mardi,29 novembre 2022
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Ngoyo Moussavou: «Tivoli Blancs, Tivoli Noirs…»

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Selon les récits et autres anecdotes pittoresques qu’aimait à me raconter un vieil ami français, décédé depuis, il a existé dans les années 1950, avant l’indépendance du Gabon, un magasin général dans le centre commercial de Libreville qui avait pour enseigne « Tivoli » et dont le propriétaire était, bien naturellement, un Français. Pour le taquiner, ses compatriotes lui lançaient en français « petit nègre » : « Tivoli Blancs, Tivoli Noirs, Tivoli tout le monde » ! Comme on le voit ce slogan facétieux pourrait resservir sans problème face à une partie de la classe politique gabonaise, plus d’un demi-siècle plus tard.

En effet, il semble s’être installé dans le pays une sorte de Yakuza version équatoriale. Également connu sous l’appellation de Gokudō, Yakuza c’est le nom de la plus grande mafia japonaise dont les membres sont appelés les yakuzas. La littérature sur les crimes organisés nous renseigne que les yakuzas excellent dans le détournement et l’extorsion des fonds, le blanchiment d’argent, etc.

Revenons au Gabon. Depuis un peu plus d’une décennie la rumeur publique et les propos de salon font souvent état des pratiques blâmables et hautement condamnables, inconnues jusque-là, qui gangrènent méthodiquement l’administration gabonaise et que même les dernières opérations anti-corruption « Mamba » et « Scorpion », diligentées par le chef de l’État, en colère et agacé, n’ont pas réussi à éradiquer. Les conflits d’intérêts, comme on taxe pudiquement les interférences suspectes, sont dénoncés, mais pas toujours réprimés. Dans ces cas de figure, les détournements s’opèrent à partir de la gestion du budget étatique, l’attribution des marchés publics et autres dépenses spécifiques, qui permettent d’empocher d’importantes commissions et rétro-commissions. Spectacle désolant de foire d’empoigne où l’appât du gain l’emporte sur toute autre considération morale et sociale.

Des fortunes d’origine douteuse ont ainsi éclos spontanément, par exemple dans la commune d’Akanda, située dans la banlieue nord de Libreville. Au lieu-dit Angondjé, principale zone résidentielle de cette nouvelle bourgeoisie affairiste, les riverains ont baptisé l’une des artères « rue des nouveaux riches ». De jeunes cadres, à peine la quarantaine révolue, y ont construit des villas dignes des Princes du Golfe.

Des voitures de luxe ornent leurs parkings privés, allant de l’Aston Martin à la Maserati Quattroporte, en passant par la Lamborghini, la Bentley, et autres Jaguar, etc. Et least but not last, les nouveaux riches n’hésitent pas à s’offrir des vacances de nababs, avec femmes et enfants, après un vol en « First » et « Business » classes, sur la Côte d’Azur française, la Riviera italienne, la Costa Del Sol espagnole ou à Doubaï. Leur enrichissement sans cause n’a pas de limite.

Pendant ce temps les projets sociaux et d’infrastructures prescrits dans le programme du Président de la République, qu’ils ont été chargés de mettre en musique, piétinent sur le terrain, le dénuement frappe les familles modestes, les mères de famille peinent à nourrir leur progéniture. Déprimés, brisés, découragés, les habitants de ce pays aux ressources pourtant multiples n’ont plus que des moyens dérisoires pour s’exprimer : vilipender les corrompus.

Germain Ngoyo Moussavou, Journaliste

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