Maxime Minault Zima Ebeyard : «le pouvoir étant par terre, la loi de la jungle devient la règle»

Gabon Gabonmediatime Le Député Maxime Minault
L'honorable député Maxime Minault Zima Ebeyard © D.R.

La crise sociopolitique que traverse actuellement le pays accentuée par l’incertitude qui règne sur le fonctionnement au sommet de l’Etat depuis l’accident vasculaire cérébral du président de la République Ali Bongo Ondimba est toujours au centre des débats.  Dans un libre propos parvenu à Gabon Media Time le député Maxime Minault Zima Ebeyard a fustigé ce qui apparaît comme la « prise en otage de notre pays et sa mise en coupe réglée par des aventuriers sans aucune compétence formelle ». Nous publions in extenso ladite tribune. 


« Depuis bientôt deux ans, un petit groupe d’amis a été parachuté au sommet de l’État, faisant courir le risque d’une implosion à notre pays. Depuis un an, il a fait la merveilleuse et enivrante expérience du pouvoir total et totalitaire. Atteint par l’ivresse des sommets, il a mis au garde-à-vous toutes les Institutions de la République ainsi que les forces de sécurité et de défense, démontrant ainsi la faiblesse de notre édifice institutionnel, la cupidité et l’inconsistance de nos élites.

Devant ce groupe d’amis, s’inclinaient désormais tous ceux dont on était en droit d’attendre qu’ils demeurent la tête haute, les yeux grandement ouverts et le buste droit, lorsque la République est en danger (Présidents d’Institutions, Haute hiérarchie des forces de défense et de sécurité, Haute administration, élites universitaires). Le pouvoir de cette bande de coquins était si total que, si ces derniers avaient disposé de la bombe atomique entre leurs mains, rien ne les aurait empêché de déclencher une guerre nucléaire contre les USA ou la Russie. L’ivresse des sommets, surtout si l’on n’est pas un alpiniste entraîné !

Ces champions d’un jour, ces hommes pressés, avaient oublié que la politique est un bateau à voile et non à moteur. Ceux que l’on présentait comme des professionnels de la finance, n’accordaient que peu d’importance à la République, donc à l’intérêt général. Si l’on en croit leurs amis d’hier, nos financiers, banquiers et comptables, ou plutôt supposés tels, ont malheureusement consacré leur temps à traquer l’argent et faire des placements financiers pour leur bénéfice exclusif. Leurs erreurs : (1) avoir voulu doubler leurs maîtres ; et (2) avoir été trop sûrs de leur coup.

Un coup presque parfait, au demeurant. Pour cela, bravo, et chapeau bas, jeunes gens !

La trajectoire reprochable…

La facilité avec laquelle ceux que la presse surnomma «les imberbes de la République», portés par une régente auto-désignée, ont arraisonné le bateau Gabon pourrait être enseignée dans les plus grandes écoles de sciences politiques du monde, pour montrer aux étudiants la force d’un État de droit et le rôle de la Démocratie. L’État de droit est la digue qui nous protège et qui permet à notre maison commune de tenir. Cette digue est certes composée par tous les citoyens, mais elle l’est surtout par les Institutions de la République. Ce sont elles qui, à titre principal, portent la responsabilité de cet édifice. Quand elles viennent à manquer à leurs obligations, la digue cède, l’eau et les torrents de boue envahissent les espaces de vie. C’est à cela que nous sommes rendus aujourd’hui.

Cette situation ne pourrait jamais advenir dans un État de droit, dans lequel la Séparation des Pouvoirs et le Respect de la Règle de droit prévalent. Un État où, les personnes physiques ou morales sont «égales devant la loi». Seuls le confusionnisme ambiant et le culte des privilèges ont pu laisser croire à l’Imberbe en chef qu’il avait trouvé sa voie.

Cette imposture a été rendue possible parce que d’autres ont prospéré auparavant. Nous avons, notamment, accepté la régente auto-désignée marche sur le tapis rouge et donne des ordres. Nous nous sommes levés à chacune de ses apparitions et avons admis d’en faire, sans que cela soit formalisé dans nos textes, une «Institution» au même titre que le président de la République. Par un mécanisme de transfert dont nous avons collectivement le secret, et qui fait que «le chien du roi est le roi des chiens», «l’enfant du ministre est le ministre des enfants» …

Par ces conventions non écrites qui sont au-dessus de la Règle de droit, nous avons érigé la famille du président de la République en institution quasi divine. Qui n’a pas entendu certains d’entre nous parler de «famille présidentielle», cette mauvaise transposition dans la culture républicaine de la notion de «famille royale», propre aux monarchies ? Cette situation n’a été rendue possible que parce que nous avons accepté de nous soumettre au précédent dans la fonction.

En un mot, cette imposture a été facilitée par le mode de gouvernance de notre pays qui fait le lit aux aventuriers de tous poils. C’est ce qui arrive quand, pour sauver les vils intérêts d’une famille, d’un clan ou d’une province, on est prêt à sacrifier tout un pays et son peuple. Oui, cette situation est le produit de notre démission, de la démission des derniers remparts de la République. 

Certes, aucune imposture, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne n’est supportable, les précédentes autant que celle qui veut s’établir. Aussi notre préoccupation du moment porte-t-elle sur l’identité de ceux à qui l’on attribue désormais, sur le fondement de leur seule filiation ou de leurs liens matrimoniaux, le pouvoir de faire et défaire les destins et les carrières aux sommets de l’État.

Depuis le 24 octobre 2018, date de survenue de l’AVC d’Ali Bongo, des voix se sont élevées pour demander de mettre fin à l’imposture au sommet de l’État et de déclarer la vacance de la Présidence de la République. Ces voix ont dénoncé les aventuriers qui avaient pris en otage le pays. Elles ont attiré l’attention de tous, pour éviter que la maison ne prenne feu aussi bien physiquement que sur ses valeurs.

Ceux qui ont choisi le «champagne pour quelques uns» au lieu de «l’eau pour tous», ont malheureusement répondu par les menaces et ont dit que le président «allait très très bien» et qu’«il était aux commandes». D’où vient-il alors que l’on accuse subitement un seul de ses collaborateurs d’avoir posé des actes d’une extrême gravité pendant une aussi longue période, en présence de son chef «qui allait très très bien » et qui « était aux commandes »?

Les enseignements à tirer ?

La prise en otage de notre pays et sa mise en coupe réglée par des aventuriers sans aucune compétence formelle, sont une preuve supplémentaire de la faiblesse de notre démocratie. Elle est la démonstration du risque encouru lorsqu’un pouvoir est taillé pour un homme, une famille ou un clan.

Les ennuis de santé d’Ali Bongo ont mis en lumière les limites de notre édifice institutionnel et le danger dans lequel nous place un système reposant sur un homme-fort, centre de gravité de toute chose. Quand cet homme-fort en vient à devenir faible, pour quelque cause que ce soit, l’imposture s’installe partout et prend le dessus sur tout et sur tous. Dans un tel environnement, le pouvoir étant «par terre», la loi de la jungle devient la règle (souvenons-nous du célèbre «Celui qui boude, il bouge»). Et c’est ainsi que les vicieux, les malicieux, les «cons» (c’est-à-dire ceux qui osent tout), s’installent aux commandes et s’emparent du Bien commun.

Cette prise en otage du pays est aussi révélatrice de ce qu’est notre jeunesse. Une jeunesse qui, plus que les anciens qu’elle rejette, a le regard uniquement porté sur l’argent et la vie de paillettes. Cette jeunesse, nous l’avons vue accompagner avec un zèle excessif cette imposture. Une jeunesse infantile, qui ne laisse présager qu’inquiétudes pour l’avenir de notre pays. Face à ses agissements, l’on pourrait se demander, non pas quel pays nous allons laisser à nos enfants, mais quels enfants nous allons laisser à notre pays ?

Un éternel recommencement… Les geôliers d’hier, les prisonniers d’aujourd’hui…

« Opération Scorpion », c’est le nom donné par les officiers de police judiciaire de la gendarmerie à la vague d’arrestations des cadres dirigeants de l’Association des Jeunes Émergents Volontaires (AJEV) qui s’étaient emparés de l’appareil d’État, à la suite de celle survenue au lendemain de la présidentielle de 2016 et appelé « Opération Mamba ». Si le « Mamba » a permis d’installer l’AJEV, d’autres compatriotes sont vraisemblablement en situation d’être à leur tour installés par le « Scorpion ».

Depuis 2009, il s’est toujours trouvé des compatriotes pour accompagner l’imposture qui a permis à Ali Bongo de s’installer au pouvoir envers et contre tout, y compris au prix de la vie des Gabonais. Les uns à la suite des autres, ils se sont crus puissants, hors d’atteinte. Les uns à la suite des autres, ils ont été remerciés et se sont retrouvés dans une situation qu’ils étaient loin de s’imaginer.

En mai 2009, alors qu’Omar Bongo se trouve à Barcelone, son fils installe ses quartiers à la Présidence de la République où il reçoit, en Dauphin auto-désigné, des membres du Gouvernement de la République et autres candidats au ralliement. C’est ainsi que sans surprise, le Comité permanent du Bureau politique du PDG désignera le pire de ses candidats pour l’élection présidentielle du 30 août 2009. 

Dès le 16 octobre 2009, un nouveau pouvoir s’installe au Gabon. Trois jours après, plus de 400 hauts fonctionnaires sont démis de leurs fonctions pour céder la place aux « Émergents ». A la suite de cela, l’on entendit d’un porte-parole du Gouvernement, aujourd’hui en exil, comme pour justifier ce « séisme », que le pouvoir Émergent avait hérité d’un « Champ de ruines ». Un autre membre du gouvernement affirmera plus tard, que « l’on ne peut faire du neuf avec du vieux ». Nombre des compagnons de 2009 ont dû comprendre, à l’occasion, qu’on leur indiquait la porte de sortie. Un autre cycle de départs est enclenché.

Ce qui se passe actuellement ne trompe donc personne et ne se fait pas dans l’intérêt des Gabonais. Le péril reste entier…

Nous voulons la vérité : QUI DIRIGE LE GABON ?  

Maxime Minault Zima Ebeyard, 

Député à l’Assemblée Nationale » 

 

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