Pénurie d’eau / Antoine Boo : « Nous faisons le mieux possible pour soulager les populations »

Depuis plusieurs semaines, comme à chaque saison sèche, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) peine à pourvoir en eau Libreville et ses environs, la rivière Nzeme, sa principale source d’approvisionnement, étant en période d’étiage. Dans cet entretien, le directeur général, Antoine Boo, explique les mesures prises pour alimenter les consommateurs en temps de crise. Il décline ensuite les efforts déployés par son entreprise pour améliorer sa capacité de production, et dresse les perspectives de développement pour en finir définitivement avec des pénuries d’eau dans la capitale et ses environs. Lecture.

L’Union. Pourquoi cette pénurie d’eau à Libreville et ses environs ?

Antoine Boo : pendant la saison sèche, la rivière Nzeme est en période d’étiage. En clair, la production qui est de l’ordre de 240 000 m3/ jour pour Libreville baisse à 210 000 m3/ jour. Il y a donc un déficit d’eau de 30 000 m3/ jour. Conséquence, il n’y a plus assez d’eau pour tout le monde. Déjà, avec nos 240 000 m3/ jour en temps normal, on a du mal à approvisionner certains quartiers, parce que la production n’est pas suffisante. En période d’étiage, le problème s’accentue. Pour contourner la difficulté, nous avons mis en place un plan d’urgence qui consiste à répartir la ressource dans les différents quartiers, selon un système de rotations. Nous faisons le mieux possible pour essayer de soulager les populations qui sont dans la difficulté. C’est dans cette même optique que, depuis quelques jours, nous avons mis en place un service de distribution gratuite d’eau dans les quartiers : des véhicules font des rotations pour permettre aux personnes qui ne peuvent pas accéder à la ressource d’avoir de l’eau gratuitement

Les fuites et les fraudes ne viennent-elles pas anéantir votre plan de gestion rationnel de l’eau ? Si oui, que faites-vous pour en finir avec cette situation ?

Nous avons mis en place un plan d’urgence pour réparer les fuites qui sont de deux catégories : les fuites visibles et celles non-visibles. Il y a 84 000 m3 d’eau perdus chaque jour à cause des fuites. Dans ce chiffre, nous avons des fuites avant compteur et des fuites après compteur. Avant compteur, c’est le domaine de la SEEG. Et là, nous avons déployé un plan d’urgence pour détecter les fuites, en vue de les réparer. La ressource est précieuse. Aussi, exhortons-nous les populations à la citoyenneté, orientée vers l’économie d’eau en évitant toute forme de gaspillage et en signalant les fuites. Elles peuvent nous contacter à travers le numéro vert 8586. S’agissant des fuites non-visibles, encore appelées fuites souterraines, nous avons des appareils de détection des fuites. Concernant les fuites après compteur qui relèvent de la compétence des consommateurs, il y en a beaucoup dans les bâtiments administratifs. Nous exhortons donc les autorités à dégager des budgets conséquents pour les réparer, afin de ne pas gaspiller l’eau. Pour ce qui est des fraudes, nous sommes engagés pour faire des contrôles sur les installations, ceci afin de vérifier que l’ensemble des branchements existants sont bien effectivement facturés. Pour me résumer, nous avons 1/4 de fuites visibles, 1/4 de fuites souterraines, 1/4 de fuites après compteur non-réparés et 1/4 de fraudes.

Durant la période de juillet à septembre, la SEEG est donc confrontée à une baisse de sa production d’eau. Peut-on espérer une solution pérenne pour lutter efficacement contre ce fléau à l’avenir?

Nous avons fait des efforts importants ces dernières années pour améliorer notre capacité de production d’eau. Ainsi, nous avons procédé au lancement, le 19 juillet dernier à Ntoum, du projet CIMGabon 2. Ce projet, évalué à 3 milliards de francs, concerne la mise en service d’une usine qui permet une tranche supplémentaire de production en eau pouvant aller jusqu’à 36 000 m3/ jour, soit l’équivalent de 190 000 habitants, disponible 9 mois de l’année hors période d’étiage. CIMGabon 2 vient renforcer la production de la première usine, CimGabon, mise en service en 2016 et dont l’impact a permis d’augmenter la capacité de production en eau de la SEEG à 16 000 m3/ jour. L’investissement a favorisé l’accès à l’eau à plus de 100 000 habitants. On s’est aussi servi de nouveaux forages à Ntoum pour augmenter nos capacités de production de l’ordre de 20 000 à 30 000 m3/ jour. On a continué à développer nos moyens de production en eau mais, malheureusement, on est arrivé sur Ntoum au taquet. Il n’y a plus assez d’eau dans la nappe et dans la rivière Nzeme de façon globale.

N’est-il pas temps d’investir pour aller chercher l’eau sur le Como qui, en tant que fleuve, est toujours pourvu en eau, en toutes saisons ?

Pour le futur, on a besoin d’une grosse usine. Sans cette grosse usine, nous n’arriverons à rien. Et cette grosse usine on ne peut la faire que sur le Como, où il y a de l’eau en permanence. Il faut cette grosse usine et des tuyaux pour relier Ntoum à Kango (56 km). La pierre d’achoppement pour concrétiser ce projet c’est le financement. Le ministre Mapangou, avant son départ de la tête du ministère de l’Eau et de l’Energie, avait expliqué que ce projet soutenu par l’Etat et la SEEG, était prioritaire, et que la seule difficulté était de trouver des financements…

A combien est estimé le coût de ce projet ?

Le projet est estimé entre 120 et 150 milliards de francs. Des bailleurs de fonds internationaux ont été contactés, ils sont prêts à aider le gouvernement à concrétiser ce projet. Après, il faudra rembourser l’emprunt.

© L’Union

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