Les nounous au Gabon

La nounou est étymologiquement une nourrice c’est-à-dire une femme qui selon le dictionnaire Hachette (Paris, Hachette, 2006) allaite un enfant, le sien, ou celui d’une autre. C’est la femme qui moyennant une rétribution s’occupe chez elle d’enfants qui ne sont pas les siens. Le terme désigne aussi une assistante maternelle. La nounou au Gabon est généralement une ressortissante d’Afrique de l’ouest, venue chercher du travail. Elle n’a pas nécessairement l’expérience de la maternité, elle n’est peut-être même pas née au sein d’une famille nombreuse et n’a donc pas l’expérience de la garde des frères et sœurs. Quelles sont les raisons pour lesquelles les familles gabonaises prennent des nounous étrangères ?

Elles peuvent être le hasard, la famille ne s’occupe pas de la nationalité de la nounou et la prend parce qu’elle en a besoin. La mère de l’enfant à garder est une fonctionnaire et ne peut pas être à la fois à son lieu de travail et garder son enfant à la maison au même moment.
La nounou peut être aussi recrutée parce qu’elle n’aura jamais de contrat de travail écrit et donc peut être licenciée à tout moment sans que cette dernière ne puisse porter plainte. Elle est aussi recrutée parce que le couple parent d’enfants ne veut pas d’une gabonaise qui rapporterait les faits et gestes de leur vie privée dans d’autres familles.

Quelles sont les activités que la nounou ouest-africaine accomplit réellement dans les foyers gabonais ? Elle garde le(les) enfant(s) de la mère, fait aussi en général le ménage, la vaisselle, parfois fait la cuisine et lorsqu’elle est quelque peu instruite fait réviser les cours à(aux) l’enfant(s). La nounou accomplit donc des tâches qui vont au-delà de celle supposée de l’assistante maternelle.

Toutefois, la nounou ouest-africaine au Gabon parce qu’elle n’a pas suivi « une formation » n’a pas nécessairement de bons rapports avec l’enfant gardé. Parce qu’il n’est pas le sien ce dernier est parfois sujet de plusieurs formes d’agressions : des blâmes, des taloches, des injures, des punitions que la mère n’infligerait jamais à son enfant. De même, ces nounous sont parfois mal éduquées, impolies, arrogantes et parfois avec le temps croit être au-dessus d’un membre de la famille c’est-à-dire pense avoir plus de droits, dans la maison du couple, qu’un membre de la famille.

Par ailleurs ces nounous ouest-africaines ne sont pas toujours en bonne santé. La mère de l’enfant à garder, n’exige jamais, au moment du recrutement, un bilan de santé. Quelles peuvent être les conséquences ? La transmission des maladies à l’enfant. Le contact permanent d’une telle personne avec un nourrisson est extrêmement dangereux pour lui et parfois même pour la santé du couple.

Les familles gabonaises devraient être plus prudentes lorsqu’elles s’apprêtent à recruter une nounou ouest-africaine. Et des ministères –du travail, par exemple- devrait être consulté pour réfléchir sur l’acceptation des conditions de recrutement de ces catégories de travailleurs au Gabon. Pourquoi ne pas exiger des postulantes un curriculum vitae ? des examens de santé ? Cette prudence préliminaire a plusieurs avantages. Elle permettra au ministère de l’intérieur de gérer le nombre d’immigrés et d’avoir une traçabilité de leurs vies au Gabon, des informations qui ne déplairont pas non plus au ministère de la défense dans un contexte de terrorisme international. Cette prudence serait aussi bénéfique au ministère de la santé qui est en charge de celle de la population des gabonais sur le territoire national. Enfin, le ministère du travail devrait réfléchir sur la mise en place des structures à même d’organiser les conditions de recrutement de cette catégorie de travailleurs.

Eric Moukodoumou Midepani, Chercheur au CENAREST(I.R.S.H)

© Crédit Photos Acoaba top annonces

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