Menace de radiation des enseignants grévistes : Ben Moubamba se désolidarise du gouvernement

« Un ministre ça ferme sa gueule. Et si ça veut l’ouvrir, ça démissionne.», ces deux phrases célèbres de l’homme politique français Jean-Pierre Chevènement semble avoir trouvé une parfaite illustration au sein du gouvernement gabonais. En effet, faisant suite à la circulaire n°00006/MENEC/SG du 30 janvier 2017 prise par le ministre de l’Education nationale qui menace de radiation les agents grévistes, le vice-Premier ministre en charge de l’Habitat, du logement social et de l’urbanisme, Bruno Ben Moubamba s’est littéralement pourfendu d’une communication sur son site web officiel et sur la page officielle de la Vice primature pour fustiger la prise d’une telle décision. Se désolidarisant pratiquement du gouvernement.

En effet, dans une note circulaire rendu publique le 30 janvier dernier, le ministre de l’Education nationale, Florentin Moussavou, indique que pour « le rétablissement de la continuité du service public dans les établissements scolaires et administration » un certain nombre de mesure seront prise en l’encontre des grévistes. Ainsi, il annonce la « Suspension immédiate de solde, pour les personnels absent de leur poste de travail sans justification, suspension immédiate de solde, pour les enseignants n’assurant pas effectivement leurs cours». En outre, il souligne que des conseils de disciplines seront mis en place. Pour certains cas la « radiation sans consultation des instances disciplinaire en cas d’abandon de poste sans motif valable pendant (3) mois » seront de mises.

Une décision qui a suscité une réaction inattendu, en l’occurrence, celle du vice-Premier ministre, Bruno Ben Moubamba, qui a exprimé sa « stupéfaction » alors «qu’une discussion, dans laquelle je suis impliqué, est en cours avec les grévistes et les parents d’élèves » souligne t-il. Par ailleurs, il révèle « j’ai été contacté récemment par les syndicats concernés qui ont demandé une aide pour parvenir au dialogue et trouver une issue à la crise. Suite à ce contact, j’ai reçu pendant deux heures le ministre de l’Education Nationale et il m’a confirmé à quel point la situation était bloquée. Nous avons convenu que j’allais proposer au Premier Ministre la création rapide d’une commission interministérielle sous mon autorité afin de mener cette discussion avec toutes les parties prenantes pour mettre un terme au conflit».

Il poursuit en indiquant « j’ai donc informé par oral et par écrit le Premier ministre, et d’autres ministres impliqués, de ces signaux encourageants et de cette proposition de commission. J’ai également clairement indiqué que je recevrai les syndicats ce jeudi 2 février 2017, sans qu’aucun de mes interlocuteurs ne s’y oppose ni ne m’indique que la voie de la concertation n’était plus celle retenue ». Toutefois, Bruno Ben Moubamba s’interroge sur le choix d’un tel procédé alors qu’il serait préférable de privilégier la voie du dialogue, pointant quasiment du doigt Florentin Moussavou, « Quel est ce jeu ? Cherche-t-on à maintenir volontairement les syndicats dans la revendication alors que des issues existent ? Au moment où une volonté de trouver une solution commune semble à portée de main, que doit-on comprendre dans ce refus de main tendue ?».

Au delà de cette prise de position qui met en lumière la cacophonie qui règne au sein de l’équipe gouvernemental d’Issoze Ngondet, l’opinion pourrait percevoir la sortie de l’ex opposant comme des attaques vis à vis de son collègue Florentin Moussavou, un autre membre du gouvernement issu de la province la Nyanga. Bruno Ben Moubamba qui a décidé de faire de Moabi, chef-lieu du département de Douigny son fief politique donne l’impression de vouloir s’accaparer du leadership provincial. Cette posture du vice-Premier ministre qui pourrait trouver l’assentiment des enseignants grévistes sonne aussi comme un véritable désaveu de la politique menée par le gouvernement dans le secteur de l’éducation.

© Crédit photos BBM: Jerome Senyarich-Edot

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