mercredi,19 janvier 2022
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Mali: les sanctions de la Cedeao ou le médecin après la mort

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Réunis ce 9 janvier à Accra au Ghana, les chefs d’Etats des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont pris des sanctions lourdes et inédites contre l’Etat Malien et son peuple pour contraindre le régime militaire à organiser des élections présidentielles. Mon analyse.

Les sanctions de la CEDEAO à l’encontre du Mali et des maliens sont d’une hypocrisie digne d’un syndicat de chefs d’Etats qui n’a pas su anticiper les évènements quand il était encore temps.

Pris de court, ces chefs d’Etats, qui craignent plus pour leurs régimes que pour le bien-être du Mali et des maliens, n’avaient pas su prendre les décisions qui s’imposaient déjà après l’élection très contestée de « IBK » en Août 2018 puis après les émeutes en juin juillet 2020 qui ont plongé le Mali dans une vague de violence rarement enregistrée dans ce pays. D’ailleurs, plusieurs leaders de ces manifestations avaient été arrêtés sans que la CEDEAO et ses chefs d’Etats n’interviennent avec la même détermination que celle qu’ils avaient ce 09 janvier lorsqu’ils ont pris ces sanctions.

Je pense que ces sanctions sont le témoignage que nos organisations sous-régionales ne sont pas des organisations des peuples mais plutôt des organisations au service des chefs d’Etats au détriment des peuples. Si telle n’était pas le cas, comment alors expliquer ces sanctions lourdes et pénalisantes de la CEDEAO contre le peuple malien à cause du non-respect par la junte du chronogramme de transition ? N’oubliez pas que le régime militaire actuel n’est que le résultat d’une souffrance profonde des maliens causée par un régime impopulaire, vorace, incompétent et tripatouilleur c’est-à-dire celui de « IBK ».

Les sanctions oui, où étiez-vous avant ?

Les chefs d’Etats de la CEDEAO ont décidé de geler les avoirs du Mali qui se trouvent à la Banque centrale Ouest africaine et de toutes aides financières régionales. Pour contraindre le régime militaire à organiser des élections, la CEDEAO sanctionne les maliens en gelant leurs avoirs à la banque centrale Ouest africaine.
Doit-on penser que parce que le peuple malien a soutenu le putsch c’est pourquoi il est sanctionné ? Doit-on penser que l’armée ne doit plus intervenir même lorsque les souffrances du peuple, la gabegie d’un régime, peuvent mettre en péril la stabilité d’un pays ? Où était la CEDEAO quand les maliens se plaignaient déjà du régime d’IBK ?  Autant de questions qui laissent croire que ces sanctions financières et économiques visent à punir la junte tout en lançant un message aux militaires de leurs pays respectifs à savoir « si vous nous faites un coup d’Etat, voici ce qui vous arrivera et ce au cas par cas ».

De plus ces sanctions visent à assécher les ressources de l’Etat malien, l’appauvrir pour qu’il revienne sur la table des négociations ce qui pour ma part n’est en aucun cas la solution mais plutôt un frein pour négocier dans de bonnes conditions.
Les chefs d’Etats de la CEDEAO ont décidé de fermer les frontières terrestres et aériennes avec le Mali. Quand il s’agissait de protéger les frontières du Mali pour lutter contre l’invasion des djihadistes, on n’a pas vu la CEDEAO prendre des mesures fortes et applicables rapidement. On a juste vu des chefs d’Etats impuissants qui défilaient au perron de l’Elysée pour demander de l’aide à « papa ».

Fermer les frontières reviendrait à enfoncer le Mali dans une profonde crise sachant qu’actuellement ce pays connait une crise économique, sécuritaire et politique profonde. La pauvreté existante qui sera davantage amplifiée par ces sanctions fabriquera de nouveaux terroristes qui se lèveront contre les armées du G5 sahel et les populations maliennes déjà éprouvées par de nombreux attentats dans le pays.
Il est vrai que des accords avaient été signés entre la junte et la CEDEAO le 20 septembre 2020 sur un chronogramme pour l’organisation des élections. Celui-ci n’étant pas respecté par la junte, la CEDEAO a donc jugé utile de sanctionner l’Etat Malien et son peuple. Toutefois, il est important de savoir pourquoi la junte n’a-t-elle pas respecté ce chronogramme ?

Le cas Tchadien

Pour ma part si elle ne l’a pas fait c’est principalement à cause de la situation sécuritaire du pays. Prenons l’exemple du Tchad pour étayer mon argumentation.
Après le décès d’Idriss Deby, la France et la CEDEAO ont validé la prise du pouvoir par le fils du défunt pour garantir la stabilité du Tchad. Une charte de transition avait été signée d’ailleurs, elle donnait des prérogatives présidentielles au chef de la junte.
C’est donc pour préserver l’intégrité du territoire Tchadien compte tenu de situation sécuritaire nationale et sous-régionale que ce passe-droit constitutionnel avait été cautionné par la CEDEAO et la France or en principe des élections présidentielles anticipées devaient être organisées sous la présidence du Président par intérim.
Le 08 janvier, donc la veille des sanctions de la CEDEAO contre le Mali et les maliens, une grande manifestation contre la junte au pouvoir au Tchad avait eu lieu. La manifestation avait pour but la révision de la charte de transition. Idem quelques jours plus tard, la Coordination des actions citoyennes Wakit Tama organisait une marche pour le même motif.

La charte de transition Tchadienne stipule en son article 97 ceci : « La durée de la période de transition est de dix huit mois. Elle peut être prorogée une seule fois par le conseil national de transition, à la majorité de ses membres » Notez que les membres de ce conseil sont nommés par le Président du conseil donc il va de soi qu’ils seront majoritaires. Poursuivons, en son article 98 la charte dit ceci : « L’initiative de la révision de la charte de transition appartient concurremment au Président du conseil militaire de transition et aux 2/3 des membres du conseils de transition ». Comme vous pouvez le constater, la junte au Tchad peut souverainement décider de ne plus respecter les délais comme l’a fait la junte malienne.
Il est tout à fait clair qu’il s’agit ici d’une véritable hypocrisie politique, il s’agit d’une gestion de crise valable pour certains et pas pour d’autres. La crise sécuritaire qui sévit au Mali est la même au Tchad pourtant le traitement de la CEDEAO vis-à-vis de ces deux pays n’est pas le même.

Dialogue plutôt que contraintes

Je crois que les sanctions n’ont jamais fait changer la conviction d’un régime. L’histoire nous l’a appris. Regardez Cuba, pendant plus de quarante ans, ce pays a été sanctionné par les Etats-Unis et les autres pays occidentaux pourtant le peuple cubain et son régime n’ont jamais fléchi.
Prenons encore l’exemple de la Corée du Nord, pensant les asphyxier avec les sanctions pour les pousser à changer, cela n’a servi qu’à renforcer leurs positions. Il en est de même avec la Russie et toutes les sanctions infligées par UE et les Etats-Unis.

Il est important que nos organisations sous-régionales et continentales écoutent la volonté des peuples au lieu d’appliquer bêtement les méthodes de négociation occidentale à savoir infliger des sanctions pour contraindre les Etats sanctionnés à la négociation.

L’Afrique a sa façon de régler les problèmes, nous avons en tradition l’arbre à palabre qui permet à toutes les parties d’exposer leurs positions puis de trouver le juste milieu qui conviendrait à tout le monde.
Imposer un délai pour organiser les élections est louable, toutefois la réalité interne au Mali le permet-elle ? La situation sécuritaire est-elle stabilisée pour remettre le pouvoir aux civils ? Je n’y crois pas.

J’invite sincèrement les chefs d’Etats de la CEDEAO à prendre en considération les aspirations du peuple malien, de prendre la pleine mesure de la situation sécuritaire et de négocier d’un nouveau chronogramme avec la junte au pouvoir. Il en va de l’intérêt du Mali, des maliens, de la CEDEAO et de l’Afrique.

Barack Nyare Mba

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Mondjo Mouegahttp://gabonmediatime.com
Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lencement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Directeur des Rédactions et Rédacteur en chef de GMTme
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