Ménage à trois, parlons-en librement !

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Pourquoi est-il devenu aujourd’hui impossible de prononcer le mot polygamie, polyamour ou ménages à trois sans qu’aussitôt le débat s’enflamme? Pour beaucoup la polygamie serait la mère de tous les vices, et la monogamie le garant de l’ordre moral et le fondement d’une société moderne en phase avec ses réalités… Entend-on dire, la polygamie opprime la femme, sur l’autel du machisme elle sacrifie la vie de famille, disperse le patrimoine, s’avère pernicieuse à long terme pour la progéniture, nocive elle est contraire à l’ordre public. Ouvre telle la voie à une polyandrie assumée ? Peut-on revendiquer une polygamie égalitaire ? Les familles recomposées ne seraient-elles pas les prémices de familles composées? Quels sont ses avantages et ses inconvénients de celle-ci ? Êtes-vous pour ou contre  et dans quelles conditions?  Autant de questions qui nécessitent un gros plan sur un fait sociétal dont le déni serait un vœu stérile.



Entrer dans le moule. Être dans la norme, envers et contre tout. Pendant des années, Sarah et Mesmer se sont employés à ressembler le plus possible à un couple gabonais lambda. Présentation aux parents, emménagement, mariage à la coutume, fiançailles, et mariage religieux, ils affichent aujourd’hui tous les symboles d’une vie à deux épanouie et prometteuse. Pourtant, sous des dehors conventionnels, ces trentenaires Librevillois ont un mode de vie un peu particulier.

Ils vivent en phase avec leur temps. Persuadé qu’une femme à elle seule ne peut satisfaire un homme, Sarah a acceptée Josiane. De 5 ans sa cadette, Josiane partage le mari de Sarah cela fait 3 ans. Elle a un également un enfant avec  Mesmer qui en avait 3 avec Sarah.  Pour Mesmer, 37 ans cadre dans une société de la place, «la monogamie n’a pas le monopole du cœur. Ni le mariage non plus! Fort heureusement, l’amour est plus vaste et plus fort que toutes les constructions sociales ! Du moment où je dispose des moyens d’assumer mon harem, alors pourquoi pas !?»

Entre clichés bien ancrés et interprétations sulfureuses, difficile pour leur entourage de comprendre ce choix. La polygamie, serait par définition : une relation conjugale où une personne est mariée à plusieurs autres à la fois. Force est de constater que dans notre pays, plusieurs (hommes) couples la pratique de manière légale ou insidieuse. Expliqué par l’hégémonie de la gente féminine sur la masculine (sur le plan démographique), la gestion de plusieurs foyers simultanément, est bien une réalité. Mais, si certains prennent à bras-le-corps ce phénomène, l’acceptant (car ce qu’on ne peut contenir, vaut mieux l’accompagner), d’aucuns estiment qu’il s’agit d’un cancer pour la société.

Marie-louise Mebale, étudiante en sociologie et mariée depuis trois ans, elle ne tolère ni l’infidélité ni la polygamie. Pour elle, le mariage est un lien qui symbolise l’engagement notamment la fidélité et l’exclusivité à son partenaire. Avec le chapelet de problèmes qu’elle comporte «l’homme qui épouse une seule femme, il n’en mourra pas.»; dit-elle. «Les polygames comme les hommes infidèles de façon chronique ont une chose en commun : Celle de ne pas se contenter d’une seule femme, mais de deux ou de trois. Même si la manière d’aborder cette relation et les intérêts qu’ils y trouvent sont différents.»; ajoute-t-elle.

Même son de cloche pour Jack Obiang, cadre à la SEEG. Pour lui, il s’agit d’une nouvelle forme de prostitution qui ne dit pas son nom, dont beaucoup de parents, se rendent complices. Car l’amour ne se partage pas ! Selon lui, là où le polygame rassemble, l’infidèle compartimente les rapports qu’il entretient avec les différentes femmes. Il édifie ainsi des univers parallèles où les besoins sont singuliers en fonction de chacune. «Dans ce cas, chaque nouveau couple formé avec la maîtresse forme une entité parallèle qui répond à la diversité des rapports homme/femme» explique-t-il.

L’origine quoique sous couvert de culture, est plutôt révélatrice d’une forme d’instabilité sur le plan amoureux ou sexuel. Une tendance qui peut l’amener à frustrer sa partenaire officielle. «La femme peut se sentir dévalorisée, et de plus culpabilisée, parce que son partenaire lui donne l’impression de ne pas pouvoir répondre à ses attentes.»; conclut-t-il.

Joël Lanti NDIGI III

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