Le Wise de qui es-tu le nom ?

Tel un gueux, tel un vulgaire clochard, il est apparu à la face du monde ou plutôt sur Facebook. Avec la face de bouc qui va avec. Les lèvres pendantes, comme avinées, nicotineuses, cerclées d’une barbe hirsute; il était là tel un animal malfamé, affamé par tant et tant de jours d’errance et de carences. Au bord des larmes. Suppliant, que dis-je, quêtant une hypothétique pitance de son « okuru », de son « djadji ». Il c’est lui, le Wize ce slameur qui jadis célébrait le verbe dans un choix audacieux et dévoué à l’argot gabonais. Champion du Gabon de slam, il dressait dans « tu ndem » le piteux état d’un Gabon à l’état exsangue et à l’avenir improbable dont les maquettes sont devenues les seules perspectives de sortie de l’éteignoir. Et donc le Wize non satisfait de son art a couru, répondant aux sirènes (m)assassines de l’émergence pour chanter dit-on le Gabon, ce beau Gabon que seul Alain voyait radieux avec son nombril pour point de repère. La perspective. Et donc il a larmoyé, suppliant son mécène de lui venir en aide et s’excusant presque d’avoir travaillé « cadô » (accent de Mba Abessole de 1993 de rigueur, marque déposée oblige). 

Le Wize de qui es-tu le nom?

Le Wize portait à lui seul le masque hideux que revêt aujourd’hui la culture gabonaise en pleine déconfiture. Et avec elle, cette caste de jeunes (la moins représentative dieu merci) qui a vendu sa dignité à la bonne franquette, en soutenant les chimères. Enguenillée, ne portant que les oripeaux d’un passé et d’un fonds pourtant riches, la culture gabonaise et ce masque flétri ostensiblement et honteusement parée. Le regard chassieux, il doute même du bien fondé de sa démarche. Le ton est docile, veule et comme Solaar il pleure … presque.

Mais Le Wize de qui es-tu le nom ?

Lorsqu’ils se ruèrent tête baissée et main tendue pour soutenir l’émergence aliénée, certains artistes brandissaient fièrement cet argutie des droits d’auteurs en bout de compte que massassi promouvait à hue et à dia. Aujourd’hui, non seulement ce soutien s’est avéré infructueux pour beaucoup mais en plus nombreux sont ceux qui réclament encore leurs cachets. 

Le Wize de qui es-tu le nom ?

Du temps de sa splendeur, le site LBVgroove reçut Massassi à travers l’émission Tromatix. Au micro de Dafreshman, le sicaire culturel d’Ali Bongo jura que son entrisme politique se justifiait à l’époque par le fait que le chantre de l’émergence était le seul à garantir aux artistes gabonais la création d’une régie des droits d’auteurs au Gabon. Sur le site de musique urbaine gabonaise on assista à un véritable pugilat verbal entre les tenants de la campagne de l’aliénation et les partisans de l’alternance populaire. Et certains justifiaient leur soutien bas-ventral (merci Beyala) au grand raïs en se comparant à Jay-Z et autres pop stars américaines soutiens affichés du frère de Nairobi. Mais dans un boiteux argumentaire on oubliait de dire que contrairement aux stars américaines inscrites dans une vieille tradition qui n’exigent aucun per diem en retour de leur soutien, les starlettes gabonaises se font payer pour un soutien au final arriviste et non de conviction. S’offrant ainsi au plus généreux des hommes politiques comme une putain offre ses charmes au plus vils des souteneurs, au mafieux le plus crapuleux. Ainsi naquit donc le « kounabélisme », cette disposition à travestir son art pour quelques volatiles billets de CFA que même Kemi Seba se permet de brûler sous la canicule dakaroise. 8 ans plus tard, ni la boussole, ni streetview, ni un GPS ne sauraient situer les locaux du Bugada (pauvre Epandja dis-leur que ça veut dire Bureau Gabonais des Droits d’Auteurs ) dans ce Gabon aux mille actes de naissances. Croyant se faire payer rubis sur ongle, la catin est forcée de constater qu’elle a juste été passée au « Rice collectif » (merci Lestat). Au bonheur du grand raïs…

Mais Le Wize de qui es-tu réellement le nom ?

Voici donc le visage de la culture au Gabon. Pays où il est plus facile de rencontrer des écrivains gabonais aux cérémonies « prix littéraires PDG » (vous avez bien lu) qu’à côté du peuple. Écrivains qui festoient auprès du prince quand les molosses de ce dernier peuvent donner l’assaut, faire feu de tout bois sur les élèves, les syndicalistes, etc. Et vous vous étonnez encore de les voir désormais porteur de valise, éructant, la bouche pleine, incapables d’émettre d’autres sons dissonants. Ils l’ont écrit eux-mêmes non: la bouche qui mange… Et bien tais-toi quand tu manges alors! Et ces écrivains ont lu Sartre. Bon en même temps entre lire et comprendre, faut pas trop demander aux gens. Mais ces écrivains nous diront qu’ils y sont pour célébrer la littérature et non un parti. Et la rue de s’interroger : iriez-vous aux noces littéraires même si celles-ci se déroulaient en enfer?

 
Donc 8 ans plus tard, le torse bombé d’hier s’est rapetissé, dégonflé honteusement, la queue est encore bien basse pour ceux qui ne l’ont pas bien enfouie profond quelque part… la main quant à elle reste tendue. Gare à la crampe. Tous asséchés financièrement, tenaillés par la faim, les voilà désormais en train de se morfondre vêtus en loques de la honte, hoquetant de tristesse et larmoyant. Quand on est jeune et qu’on a travaillé, doit-on supplier pour être payé ? Doit-on presque tolérer de se faire molester dans les rues tel un vulgaire animal pestiféré ? Non. Dans ce cas de figure, la logique commande de crier sa colère et non de supplier son mauvais payeur vêtu de l’habit du bourreau de la culture. Quand on est artiste et jeune on doit se révolter lorsqu’on estime que son droit a été lésé. Mais encore faut-il seulement savoir ce que signifie être un artiste. Et puis ce qui arrive n’est qu’un juste retour des choses. Les pactes faustiens ne tournent qu’à l’avantage du Diable…


Si par un heureux hasard vous rencontrez Le Wize, dites-lui que pendant qu’il se fait emmailloté pour avoir simplement réclamé « son gain » à « son tété », dans le Maduaka, on se fait violenter par la milice de l’immersion. On est un peu tous logés à la même enseigne sauf que sa situation à lui est cocasse pour l’instant. Et donc on rit. Sauf que quand le peuple sonnera le tocsin de sa révolte, tous ceux qui ont participé à l’iniquité sont très exposés notamment les chantres du suivisme aboulique. Et ce jour-là tant pis pour qui sera dans l’œil du cyclone populaire. Il est donc encore temps de « vougha » et de retrouver les bangandos histoire de faire amende honorable. Sinon toi-même tu vas bien ndem.

Boulingui Le Presque Grand

Laissez votre avis