Le journalisme au Gabon : entre marginalisation et répression

Décrit comme le quatrième pouvoir, le journalisme au Gabon est confronté depuis des années à une forme de marginalisation de ses membres, une situation qui malheureusement donne le change à des dérives qui généralement ternissent l’image d’un métier considéré comme noble.  Il est aisé de croire que le journaliste est une sorte de faire valoir, qui prête sa plume au gré des humeurs d’un camp ou l’autre, pourtant beaucoup semble ignorer que la démocratie est tributaire du journalisme et de ce fait elle occupe une place importante dans la vie de la nation.

Bien que l’on peut accuser les journalistes de tous les péchés d’Israël, avec des qualificatifs désobligeants tels que « journaliste alimentaire » ou « griot », il serait judicieux avant toute chose de comprendre le rôle de celui-ci dans la société. Dans un Etat démocratique, le journaliste s’assure de porter à l’attention du grand public une information, tout en respectant un certain nombre de règles qui concourt à expliquer des faits le plus clairement possible. Ainsi, son activité consiste à recueillir, vérifier ou commenter une information donnée, un travail qui pour le commun des mortels semble aisé mais qui nécessite une grande rigueur et des heures entières pour produire une œuvre journalistique des plus acceptables.

Arguant très souvent que certains membres de la corporation se sont mués au fil du temps en mercenaire de la plume, s’asseyant ainsi sur l’éthique et la déontologie du vrai journalisme, la société dans son entièreté a vite fait de juger que le journaliste gabonais est la marionnette dont on peut se servir pour défendre ses intérêts.

Au premier chef les personnalités politiques qui pensent très souvent s’offrir les services de quelques brebis égarées pour régler leur compte, montrant ainsi une forme de mépris à l’égard d’une corporation qui pourtant ne devrait pas être instrumentalisée. Au-delà de ce constat, nous comprenons donc que la marginalisation dont fait l’objet les journalistes gabonais est volontaire, cela pour garder toujours en sous-main le contrôle sur un pouvoir qui peut s’avérer néfaste à certain.

D’ailleurs cette marginalisation a pour conséquence d’installer une forme de mendicité des journalistes, et dans cet imbroglio on constate avec tristesse des dérapages et autres manquements. Pourtant, personne ne se demande qu’est ce qui peut pousser le journaliste à sortir du droit chemin, on a vite fait de porter des jugements en oubliant que ces derniers sont soumis à des pressions multiformes, intimidations, arrestations, paupérisation.

Au demeurant, il faudrait rappeler à l’opinion que le journaliste est l’avant-garde, sinon la pierre angulaire d’une société, il est celui qui par ses écrits alerte, dénonce, interroge le citoyen. Toujours en première ligne et très souvent première victimes, il fait les frais des pires sévices.

Faut-il rappeler  que la liberté de la presse n’est autre que la liberté d’entreprendre, de dire, d’écrire, de montrer (…) et le droit de ne pas être inquiété ni menacé dans son intégrité physique ou morale dans l’exercice de ses fonctions, pour qu’enfin la société puisse avoir de l’estime pour ce maillon important dans la vie d’une nation. Car une société sans presse, c’est comme un miroir teint en noir, on ne peut voir ses imperfections et les corriger.

Faut-il attendre que le nouveau code liberticide de la communication fasse ses premières victimes, pour que la société, les personnalités politiques daignent venir verser quelques larmes compatissantes sur l’autel du sacrifice des journalistes, nous disons non. Car quand le destin vous a donné la chance de porter la parole, il est clair que notre sacerdoce ne s’arrêtera pas en si bon chemin, en espérant qu’on nous montre un tant soit peu le respect qui nous est dû.  

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