir. Nous sommes tous, quelque part, responsables de sa survie. A chacun de faire son introspection.

Nous devons tous nous guérir de la peur, sortir de la paranoïa ambiante, pour affronter ensemble nos démons, réapprendre à vivre ensemble et construire notre destin commun.

Un « ordre ancien » à dépasser…

Alors que tout invite à la rupture et au ressaisissement, la perpétuation de l’ordre ancien est dangereuse pour le pays. Vouloir continuer à gérer le Gabon sur le modèle familial et clanique qui a largement démontré ses limites, avec les mêmes aux commandes de tout, décidant de tout et ayant un droit de vie et/ou de mort sur tous, n’est simplement plus possible. Penser continuer à obtenir par la force ce qu’on ne peut par le droit, ou que l’on peut tout s’offrir, jusqu’à la conscience du peuple, avec de l’argent, est un grotesque leurre et une hypothèque que l’on met sur notre avenir commun. Se précipiter à tout verrouiller par peur de perdre le pouvoir ou espérer y accéder ou le conserver à n’importe quel prix, peut définitivement plonger notre pays dans l’abîme. Penser construire notre avenir commun en ressassant les peurs du passé, en ruminant des vengeances futures, en espérant que les geôliers d’aujourd’hui deviennent les prisonniers de demain, ou encore, en voulant perpétuer un système de domination des uns sur les autres, est un calcul vain. Un jour, ça explosera. Et ce jour, ce sera trop tard pour nous tous, riches ou pauvres.

Panser les plaies et recréer le lien de confiance…

Le point de rupture et le risque d’embrasement sont si proches, que la sagesse doit triompher. Nous devons tourner la page de ces tristes moments-là où la haine de l’autre est la seule émotion possible, où l’on sent qu’on a tout essayé et que l’affrontement avec son frère devient la seule solution qui sauve des difficultés de la vie, des difficultés de sa vie. Nous devons créer le cadre idéal où tous, et ceux qui sont aux commandes de l’Etat en premiers, nous devons nous asseoir pour convenir de mettre un terme au fonctionnement que nous avons imposé à notre pays.

La magie des Grandes Nations a de tout temps été de saisir les instants critiques pour en faire des instants magiques. C’est quand on pense que plus rien n’est possible, que la nature interpelle le génie des Nations, la capacité pour ses Enfants à se sublimer, à être capables de tout arrêter, pour se parler et éviter le pire. Pour saisir cette opportunité si rare, qui exige de passer par les cases « Vérité, Pardon et Réconciliation », il faut s’élever, se dépasser.

Pendant que certains affûtent déjà leurs armes (au propre comme au figuré) pour l’assaut final, nourrissant le sombre dessein de récupérer ou de garder le pouvoir afin d’asseoir leur domination sur le plus grand nombre, et continuer la prédation des ressources du pays ; au moment où les « écuries » familiales, provinciales, ethniques ou claniques se réunissent pour conserver ou récupérer enfin le pouvoir, ma petite voix s’élève pour inviter ceux dont les voix portent, et qui ont intérêt à ce que notre Gabon demeure Immortel, à œuvrer pour l’instauration d’un Nouvel Ordre National débarrassé de la peur et fondé sur la confiance. Je les invite au dépassement, afin d’aider à panser les plaies et à recréer le lien de confiance qui fait les Grandes Nations.

Puisque nos destins sont liés, personne ne gagnera seul, personne ne gagnera en niant à l’autre ses Droits élémentaires. Nous gagnerons tous ensemble ou nous perdrons tous ensemble. Nous gagnerons tous, chaque fois que le Gabon gagnera, et nous perdrons tous, chaque fois que le Gabon perdra. Depuis bientôt 60 ans, le Gabon perd…Depuis bientôt  60 ans, nous perdons tous. Il n’y a pas de honte à reconnaître que nous avons tous échoué. Arrêtons-nous un moment pour donner une chance à notre Gabon.

Dr Minault M. Zima Ebeyard

Secrétaire exécutif, Union nationale

Député de la commune de Mitzic

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