mardi,7 juillet 2020
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Le vrai débat est là: les cas Accrombessi et Laccruche Alihanga, des bombes à retardement

Dans la bataille « inutile mais surtout suicidaire » qui se déroule au sommet de l’Etat, une seule question subsiste: qui trinquera au final? Pour le commun des Gabonais, le déballage des affaires présidentielles ultra sensibles auquel on assiste, par médias interposés, est perçu comme une volonté des tenants du pouvoir de mettre de l’ordre dans les différents désordres posés par des exécutants habiles ou ambitieux. Or, pour les observateurs avisés, c’est une guerre silencieuse éprouvante qui se déroule au sommet de l’Etat. Elle montre un net désaccord entre Ali Bongo et les siens sur la gestion du pays durant sa période de maladie.

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Accablés par les révélations diverses, sorties du coeur des enquêtes de l’opération scorpion, tout montre que, sur le mobile ayant justifié l’arrestation de Brice Laccruche Alihanga, c’est-à-dire les détournements de fonds, il n’a quasiment jamais agi sans l’aval de ses donneurs d’ordre. Leur complicité est donc établie et ne fait l’ombre d’aucun doute. Ce qui nous conduit à une impasse où il sera extrêmement difficile aux donneurs d’ordre de se débiner ou de se dédouaner. Tenter de le faire est tellement grossier que désormais l’opération scorpion est considérée comme une matérialisation de la loi du plus fort. Mais pour combien de temps encore quand on lit la défense de Brice Laccruche Alihanga et la détermination de la France de le protéger?  

Agiter en plan B l’argument du renversement du pouvoir par Brice Laccruche Alihanga qui n’a pas encore parlé ou fouiller dans la gestion de Maixent Accrombessi dans l’optique de fuir la pression du « président de la République » serait d’ailleurs encore plus mortel que la problématique des détournements de fonds. C’est à ce niveau que Noureddine Bongo Valentin aurait dû constater la dangerosité de l’affaire, les incompétences et les impostures de ceux qui l’accompagnent.

L’opération scorpion doit tout simplement être arrêtée et au plus vite. Elle constitue désormais la bombe qui emportera les actuels tenants du pouvoir si certains continuent avec cette connerie indigeste. Quid de la chute de Robert Mugabe dont « le système » semblait pourtant bien enraciné depuis des décennies? Quelle est cette équipe aux affaires qui, au lieu de développer le pays, passe son temps dans les arrestations, les rapports de forces inutiles où sans cesse l’avenir est insulté? Vous ferez campagne avec qui au final?  

Durant son premier septennat, Ali Bongo s’est aventuré dans ce profil de justicier. Il en a payé le prix fort en août 2016. Et dire qu’il fait la politique dans notre pays depuis plus de quarante ans. Le schéma de gouvernance qui est utilisé par les actuels décideurs est mauvais. Il n’augure rien de bon pour l’avenir. Nous répétons une énième fois, le silence qui plane dans la République n’est pas le signe d’une quelconque faiblesse mais le temps nécessaire devant préparer le chant du cygne. L’avenir nous en dira plus.

Depuis novembre 2019 nous ne cessons de le dire et les évènements qui se sont succédé nous ont clairement donné raison: les actuels décideurs filent du mauvais coton. On ne lit aucun changement dans les décisions et les orientations prises. Or le contexte, depuis 2016, impose une autre manière de faire. Le pouvoir de ceux qui pilotent le sommet de l’Etat s’est déjà écarté de la ligne rouge qui permet de mobiliser et de convaincre les gens. Une chose est certaine, chacun ne récolte que ce qu’il a semé. C’est pourquoi nous précisons une fois de plus qu’aucune armée, aucun service de renseignements, aucune institution ou administration chargée des élections, aucune force financière, aucun fétiche ne fait gagner une élection. C’est l’assemblage d’un certain nombre d’éléments, aujourd’hui épars et frustrés, qui crée cette alchimie indispensable pour justifier un maintien au pouvoir. Les mots sont dits.

C’est dire que, si certains collaborateurs de Noureddine Bongo Valentin, préfèrent attiser la politique des arrestations et autres règlements de compte au lieu de gagner des points et des voix en développant les politiques publiques, c’est qu’ils ont leur propre agenda. Ils sont plus soucieux de leur entrée dans le cercle fermé des nouveaux riches que par la conservation habile du pouvoir. Ce qui est dommage car la ligne rouge a bel et bien été franchie et le temps ne parviendra pas à saluer la cueillette des retombées d’une politique de ressaisissement.

Afin d’étendre l’influence de la France sur le continent noir, les antennes stratégiques du pouvoir français ont développé des relais de communication efficaces. Parmi eux, on compte le magazine « Jeune Afrique« , « Radio France Internationale (RFI) et la fameuse Lettre du continent vulgairement appelée Lettre du colonisateur. 

Il est difficile de croire un seul instant que c’est depuis sa cellule où il subit un isolement total que Brice Laccruche Alihanga soit parvenu à faire publier des articles de presse qui portent le sceau du Quai D’Orsay. En l’espace d’un mois, Jeune Afrique a fait paraître quatre articles sur l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. Le dernier étant d’une précision à faire réfléchir le clan aux affaires  quant à la nature de l’inconditionnalité du soutien qui est déjà apporté à Brice Laccruche Alihanga et à la riposte qui ira avec. C’est dire…

Si les autorités françaises qu’on sait très habiles se refusent d’utiliser les usages diplomatiques habituelles, c’est qu’elles disposent de suffisamment d’éléments pour ramener sur terre ceux qui pensent désormais tutoyer Dieu.

Le pouvoir n’est pas une affaire d’émotion mais plutôt le terrain par excellence du rapport de forces habilement engagé. En effet, après la mauvaise interprétation de la réponse du Quai d’Orsay à Norbert Fargeon, géniteur de Brice Laccruche Alihanga, cette administration française a tenu à apporter des précisions glaciales et sans équivoques afin de bien faire comprendre aux acteurs peu sages du pouvoir gabonais que l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo n’est pas seul et ne tombera pas seul. En langage simple, c’est une menace claire qui a été envoyée puisque celle formulée par Brice Laccruche Alihanga dans Jeune Afrique du 29 mai dernier semble n’avoir pas  été bien entendue.

Un proverbe bien connu en pays fang dit « le sel qu’on a ne suffit déjà pas pour préparer le coq qu’on nous amène en plus un boeuf à cuisiner ». En d’autres termes, les tenants actuels du pouvoir n’ont même pas encore fini avec le cas complexe Brice Laccruche Alihanga, qu’ils ouvrent le dossier glissant Accrombessi. C’est la preuve qu’on navigue désormais dans un pilotage à vue.

La lettre du continent du 9 juin 2020 nous présente en Une de sa parution un article intitulé « psychodrame aérien au Palais du bord de mer ». Dans cet article, une multitude d’informations est servie au grand public. Cependant, les informations que le lecteur gabonais retiendra sont: (1) Sylvia Bongo disposerait d’un Boeing 737 comme taxi aérien quand l’Etat gabonais n’en n’a pas un et que cela fera plus de deux mois que le corps du général d’armée, ancien chef d’Etat major des forces armées gabonaises, Ntori Longo galère au Maroc en attente d’un hypothétique rapatriement. Quelle honte pour notre pays, pour l’armée gabonaise, pour le Haut-Ogooué, pour le pouvoir en place et pour ceux qui décident encore de tout pour le moment. Cette ingratitude et cet égoïsme, inévitablement, les perdront. (2) Maixent Accrombessi refuserait de rendre des comptes sur un certain nombre de transactions et d’acquisitions qui appartiendraient à la famille d’Ali Bongo. Quelles sont elles?

Malheureusement, dans ce type de révélations, ce qui intéresse les observateurs avisés ou les organes judiciaires étrangers, notamment français, ce sont les ramifications diverses et variées qui sont énoncées dans l’article: les noms des hommes d’affaires mêlés et cités, les noms des entreprises énumérées, les lieux des transactions effectuées, etc… Voici une mine d’or qui pourrait plus accabler le pouvoir gabonais que Maixent Accrombessi qui vient d’être servie aux « enquêteurs français ». Un énième front qui sans doute explosera les acteurs de premier plan du pouvoir gabonais. On y parle même de pétrole. C’est dire que la cause profonde de ce déballage n’est pas loin d’un conflit lié à l’or noir. Or, c’est un domaine qui a entraîné la chute de plusieurs régimes. Il n’est réservé ni aux amateurs, ni aux émotifs. Comprendra qui pourra.

De ces constats faits, trois choses sont à retenir: (1) ouvrir des fronts de guerre avec les anciens collaborateurs du président de la République, quelle que soit la raison, ramènera de façon plus incisive sur la table la question des réelles capacités d’Ali Bongo à diriger le pays. Quid de la mort de l’opération Mamba. (2) L’alliance circonstancielle Maixent-Laccruche Alihanga qui en savent trop sur la gestion du Gabon par le pouvoir actuel emportera inévitablement le régime. Car, à ce niveau de combat, c’est l’une ou l’autre partie qui devra trinquer. Nul doute que Maixent Accrombessi ne se laissera pas conduire à l’abattoir comme un doux agneau. (3) Il paraît de plus en plus évident qu’avec autant de problèmes liés à la gestion du Gabon par des « Gabonais d’adoption », un encadrement légal des postes de décision sensibles s’imposera.

Avec autant de fronts de guerre ouverts à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, il sera difficile aux gestionnaires aux commandes de sortir de ses batailles sans qu’on y voit à travers. Par cet article de la Lettre du Continent et les récentes publications de Jeune Afrique, on voit bien que Brice Laccruche Alihanga est visiblement regretté par des lobbyistes qui sont déjà en action de riposte. On comprend mieux pourquoi les pétroliers accourent désormais vers Omar Dénis Junior, ce petit fils de Minvoul.

Par Télesphore Obame Ngomo

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