Pepecy Ogouliguende : «Depuis la crise postélectorale, nous sommes sur le terrain pour que le conflit latent ne se transforme pas en conflit armé»

Pepecy Ogouliguende, Coordinatrice du Groupe de Travail Femmes leaders pour la Paix et la Sécurité (GTFLEPS) © GMT

Prenant part à l’atelier sous régional sur la prévention des conflits co-organisés par le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA) et le Secrétariat général de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), depuis le 31 juillet dernier à Libreville, la Coordinatrice du Groupe de Travail Femmes leaders pour la Paix et la Sécurité (GTFLEPS) est revenue dans cet entretien accordé à notre rédaction, sur  la nécessité pour la société civile de s’impliquer dans la prévention des conflits. Même si au niveau du Gabon, a-t-elle déploré, « de la part des  pouvoirs publics, il n’y a pas suffisamment d’actions dans ce sens ».

Aviez-vous des attentes dans le cadre de cet atelier sous régional dédiées aux questions d’alerte précoces et prévention des conflits ?

Je vous remercie de me donner l’opportunité de m’exprimer sur la question, et je remercie l’UNOCA et la CEEAC qui, à travers cet atelier,  réaffirment  le rôle important  de la société civile dans la prévention et l’alerte précoce des conflits. Nos attentes, c’est un renforcement des capacités. Vous savez que ce sont des domaines un peu nouveaux pour la société civile gabonaise. C’est donc une opportunité de renforcer nos capacités pour améliorer notre travail sur le terrain.

Comment appréciez-vous  les politiques publiques, en matière de prévention des conflits dans notre pays ?

Il faut savoir que, nous avons des dispositifs internationaux, qu’il s’agisse des Nations Unies, de l’Union Africaine et même sur le plan national, puisque dans le cadre de la Décennie de la femme, nous avons un chapitre réservé à la question de la Femme, la paix et la sécurité. Nous avons cette résolution 1325 des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité. Mais on peut dire que malheureusement, de la part des pouvoirs publics, il n’y a pas suffisamment d’actions dans ce sens. Néanmoins,  en ce qui concerne la société civile, notamment les femmes, nous sommes sur le terrain depuis la crise post-électorale, et même avant dans le cadre de la sensibilisation. Ce sera donc l’occasion pour nous, à l’issue de cette formation non seulement, de partager les connaissances acquises, mais également, de faire les plaidoyers auprès des gouvernants, pour dire justement que nous devons œuvrer davantage tous ensemble  dans le cadre de la prévention. C’est un travail en synergie pour que nous soyons dans cet esprit d’alerte précoce afin que le conflit latent ne se transforme pas en conflit armé.

Plusieurs Gabonais estiment que le pays est en crise, et d’autres pas. Comment appréhendez-vous la situation actuelle du pays en tant que société civile?

Comme tous les Gabonais, tout le monde sait que nous sommes dans une situation où beaucoup de gens ne se parlent pas. Mais la société civile par ses actions sur le terrain,  est là pour non seulement lancer cet appel à la paix, sans parti pris, en donnant aussi bien aux citoyens qu’aux gouvernants et même à l’opposition, vraiment le message qui est celui de dire,  c’est vrai, chacun a le droit de revendiquer ses droits, mais il doit avoir à l’esprit qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir, afin de maintenir ce lien, ce bien commun qu’est la paix. A l’endroit des gouvernants, nous avons vu que les éléments structurels de conflits,  ce sont les questions de pauvreté, de marginalisation. C’est aussi un appel qu’on lance aux dirigeants pour  répondre aux préoccupations des citoyens au quotidien, pour que cette instabilité sociale n’impacte pas sur le conflit qui pourrait dégénérer.

Vraiment notre vœu est que tout se passe de façon non violente s’il y a des revendications. Et pour cela, nous allons encore renforcer nos actions. Le conflit est inhérent à la nature humaine. Même dans les familles, on voit bien qu’il y a des conflits.  Mais, l’idée est de se dire qu’il y a un seuil qu’on ne doit pas dépasser. Parce que nous avons  là des témoignages des pays qui ont connu la guerre. Nous avons le cas de la RCA qui prend part justement  à cet atelier qui nous a partagé son expérience. Ils sont partis pour un conflit d’une à deux semaines, et là, ils sont à plus de vingt ans,  avec un pays complètement déstructuré. Donc, ce sont des leçons pour dire, nous devons vraiment œuvrer dans la prévention. Et chacun doit prendre conscience du rôle qu’il doit jouer. Et notre rôle est celui de faire des plaidoyers, celui de rappeler, celui d’être à la brèche. Les femmes ont montré qu’on ne baisse pas les bras, elles sont là pour rappeler que la vie humaine est au-dessus de tout ce qu’on veut revendiquer même si c’est légitime.

Au sortir de cet atelier, que ferez-vous de ces multiples recommandations ? Doit-on s’attendre à un plaidoyer de votre part  pour une meilleure prise en compte de la prévention des conflits dans les politiques publiques ?

L’un des points clés de cet atelier est de mettre en place un nouveau système de collaboration entre les organisations de la société civile et la CEEAC via le Mécanisme d’Alerte Rapide en Afrique centrale (MARAC). C’est dire qu’il y a déjà une dynamique de  prise de conscience et une volonté d’amplifier le rôle de la société civile. Donc à travers cela, nous aurons l’obligation de restituer auprès de nos collègues de la société civile et de nos dirigeants, tout ce qu’il y a comme piste pour rester dans l’esprit de la prévention, d’éviter que tout conflit latent ne puisse  dégénérer dans tous les pays présents. 

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