Moukagni Iwangou : «Il faut crever le plafond de verre»

Devant les atermoiements institutionnels qui ont prévalu en 1789, entre la chute de la monarchie et l’instauration de la République, Anatole Prévost- Paradol, observateur de son temps avait dit, que «la révolution a fondé une société, elle cherche encore son gouvernement.»

Au Gabon, où le 31 août 2016 marque une césure qui montre que rien, absolument rien ne peut plus être comme avant, un jeu de postures donne à vérifier les mêmes tribulations signalées en France, qui ont conduit jusqu’à la restauration de l’empire, alors même qu’il était acquis dans tous les esprits, qu’il fallait formuler une autre offre politique à un peuple, qui était définitivement sorti de l’Etat féodal, pour voguer aux vents de l’égalité de tous les hommes devant la loi. 

Pour avoir offert à certains vassaux, préposés dans la ligne hiérarchique, le droit de dépasser les limites éthiques dans la défense absolue de leur suzerain, et au besoin, de toucher aux fondements de notre vivre ensemble, le modèle Gabonais qui a endeuillé tout un pays doit être réinventé, afin que désormais et pour toujours, la volonté du peuple soit le fondement de l’autorité des pouvoirs publics.

Devant cette nouvelle frontière historique, qui appelle à un bénéfice d’inventaire, pour rompre définitivement avec l’Etat vicieux, et réaliser le saut qualitatif vers l’État vertueux, les appels aux dialogues entre soi, témoignent chez les protagonistes, de cette préoccupation existentielle qui attache du prix à évaluer ses atouts et ses limites, avant l’épreuve finale. Qui va, et doit se faire

A propos de cette épreuve, qui revient chez les monétaristes, à faire en sorte que la bonne monnaie chasse la mauvaise, il faut crever un plafond de verre, et répondre courageusement sur l’option à prendre, entre l’argument de la force, et la force des arguments. J’ai une compassion infinie pour les familles, qui continuent de rechercher leurs enfants, et dont le ressentiment face à l’indifférence qui leur est servie jusqu’à présent, n’offre pour toute alternative que de rendre par le mal, l’immense chagrin qui leur a été infligé, à jamais.

Sans rien diminuer à ce chagrin, qui appelle une réponse à la hauteur de la barbarie, j’incline à penser, comme Gandhi, que œil pour œil est une loi qui finira par rendre le monde aveugle.

A ce propos, ceux qui savent apprendre du monde, témoignent avec lucidité, que la légitimité par les armes a ceci de pernicieux, d’une part, qu’elle ne tourne pas toujours au profit de ceux qui ont raison, mais de ceux qui sont les mieux équipés, d’autre part, que lorsque se taisent les armes de ceux qui ont raison, et celles de ceux qui ont tort, il ne reste que des morts. Qui s’ajoutent aux morts.

Le combat par les valeurs et pour la raison, dans lequel la force des arguments fait autorité, emporte notre préférence.

Loin d’être une reddition, ni l’arme du faible, cette voie qui solidarise l’humanité, et mobilise les forces du monde libre au service des valeurs universelles, établit le droit à la force durable. C’est-à-dire, la main de fer dans le gant de velours, qui s’accorde du temps, et sait parfaitement frapper en son temps.

Sauf à faire comme Monsieur Jourdain, qui faisait la prose sans en avoir conscience, c’est ce combat par les valeurs qui a conduit à Nairobi. Et comme seule la vérité oblige, c’est ce même combat qui nous a tous menés à Bruxelles. Dans ce village planétaire, ce sentier va s’ouvrir sur des peuples, toujours plus solidaires et toujours plus exigeants sur les droits de l’homme.

En refusant de faire amende honorable, et en choisissant d’entonner l’hymne à la souveraineté, comme Yaya Jammeh sur le départ, le Gouvernement Gabonais oppose un pot de terre, toujours friable, au pot de fer.

Abonné aux effets de manche, le Gouvernement sait qu’il ne lèvera aucun élan patriotique chez le Peuple, qu’il entend présenter en bouclier, à l’heure des sanctions qui pointent à l’horizon, et dont ce même Peuple pourrait être la malheureuse victime collatérale.

Avec un déterminisme qui a tout emprunté à Œdipe, dans l’art de courir vers la fatalité que l’on s’emploie à éviter, le régime en place ne peut aujourd’hui se prévaloir de ses propres turpitudes, lui qui de manière feinte, est librement parti chercher une légitimité vers la mission d’observation de l’Union Européenne, en définitive, pour mieux exposer à la face du monde, ses errements rôdés et éprouvés depuis 1990.

Par la force des arguments, le débat des valeurs n’aura aucune peine à imposer à tous les débatteurs, que le vice ne puisse plus l’emporter sur la vertu. Dans ce pays où la pratique politique sélectionne par la fortune, par l’âge ou par l’ethnie, il faut résolument sortir des exclusives, et ouvrir le débat le plus largement possible, pour ne pas continuer de croire, qu’il suffit de réconcilier les élites politiques pour faire le bonheur de toute la nation.

Devant l’ouvrage commun, qu’il faut façonner au meilleur des valeurs universelles, le maintien aux charges publiques, à titre de modèle, de ceux qui ont notoirement faillis, relève de cette volonté intenable, de vouloir vainement, apprivoiser la machine de l’Etat.

Formé à la tradition du débat contradictoire, et à la défense des valeurs républicaines, j’entends retrouver mon identité politique. Avec le Pacte républicain comme instrument de travail, et une analyse froide de la réalité des choses comme moteur, nous avons pris l’option courageuse, de soumettre le Président de la République à l’épreuve de la destitution, et d’appeler à un bénéfice d’inventaire, pour sécuriser le processus électoral, de sorte que l’élection désigne clairement son vainqueur.

Nous avons été chahutés, alors que tout le monde s’accorde sur une évidence qui nous rattrape aujourd’hui.

Déterminés à crever le plafond de verre, qui nous emprisonne dans de simples convenances ou des jeux de posture, nous décidons de remettre l’ouvrage sur le métier, pour trouver une fenêtre de respiration à un Peuple qui exige, à raison, que le vice ne l’emporte plus sur la vertu.

Après validation au sein des instances du Parti, et présentation aux autorités de la Coalition, nous formulerons une offre à toute la classe politique, au Peuple, ainsi qu’à tous les partenaires désireux d’accompagner le Gabon dans une sortie de crise sérieuse.

Moukagni Iwangou

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