samedi,4 décembre 2021
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Le vrai débat est là : De la primature au Gabon, Lucie Milebou pourrait tenir le bon bout

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Selon le rituel républicain qui s’impose lors du décès du président de la République, c’est le Premier ministre, chef du gouvernement qui présente les hommages de la Nation à l’illustre disparu. C’est ainsi que Jean Eyeghe Ndong s’était plié à l’exercice en parlant de la situation qu’avaient connue les gaullistes après la mort de Georges Pompidou en France. Sous l’inspiration du professeur de droit constitutionnel, Joseph Ndong Obiang, il disait : « comparaison n’est pas raison. Toutefois, l’expérience des autres peut être un bon cas d’école ». Le Gabon n’est pas la France. Mais hélas, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Inutile de vouloir réinventer la roue.

« Dans nos publications, nous faisons régulièrement référence aux exemples de la politique en France pour trois raisons : (1) le Gabon dans son mode de fonctionnement n’est qu’une pâle copie de la France ; (2) La France garde une grande influence sur la vie et le jeu politique du Gabon. On peut le déplorer en tant que républicain et au nom de l’indépendance prononcée en 1960 mais la réalité est pourtant celle énoncée. (3) Afin de mieux se faire comprendre, il paraît plus pertinent que l’on parle à qui de droit sur la base des éléments de son histoire. De ce pas, la compréhension des situations est mieux perçue. Maintenant, tout dépend de quel côté de l’histoire on se situe lorsqu’on s’exprime.

De la primature au Gabon, il est de plus en plus difficile de faire croire à l’opinion publique que l’échec de la mise en place des politiques publiques fiables relève de la responsabilité des différents premiers ministres qui se sont succédé.

(1) Le Gabon étant un petit village pour ne pas dire une grande famille, la plupart des citoyens se connaissent. On sait à peu près qui vaut quoi et qui est capable de quoi pour avoir fréquenté les mêmes écoles et navigué dans les mêmes sphères professionnelles. De Paul Biyoghe Mba à Julien Nkoghe Békalé en passant par Daniel Ona Ondo, Raymond Ndong Sima et Emmanuel Issoset Ngondet, on ne peut pas dire qu’ils sont tous inscrits au panthéon de la cancritude. Leurs cursus scolaires,  universitaires voire administratifs parlent pour leurs capacités. C’est dire…

(2) La superbe puissance des collaborateurs du président de la République qui concentrent les pouvoirs de décisions et de nominations fait qu’aujourd’hui, c’est plus de ce côté qu’on collera les responsabilités liées aux échecs cumulés aussi bien lors du premier septennat que durant le second mandat qui tire à sa fin. L’opération Mamba qui était un mort né, pour ne pas dire une véritable mascarade en réalité, a plus mis en lumière la nébuleuse financière conçue par les collaborateurs du chef de l’Etat et leurs proches que les acteurs de la haute administration qui ne sont que du menu fretin dans les deals et autres malversations enregistrées. Pire encore avec l’opération scorpion qui n’est rien d’autre que de l’enfumage de la pire espèce qui, si elle n’est pas arrêtée le plus vite possible, connaîtra des rebondissements mortels qui coûtera cher à la crédibilité mais surtout à la stabilité du régime en place, déjà bien affaibli.

Le changement de Premier ministre qui est plus que jamais à l’ordre du jour du fait des nombreuses accusations justifiées qui pèsent sur Julien Nkoghe Bekalé ne stimulera pas plus d’émoi chez les Gabonais qui en ont marre des autruches. Cet énième changement, certes nécessaire pour tenter de susciter de l’espoir chez ceux qui y croient encore, sera sans doute un non évènement pour la majorité des Gabonais même si un nouveau paradigme venait à voir le jour : une primature au féminin. Que pourrait faire Denise Mekam’ne, Madeleine Berre, Rose Ossouka Raponda ou Angélique Ngoma dans un système de fonctionnement où la cohabitation semble être établie de fait entre la primature et la présidence de la République ?

Aux premiers ministres les coups et au cabinet présidentiel les prébendes. Un exercice qui peut faire rire les premières semaines de travail du nouveau premier ministre mais qui à la longue épuise et agace quand (1) on entend les cris du peuple en souffrance, quand (2) on subit le regard des pays voisins et amis, mais surtout quand (3) c’est son image qui en prend un coup quasi fatal. Avoir fait de brillantes études et suivi un parcours professionnel élogieux pour se draper de l’image sinon de l’identité de cancre à vie est la pire injure que l’on puisse offrir à un homme fier et valeureux.

Que retient-on des années Mitterrand à l’Elysée? Pas grand chose, en dehors des informations classiques : c’était, sous la 5ème République, le premier socialiste à être locataire à l’Elysée. C’est le seul à s’être offert un caprice ridicule, nommer une femme comme premier ministre alors qu’elle était la dernière sur la liste des premiers ministrables. Aussi, il faut dire qu’Edith Cresson, en plus d’avoir été le premier ministre le plus « regrettable » de la cinquième République, a participé à « tuer » l’image de François Mitterrand. Par ses incapacités à cette fonction, il a fini par paraître comme un petit homme, trop égocentrique. Peu démocrate parce qu’incapable de toujours s’élever face à la contradiction pourtant argumentée. Peu fiable du fait de sa double vie conjugale et habitué des coups tordus sous le même état d’esprit que le faux attentat de l’Observatoire qu’il avait organisé lui-même en octobre 1959. Ce qui lui avait fait perdre son immunité parlementaire de sénateur.

Dégommer un Michel Rocard qui planait à 85% d’opinion favorable dans l’estime auprès des Français pour embrasser une Edith Cresson qui a fait tomber François Mitterrand à moins de 15% d’avis favorable auprès de l’opinion publique était la preuve que les communicants de l’Elysée Jacques Pilhan et Gérard Colé ne s’étaient pas trompés dans leurs sondages. Et c’est la même faute politique que le pouvoir gabonais tente de faire en mettant une femme à la primature dans le contexte actuel. C’est à croire que les acteurs du pouvoir en place actuellement à la manœuvre n’ont pas tiré les leçons de l’élection présidentielle d’août 2016 quand on sait que le pouvoir qu’il gère est devenu une véritable machine à exacerber les frustrations, à créer les opposants et à construire de probables terroristes.

Considérons même que le genre ne soit pas l’élément fondamental qui déterminerait le choix d’une femme à la primature. Alors quel est l’actif des potentielles candidates qui justifierait leur promotion? Autrement dit, qu’est ce que ces dames précitées auraient fait comme travail pour le pouvoir ou aux côtés du chef de l’Etat pour bénéficier d’un tel avancement ? L’objectivité voudrait qu’on dise que les cadres capables existent et ne manquent pas. Sur le coup, on peut ne pas apprécier Alain Claude Bilié by Nzé, mais il faut reconnaître qu’il présente un profil intéressant pour le contexte.

Avec un bilan amèrement jugé, une situation politique morose, une économie au sol, une population au bord de l’explosion, une majorité découragée, une base démobilisée, un électorat divisé, une armée parsemée, une communication gouvernementale et présidentielle boiteuse, des compagnons de toujours frustrés et révoltés, il n’est pas question pour les décideurs de faire pleuvoir leurs états d’âme ou de miser sur de faux calculs stratégiques. La nomination d’un premier ministre ne peut tout le temps être une surprise bien que relevant de la discrétion du chef de l’Etat. Le contexte impose des hommes valeureux. Et sur le coup, l’heure est au pragmatisme et au réalisme.

En 2009, c’est passé. En 2016, ça a lassé. En 2023, ça pourrait casser. Faisons alors les meilleurs choix. Ça ne va pas tout le temps être le terrain pour les uns, et les retombées pour les autres. »

Télésphore OBAME NGOMO

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