Législatives : des voix s’élèvent déjà pour envisager un troisième report

Alors que le deuxième report des législatives en avril 2018 n’a pas fini de susciter des réactions mitigées, certains acteurs politiques de l’opposition et de  la Majorité républicaine pour l’émergence estiment déjà que ce temps serait trop juste pour permettre d’asseoir les 265 actes contenus dans le rapport final du Dialogue politique 2017, initié par Ali Bongo Ondimba, au sortir de la crise postélectorale qui a laissé des stigmates multiformes toujours visibles.

Guy Christian Mavioga, le président du Bloc démocratique chrétien (BDC) et Porte-parole de la Majorité républicaine pour l’émergence avait déjà émis cette idée dans le quotidien l’Union, paru le 20 juillet dernier. Pour lui, il faut plus de temps pour mettre en œuvre les différentes réformes issues du Dialogue politique. Dans celles-ci, poursuit-il, «l’une des premières choses qu’on peut citer, c’est que la Cour Constitutionnelle ne désigne plus le président de la structure qui est appelé à organiser les élections, en l’occurrence, le Centre Gabonais des Élections (CGE) qui n’est pas encore installé». Il a également évoqué la question du découpage électorale qui donnera lieu à de nouveaux sièges à travers le pays, sans oublier la révision de la liste électorale. L’intégration de ces différents paramètres dans la Constitution de la République Gabonaise exigerait plus de temps selon le leader du BDC.

Par ailleurs, Guy Christian Mavioga, proche collaborateur du président gabonais Ali Bongo estime que «l’actuelle équipe gouvernementale n’a pas la capacité, la force nécessaire de prendre un certain nombre d’actes par voie d’ordonnance […] car elle n’est pas issue du consensus du Dialogue politique». La décision de la Cour Constitutionnelle de reporter une deuxième fois (ou seconde fois, c’est selon !) le scrutin législatif apparaît réaliste pour lui, qui pense tout de même que «dix-huit mois auraient été utiles pour ramener la quiétude, afin qu’il n’y ait plus jamais d’élection contestée au Gabon».  Des arguments qu’il n’a pas manqué de convoquer lors de son intervention téléphonique dans l’émission radio ‘’Questions Citoyennes’’ du 26 juillet  diffusée sur la radio Emergence (91.6FM). Pour l’occasion, il a d’ailleurs annoncé que son parti sera candidat avec une cinquantaine de postulants à travers le pays.

Dans cette perspective, et sur la même fréquence, Patrick Eyogo Edzang député du parti de l’opposition, Union Nationale pour la commune de Bitam dans la province du Woleu Ntem, (déclaré vainqueur devant le candidat PDG Pastor Ngoua N’neme, aux législatives partielles d’août 2015), considère aussi qu’il faudrait plus de temps pour entériner les 265 articles contenus dans le Protocole d’accord  entre la majorité et l’opposition dite responsable. Après la première décision de la Cour Constitutionnelle de reporter les législatives prévues en décembre 2016 au 27 juillet 2017 au plus tard, pour «des difficultés financières ainsi que la prise en charge dans l’urgence des dépenses imprévues consécutives aux violences enregistrées à l’issue de l’élection du président de la République du 27 août 2016», ce deuxième report à pour cas de force majeure, «la mise en œuvre des Actes du Dialogue politique relatifs aux réformes électorales».

Pour l’heure, ceux qui se frottent les mains, ce sont bien évidemment les élus dont la douzième (12e) législature prenait fin le 27 février dernier. Pendant les prochains mois encore, ils bénéficieront aisément des privilèges propres à leur rang, au-delà du fait qu’aujourd’hui, leur légitimité soit déjà boudée par certaines populations qui ont hâte de passer à autre chose. Si le cas de force majeure reste une notion vouée à l’appréciation de la Cour Constitutionnelle, il ne sera pas étonnant de voir un troisième report des législatives lié cette fois, à la non disponibilité de l’Assemblée Nationale pour cause de travaux de réfection partielle.

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