Législatives et locales, une chance pour l’alternance

Pr Noël Bertrand Boundzanga, Enseignant-Chercheur à l’UOB, Maître de Conférences, membre du Club 90 © D.R

L’enjeu de ces législatives, plus que les précédentes, est crucial. Certains pourraient penser qu’ils votent « seulement » leur parent ou ami. C’est bien plus que cela. La 14e législature a pour enjeu l’alternance ou la monarchie ; le changement de régime ou la consolidation du régime Bongo/PDG. Il ne faut surtout pas l’oublier. Derrière un pédégiste, derrière un allié du PDG, derrière un aliiste, se cache un monarchiste. Un monarchiste est, pour nous, un compatriote qui croit que le pouvoir d’Etat doit rester aux mains des Bongo et du PDG et qui soutient la constitution révisée en janvier 2018. Que dit-elle ? Elle dit que « le président de la République est le détenteur suprême du pouvoir exécutif » et qu’il détermine la politique de la Nation. La même constitution ne limite pas le nombre des mandats présidentiels. Ainsi, on peut avoir un président à vie, donc un Omar Bongo Ondimba à vie, un Ali Bongo à vie assurant la passation héréditaire du pouvoir.

Les Pédégistes et leurs alliés sont, au moins pour cette raison, dangereux pour la paix nationale et la démocratie. D’où il ne faut point les voter, même si le candidat est un parent ou un ami. Car son rôle sera moins de défendre les intérêts du peuple, plutôt que ceux du régime qui lui a donné 25 millions pour mener sa campagne.

L’enjeu est donc crucial parce que ces élections préparent notre avenir. Elles préparent notamment 2023, année de la prochaine élection présidentielle. Si le PDG et ses alliés sont majoritaires à l’Assemblée nationale, les députés feront ce qu’ils ont eu l’habitude de faire : soutenir des politiques publiques qui nous provoquent des AVC, soutenir le candidat naturel du PDG, Ali Bongo, héritier d’Omar Bongo. Et ils auront suffisamment d’argent pour convaincre, persuader et dissuader… le tout en faveur du même Bongo/PDG.

Or, nous savons désormais que d’émergence, il n’y en aura pas en 2025, pas même dix ans plus tard en dépit de l’embellie du prix du pétrole sur les marchés internationaux. Le PDG recrute des cabinets de communication pour trouver des slogans formidables de type « partageons ensemble ». Mais nous savons tous qu’il est leur est difficile même d’organiser une rentrée scolaire pour nos enfants. Notre pays n’avance pas, il est coincé. Et le même Ali Bongo a reconnu que les gouvernants actuels, lui-même le premier, sont de « mauvais acteurs ».

Le débat sur l’alternance ne se limite pas qu’à la présidentielle. Si l’on veut des contre-pouvoirs, un Etat de droit fort, il faut disséminer le pouvoir. Il faut que l’opposition détienne, si ce n’est une part du pouvoir, au moins le pouvoir majoritaire qui permet d’administrer les affaires politiques et d’essayer autre chose que ces balbutiements à répétition auxquels nous sommes soumis depuis. Les candidats de l’opposition ont besoin d’une majorité pour donner une alternative de représentation au peuple et une alternance de gouvernance à ce même peuple. C’est pourquoi j’invite les compatriotes, amoureux de notre Nation, à voter, dans les villages ou les villes, les candidats de l’opposition. Ils sont notre seule chance d’espérer le rétablissement de la dignité de notre patrie et de notre peuple. Et je dirai avec Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, « Le Gabon, j’y crois ».

Par le Pr Noël Bertrand Boundzanga

Enseignant-Chercheur à l’UOB, Maître de Conférences, membre du Club 90.

 

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