Libreville porte-t-elle bien son nom ?

Principale ville du pays, la capitale Gabonaise porte un nom très évocateur pour les défenseurs de l’épanouissement du corps et de l’esprit. En la baptisant « Libreville », le fondateur de cette ville a voulu véhiculer un message intemporel sur la liberté chèrement gagné après 400 ans d’esclavage. Aujourd’hui, en 2017, pourrait-on dire que notre capitale porte bien son nom ? L’esprit originel de son nom perdure t-il ?  Les Librevillois se sentent ils dans une ville libre ?

Le 17 octobre 1849 alors que la traite négrière est abolie,  un navire négrier Brésilien nommé « L’Elizia » transportant 52 esclaves est arraisonné par la Frégate Française « Pénélope ». Tous les esclaves que ce négrier transportait furent libérés et regroupés dans l’actuel quartier Montagne-Sainte, ce fut la création de Libreville. Ce nom fut donné par le capitaine Louis Edouard Bouet-Willaumez en souvenir de ces esclaves qui recouvraient enfin leur Liberté.

Esprit de Liberté où es-tu ?

Après 168 ans d’existence Libreville n’est plus ce qu’elle fut tant dans la forme que dans le fond. Dans la forme, les changements imposés par le développement urbain ont transformé ce qui fut une petite bourgade en une grande ville Africaine cosmopolite et multilinguistique avec ses immeubles et échangeurs, ponts et autres édifices publics et privés. Dans le fond, l’esprit de liberté qui caractérisait la nature même de la ville, sa personnalité, son identité, sa singularité, son humanisme est à mon humble avis absent sinon pas très visible. J’entends par esprit de liberté toutes les expressions de celle-ci dans l’urbanisation de la ville, dans sa gestion, dans la culture, dans l’épanouissement des Librevillois, dans le cadre de vie et bien sur dans la psychologie Librevilloise.

Toutes les villes ont une âme qui se nourrit de leur l’histoire. C’est elle qui forge l’identité de ses habitants, qui inspire son architecture, qui modèle son art de vivre, son cadre de vie et bâtit ses valeurs. Une ville sans âme, est une ville perdue qui donne naissance aux vices et maux parmi les plus laids. Libreville perd son charme d’antan car elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, elle sombre peu à peu dans le silence et l’ignorance de tous comme un navire qui chavire en pleine mer dans l’obscurité de la nuit.

Comment peut-on croire qu’une ville comme Libreville qui devrait insuffler l’esprit de liberté et conserver son histoire n’ait pas de véritable musée si ce n’est cette salle d’exposition qui en fait office, pas de théâtre national ni de conservatoire de musique encore moins un centre culturel gabonais. Comment éduquer les librevillois et librevilloises si la soi-disant bibliothèque nationale n’est que l’ombre d’elle-même . Comment stimuler l’ingéniosité des Librevillois si les artistes n’ont pas de tribunes, les peintres et sculpteurs n’ont pas de musée d’art contemporain ? Un vrai gâchis pour une ville qui a tant à offrir au Gabon et à l’Afrique.

La liberté que devrait nous offrir Libreville commence d’abord par le cadre de vie des librevillois et librevilloises. Regardez où nous vivons, Libreville est devenue un marché géant à ciel ouvert avec ses milliers de petits commerces qui jonchent les ruelles, les vendeurs à la sauvette qui investissent les échangeurs de nuit comme de jour à l’exemple de l’échangeur des charbonnages.  Aucun quartier n’est épargné par cette anarchie qui n’émeut pas les autorités municipales. Des quartiers dits « résidentiels » comme Damas se paupérisent avec un marché de fortune construit avec des matériaux de récupération. Des poubelles qui habillent le décor librevillois prouvant ainsi l’agonie d’une ville tant chérie. Comment peut-on accepter cela ?

Toujours dans les quartiers, les jeunes n’ont pas de terrains de sport, je ne parle même pas de « maison de jeunes » dans lesquelles ils pourraient jouer de la musique, faire la lecture, s’initier au numérique, faire du théâtre ou tout autre activité qui élève l’esprit.

Le fleuron de la capitale gabonaise est essentiellement les bars dits « Maquis » qui envahissent tous les quartiers sans exception. Ils sont partout, dans tous les coins et recoins, au bord de la route comme derrière chez le boutiquier dit »Maliens ». Tout le monde y va, élèves en tenue, force de l’ordre en tenue, chômeurs et travailleurs. En y regardant de plus près, on est tenté de les comprendre car il n’y a pas d’autres distractions à Libreville si ce n’est celle de se saouler la gueule. Je le redis, c’est un grand gâchis que de laisser mourir le cœur de Libreville et ceux qui le font battre.

Le devoir de mémoire

Libreville est comme une belle femme que l’on cache à ses amoureux alors qu’elle aimerait bien partager toute sa splendeur et sa merveilleuse histoire. Les librevillois ne connaissent pas dans leur majorité, l’histoire de leur ville, beaucoup ne savent pas comment elle fut fondée et par qui. Ils ignorent les différents rois qui la gouvernèrent à l’époque ni où étaient installés leurs royaumes encore moins comment  toutes les ethnies ont fait pour y vivre ensemble. C’est à mon sens une hérésie que de gouverner le peuple sans lui donner la possibilité de connaître l’histoire  de la terre qui le porte.

L’histoire nous permet de comprendre le passé pour construire un avenir meilleur. Le malheur c’est qu’en Afrique et particulièrement au Gabon, l’histoire n’est pas très souvent mise en avant c’est l’une des raisons pour lesquelles nos peuples se dénaturent pour adopter des cultures venant d’ailleurs et que nous jugeons à tort meilleures. Je vais à ce sujet citer Stéphane HESSEL qui disait : « Hélas, l’histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire » Que dira t-on alors des peuples qui ne connaissent pas la leur pour en tirer des leçons?

Tout n’est pas perdu heureusement, nous pouvons encore redorer l’image de cette belle capitale gabonaise que nous appelons affectueusement « Ellbev ».  Chacun de son côté doit participer à cet effort commun car libreville n’est pas seulement sous la responsabilité des autorités mais elle est aussi sous la responsabilité de tous les librevillois et librevilloises.

Je pense qu’il est plus qu’important sinon impérieux que les gouvernants, la municipalité de Libreville, revoient leurs politiques de la ville afin que notre capitale soit celle que nous voulons, ce lieu où il fait bon vivre, où les talents s’expriment, où les jeunes entreprennent et innovent, où les vieux et les vieilles trouvent le repos et le calme, où la nature est en harmonie avec l’homme. Ce lieu des rencontres africaines et internationales, du partage des connaissances et du brassage des cultures.

Libreville mérite mieux que ce qu’elle est devenue, elle a besoin de ses enfants pour retrouver de sa suprématie. C’est un appel de cœur qu’elle nous lance, c’est pourquoi j’interpelle non seulement les autorités mais aussi chaque Librevillois afin que chacun à son niveau fasse des efforts pour que librevillois porte à nouveau bien son nom.

Nyare Mba Barack

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