mardi,24 novembre 2020
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Otandault pour une annulation de la dette institutionnelle et une réorientation de l’investissement dans des secteurs prioritaires

Avec le spectre de la récession qui plane sur les économies africaines, l’idée d’une annulation des créances institutionnelles des pays du continent dans un contexte de crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 est de plus en plus au centre des débats des experts et acteurs économiques. S’il avait déjà relevé que la survenance de cette pandémie devait être un tremplin pour arriver à « un changement de paradigme » dans la gouvernance des Etats, l’expert-comptable et ancien ministre du Budget et des Comptes publics gabonais Jean Fidèle Otandault a, au cours d’un entretien accordé à Gabon Media Time, plaidé pour une annulation pure et simple de la dette institutionnelle, qui à terme devrait permettre une réaffectation de l’économie réalisée dans des projets prioritaires.

Une position qui diverge de celle des défenseurs de l’idée selon laquelle « l’allègement de la dette n’est pas la solution ». En argumentant qu’un allègement de la dette ou un moratoire pour le paiement des échéances ternira davantage l’image des États et compromettra leur accès aux financements futurs. Ces Etats qui subiront selon un des économistes réfractaires à l’annulation de ladite dette, « un effet induit sur la perception de leur qualité de crédit ; ce qui les exposerait à des sanctions ultérieures inévitables de la part du marché. Un moratoire pourrait même être considéré dans certaines documentations de prêt comme un événement de défaut par les créanciers privés, qu’il soit voulu ou subi et quand bien même il ne concernerait que les créanciers publics bilatéraux ».

Une position que ne partage pas l’ancien membre du gouvernement gabonais, expert-comptable et commissaire aux comptes qui a contrario estime que l’annulation de la dette institutionnelle s’impose surtout dans un contexte marqué par une économie mondiale qui s’effondre, un recours excessif au déficit budgétaire par les pays industrialisés et un soutien appuyé des banques centrales européennes à leurs États. L’Afrique, sous assistance monétaire et financière, est à la recherche de plus de fonds pour répondre efficacement à la crise économico-sanitaire. Un fait qui nécessite une mobilisation plus accrue des moyens de l’Etat, chose impossible en maintenant à court et moyen terme le service actuel de la dette surtout pour nos économies fragilisées. 

Dans ce contexte, Jean Fidèle Otandault, relève que dans le souci d’éviter que la crise sanitaire ne débouche sur un drame économique et social, il est nécessaire que les Etats africains et les partenaires financiers entament des discussions pour une éventuelle annulation de la dette bilaterale et multilaterale. Pour l’expert-comptable Jean Fidèle Otandault, la saisine des institutions financières et des bailleurs est une décision souveraine de chaque État. 

Il faut rappeler que la dette africaine se décompose entre autres de 110 milliards de dollars US dus aux créanciers multilatéraux, 99 milliards de dollars US aux créanciers bilatéraux et 156 milliards de dollars US aux créanciers privés composés essentiellement d’obligations. Un montant énorme qui constitue un poids pour les gouvernements qui doivent faire face aux effets induits de la crise liée au Covid-19 et à la chute du prix du baril de pétrole. 

Ainsi, l’expert-comptable Otandault suggère qu’en contrepartie de cet accord d’annulation, « les Etats doivent mettre en œuvre la méthode du 80/20 dite loi de Pareto » en réorientant l’espace budgétaire supplémentaire engrangé dans des investissements structurants visant à accroître la résilience économique et sociale. En somme, il s’agira pour « chaque pays de consacrer 80% de son budget d’investissement à trois secteurs prioritaires notamment la santé, l’éducation et l’agriculture tandis que les 20% restants doivent être affectés à des investissements considérés à ce stade comme résiduels »

Il sera donc question selon Jean Fidèle Otandault d’étaler sur trois ans un programme d’investissement exclusivement tourné vers ces trois secteurs prioritaires « La première année, sur les 80% consenti nous pourrions consacrer 50% pour la santé, 25% pour l’éducation et 25 % pour l’agriculture, puis les années suivantes, varier la répartition des investissements. Les autres besoins en investissement notamment les infrastructures hôtelières , routières y compris les voiries urbaines pourraient se faire en partenariat public privé (PPP) avec la possibilité de la mise en place d’un péage urbain », a-t-il souligné.

Enfin, pour l’Expert-Comptable Jean Fidèle Otandault, l’avenir du Francs CFA monnaie commune aux Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) est étroitement liée à la capacité des gouvernements à redresser à court et moyen terme leurs économies respectives.

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Mondjo Mouegahttp://gabonmediatime.com
Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lencement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Directeur des Rédactions et Rédacteur en chef de GMTme
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