Me Anges Kevin Nzigou: «Aujourd’hui Judica Moussavou et son frère sont libres»

Arrêtés puis placés en détention provisoire à la prison centrale de Libreville, l’élève de terminale C du lycée Paul Indjendjet Gondjout, Judica Moussavou âgée de 16 ans et son frère continuent d’être au centre des discussions notamment sur les réseaux sociaux qui se sont emparés de cette affaire. La rédaction de Gabon Média Time s’est donc rapprochée de leur avocat, Me Anges Kevin Nzigou, pour en savoir plus.

GMT : quels sont les faits qui leurs sont réellement reprochés ?

Anges Kevin Nzigou: Mes clients, car en l’espèce ils sont deux, son grand frère et elle, font l’objet d’une instruction judiciaire pour des faits qualifiés de vol aggravé.

Une semaine après leur arrestation où en est la procédure ?


Aujourd’hui mes clients sont en liberté. L’instruction suit son cours. Dans l’optique de laver l’honneur de mes clients souillé par cette détention infâme, je poserai un certain nombre d’actes conformément à notre procédure pénale pour aboutir assez vite à un non lieu, je ne peux pas en dire plus pour le moment.

De nombreux médias dont GMT ont été informés de leur libération le 3 janvier 2019 malheureusement après vérification il n’en est rien, que s’est-il passé ?

Il s’est passé que l’instruction est secrète et que même lorsqu’on est Gabon Media Time on doit s’en souvenir et être assez circonspect. J’ai formulé une demande de mise en liberté pour chacun d’eux et le Code de procédure pénale donne en principe 8 jours pour le traitement d’une demande de liberté. Le Procureur de la République a pris sur lui d’accélérer la procédure mais même dans cette occurrence une procédure avec partie civile, eu égard aux délais incompressibles prévus par le Code de procédure pénale, ne peut se traiter en moins de 24h. C’est donc satisfaisant qu’on ait mis si peu de temps pour les sortir.

Certains internautes se mobilisent sur la toile d’autres sur le terrain, d’aucuns évoquent même la somme de 800 000 Fcfa qui aurait été requise pour permettre la libération de Judica et celle de son frère. Qu’avez-vous à dire sur le sujet ?  

Cette occasion a été sans doute pour certains de se donner une popularité, pour d’autres de surfer sur la vague. Dans tous les cas, l’attitude méprisable de certains servaient des intérêts autres que ceux de mes clients. Lorsqu’on est responsable et qu’on veut apporter son secours à une personne pénalisée par une procédure judiciaire on se rapproche, en l’occurrence soit de la maman soit de son avocat. Nous avons entendu tout et n’importe quoi sur le sujet et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’arrangeait pas forcément mes clients parce qu’il faut dire que si leur liberté est essentielle, il y’a une étape longue qui nécessite beaucoup de sérénité qui va s’ouvrir à partir du moment où ils sont désormais libres. Et ma responsabilité est d’agir ou pas en considération de tous ces facteurs.

D’ailleurs je tiens à préciser sur les 800.000 que celui qui en a parlé les a remis à tout le monde sauf à moi et à mes clients. Je n’ai de relations dans cette affaire qu’avec leur maman et personne d’autre.

Cette affaire a laissé entrevoir les couacs que connait très souvent le système judiciaire gabonais, vous en tant que praticien dans ce domaine ne pensez vous pas qu’il est temps d’apporter des améliorations surtout en matière de procédure de mise en détention provisoire?

Cette question me permet de dire deux mots sur les dérives de toute part observée dans le traitement de cette affaire. Mes clients souhaitent que justice soit rendue, la justice ne se fait pas sur l’absence de vérité. La première vérité qu’il faut apporter est que dans cette procédure Gildas Mamboundou est victime de vol et comme tout citoyen il a le droit de déposer plainte et de réclamer justice. J’ai lu toute une salve d’injures sur ce monsieur qui n’est pas l’un des plus sulfureux de la magistrature comme s’il était signataire du mandat de dépôt. Je rappelle que dans cette procédure il est plaignant. Quelque soit le pouvoir qu’on lui attribue il faut se rappeler que ces jeunes ont été placés en détention par le fait d’un juge dont l’iniquité de la mesure donne froid au dos. Or, en aucun moment je n’ai lu une indignation contre ce magistrat.

La réforme de la justice est certes nécessaire mais la responsabilisation des magistrats l’est encore plus. Je l’ai relevé il y’a une telle légèreté dans la décision de placement en détention pourtant rigoureusement encadrée par le Code de procédure pénale. Ce n’est donc pas la base légale qui est en cause mais la capacité à dire le droit des praticiens qui doivent en toute circonstance être au dessus des émotions. Le juge s’est laissé guidé par les émotions cela a entraîné une erreur judiciaire grave, et l’opinion a désigné le mauvais coupable ce qui a entraîné des conséquences fâcheuses.

Il est nécessaire, pour terminer, de simplifier la procédure pour engager la responsabilité des magistrats pour que l’accès au juge du juge   soit simple et clair et que le juge du juge soit un collège de citoyens responsables réunis au sein d’une institution ad hoc.

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