lundi,10 août 2020
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L’après Covid-19 et les grands défis de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle

La crise actuelle liée à la pandémie du nouveau Coronavirus (COVID-19) n’est plus seulement une simple question de santé, elle est venue montrer aux yeux du monde, les forces, les faiblesses, les menaces et les opportunités de nos systèmes sociaux, économiques et culturels, mais bien plus spécifiquement, de nos systèmes de formation et particulièrement de nos systèmes de formation technique et formation professionnelle. 

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L’enseignement technique et la formation professionnelle sont interpellés en cette période de crise, certains dirons, peut-être pourquoi ? Nous ne sommes pas des Médecins encore moins les personnels et auxiliaires de santé, (qui par ailleurs sont à faciliter en cette phase hautement cruciale de notre vivre ensemble)  oui, mais et pourtant dans cette période, c’est exactement où s’exprime le génie créateur des Techniciens. Pas le Génie publicitaire de nos filières des Centres de Formation et des Lycées Techniques, mais le génie réalisateur des projets qui contribuent et qui impactent l’amélioration des conditions de vies des populations.

En effet, suite au déclenchement à Wuhan en Chine, de la pandémie du corona virus, nous avons été, tous émerveillés par la construction de cet hôpital en si peu de jour. La communauté internationale était toute admirative devant une telle prouesse. Compte tenue de la situation sanitaire, beaucoup ont oublié d’évaluer et de féliciter la Chine pour la qualité de sa main d’œuvre, car en effet, ce ne sont pas des Médecins qui ont construit ce bâtiment, mais des Ingénieurs, des Techniciens Supérieurs, des Ouvriers qualifiés, des personnels tous corps d’état, qui se sont mobilisés, pour mettre en œuvre cette infrastructure, pour créer des robots, placé des ascenseurs, automatiser certains procédés médicaux, établir des matrices pour la logistique et le transport. Des personnels compétents, des professionnels et des scientifiques multidisciplinaires ont fait bloc pour se mettre à la disposition de leur Nation, de leur Etat.

Cependant au Gabon quand on parle de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, on l’assimile à l’enseignement de bas étage. On y colle des stéréotypes dénigrants, limitant parfois notre propre réflexion. On réserve cet ordre d’enseignement au cordonnier,  oubliant que nous portons tous des chaussures, au menuisier, oubliant que nous nous asseyons sur des chaises et meublons nos maisons. L’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP) est encore perçu par la société gabonaise dans sa grande majorité comme un enseignement ou une formation de seconde zone, réservé à ceux qui ne parviennent pas à avoir un cursus général brillant, pour ainsi dire, aux laissez pour compte de l’enseignement général. Ce sont ainsi les élèves en difficulté scolaire qui sont régulièrement orientés vers les filières techniques et professionnelles. 

Au-delà de la volonté politique affirmée voire réaffirmée, au plus haut niveau par le Président de la République. Cet ordre d’enseignement est encore à la recherche d’une voie efficiente et efficace. D’ailleurs, comme une prémonition, lors du traditionnel discours à la Nation marquant le 59ème anniversaire de l’accession du Gabon à l’indépendance, le Président de la République, Chef de l’Etat, était revenu sur les réformes engagées et particulièrement sur celles portant sur l’enseignement technique et la formation professionnelle.  Avec des mots soigneusement sélectionnés et d’ailleurs jugés très durs par lui-même car disait-il : «  je pèse mes mots ». Le Chef de l’Etat «  jugeait criminel » une formation dispensée qui ne soit pas conforme aux besoins d’opérateurs économiques. Il relevait  la gabegie et la nécessité d’orienter les moyens nécessaires pour l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Nous y sommes. 

Nous ne voulons pas adapter notre offre de formation aux exigences du marché, mieux  nous sommes incapables de nous projeter pour anticiper face aux technologies du futur. Quand nous mettons en place une formation, nous la gardons indéfiniment, nous la dupliquons sans études préalables. Nos apprenants se demandent quand pourront-ils faire leurs  Travaux Pratiques et les activités de laboratoire. Nous nous attendons les examens seulement pour savoir si il y a des admis sans avoir fait des TP en cours de formation. Pendant ce temps, dans les autres pays comme le Rwanda, les élèves de l’ETFP, fabriquent des drones.  

Pour réduire ce faussé entre la volonté politique et l’impact au quotidien, il faut véritablement procéder à une construction et à une diffusion des changements organisationnels, qui reposeront sur le développement d’apprentissages individuels et collectifs, d’apprentissages organisationnels, pour modifier les routines de fonctionnement des organisations. Il s’agira de produire le changement mental des acteurs des directions opérationnelles, des personnels des établissements, et faire pour que le changement se traduise par une transformation effective des pratiques (changement durable). Il ne nous suffira plus d’avoir des très bons scribes, il nous faut nous assurer que nous avons des très bons metteurs en scène, des très bons cadreurs, des bons acteurs, etc.  

Il faut former ceux qui sont en charge du pilotage et de la gestion de la formation technique et professionnelle, et valoriser les ressources déjà disponibles. Qu’au-delà de la course aux postes, faire en sorte que ceux qui y accèdent cernent les spécificités, les enjeux et les défis de l’ETFP, qu’ils en connaissent les éléments d’analyse du marché de travail ; qu’ils sachent les coûts, le financement et les bénéfices de l’ETFP et qu’ils possèdent des outils leur permettant d’avoir une vue large sur la planification opérationnelle et la mise en œuvre des politiques de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. 

Avec le COVID-19, l’ensemble des gabonais doivent s’accorder pour comprendre que le monde ne sera plus comme avant. Les filières techniques et professionnelles doivent être valorisées. Les voyages transatlantiques, les déplacements inter-régionaux, le commerce international, etc. seront, si ce n’est, qu’ils sont déjà bouleversés et  notre défi de demain, pour notre survie reposera sur notre système de formation technique et professionnelle. Sa capacité à  se muer, à être flexible, sera le salut du Gabon. Faire véritablement  bloc pour que notre système de formation technique et professionnelle  joue un rôle moteur doit être notre défi, celui des responsables politiques et des personnels en charge de la gestion de cet ordre d’enseignement. 

Le chômage va augmenter, les écarts sociaux vont se creuser davantage,  les entreprises seront plus exigeantes sur la qualité de la main d’œuvre, les profils de recrutement seront plus portés sur des formations adaptées et surtout innovantes,… ces questions doivent êtres soulevées maintenant pour que nous ne soyons pas surpris, pour que nous ne  nous retrouvions pas parfois dans une position de spectateur et ne pas toujours attendre de l’aide des autres, (aide qu’on nous offre souvent comme de l’aumône). 

Le pire est devant nous. Il faut lever les freins qui entravent la formation technique et la formation professionnelle au Gabon. Ces freins sont connus, et nous les rappelons, ils sont classés en trois principales catégories : 

  1. Les freins institutionnels, relatifs à la mise en place, à la représentativité et au fonctionnement des cadres, instances et dispositifs juridiques et réglementaires, de pilotage et de coordination. Ils évoquent également la centralisation assez forte de la responsabilité et de la prise de décisions, ainsi que l’insuffisante clarification de certains concepts ; 
  2. Les freins techniques qui abordent les compétences et les capacités opérationnelles des différents acteurs, les stratégies et programmations opérationnelles, les outils et supports, la vulgarisation et la sensibilisation, l’implication des différents acteurs, les dispositifs de suivi et de contrôle, le réseautage et la mutualisation, etc. ; 
  3. Les freins financiers, humains et matériels qui concernent l’insuffisance des ressources financières, humaines et matérielles ainsi que la diversification de ces sources, leur prévisibilité et leur pérennisation.

Le pire est devant nous, le pire arrive, le pire, pour l’Afrique et particulièrement le Gabon, ce n’est pas le nombre des morts, le pire c’est la reprise de l’économie, sans notre propre main d’œuvre, sans la valorisation de l’expertise locale ou l’absence dans cette expertise dans certains domaines. Il nous faut donc avoir l’audace d’aller plus loin, de changer de paradigmes dans notre façon de voir, de concevoir, de planifier, de mettre en œuvre et des gérer notre système de formation technique et professionnelle. Le Corona virus vient nous dire : Réveillez-vous!     

Réveillons-nous pour mettre en place une véritable politique de refonte de notre offre de formation, qui soit à la fois prospective, pro-active et adaptée à notre économie; Réveillons-nous pour avoir une meilleure gestion des emplois et de compétences dans cet ordre d’enseignement,  Réveillons-nous,  pour n’est plus briller par l’exclusion, par la stratification, la mépris, par l’égoïsme ; 

Réveillons-nous, pour mettre fin aux petits calculs, liés à nos égos, qui consiste plus à créer le vide autour de soi en rejetant les autres jugés moins formatés, moins influençables, ou ayant des profils différents ;Réveillons-nous, pour avoir véritablement « une vision harmonisée et univoque » de notre système de formation technique et professionnelle, qui n’a malheureusement, jusqu’à maintenant joué véritablement  son rôle ; 

Réveillons-nous, pour restructurer et surtout professionnaliser la planification et la gestion quotidienne de nos formations; Réveillons-nous parce que toutes les nations s’accordent à dire que sans un système cohérant de formation technique et professionnelle ETFP, point de développement.

Réveillons-nous parce que, au moment où nous lisons ce texte, il s’écrit dans les studios d’Hollywood, l’histoire sur la pandémie du corona virus. Nous vivons tous ces événements, mais l’industrie du cinéma s’organise pour en tirer un profit, toutes les versions et fictions nous seront servies. La reprise économique passe aussi par là. La Chine est ce qu’elle est aujourd’hui grâce à  sa formation technique et professionnelle, le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse, l’Autriche, les pays scandinaves et nordiques (Norvège, Danemark, Finlande, Suède,) et du Benelux (Luxembourg, la Hollande, la Belgique) tiendront le coup, parce qu’ils possèdent des systèmes de formation technique et professionnelle les plus performant du monde. Une étude de FM Globale résilience index, va jusqu’à classer les pays qui devraient aller mieux après le corona virus.

Mettons fin à notre mépris, inconscient, voulu et parfois entretenu, de la formation technique et professionnelle. Ce secteur mérite bien plus que des politiques approximatives. Au Gabon, presque tous les ministères forment. Chacun forme ses personnels. Outre le fichier de la solde, on dispose d’ailleurs des très peu de chiffres ou d’un répertoire national sur les profils de qualifications disponibles sur l’étendue du territoire national. Combien d’ingénieurs, combien de techniciens supérieurs, combien de maçons, combien de plombiers, combien de blanchisseurs formés, etc. Nous devons aller vers une harmonisation des cursus et des diplômes, mettre fin aux multiples systèmes de formation pour en retenir un seul système qui soit accessible et équitable. Il faut centraliser toutes les formations qui conduisent à un métier et à une profession au sein du ministère de formation professionnelle pour disposer d’un répertoire national des métiers y inclus les palmarès. Il faut mettre en œuvre des véritables formations futuristes. Intégrer  et organiser les formations dans un secteur informel générateur de revenus mais non contributeur à  notre assiette fiscale. 

Pour y arriver point de miracles, mais une application des directives qui ont fait leurs preuves ailleurs et qu’il nous faut contextualiser, c’est toujours le consensus et la vision partagée de la politique de Formation Professionnelle et Technique qui impliquent le partage des responsabilités entre l’État et ses partenaires. Il s’agit des acteurs publics de la formation, du secteur productif et des services, de la société civile, des collectivités locales et des bénéficiaires. Ainsi, sur le plan politique, il faut opter pour un pilotage partenarial impliquant et responsabilisant davantage les collectivités locales et le secteur privé (UNESCO-IIEP-Pefop, 2017). Former en partenariat, c’est : assurer l’avenir de la profession, préparer un métier aux évolutions, miser sur une relève de qualité, conserver et développer des savoirs dans la proximité.

Réveillons-nous, le pire arrive… le pire arrive avec la relocalisation, le pire arrive avec le patriotisme économique des grands pays, la pire arrive avec la montée du nationalisme, le pire arrive avec les méfiances régionales. Pour nous, Il nous faut créer une véritable dynamique inter générationnelle, un vrai foisonnement des disciplines, des compétences, et de profils, Il faut renforcer les compétences des personnels disponibles dans nos ministères, les décentraliser pour qu’elles soient plus proches des populations. Mettre par exemple, les démographes et les statisticiens dans toutes les mairies pour qu’on ne soit pas à nous demander, qui est propriétaire, qui paye combien pour ses charges, combien d’entreprises opèrent dans quels secteurs. Combien de petits commerces avons-nous dans chaque commune? Qui et où se trouve le gabonais économiquement faible ? Nos données doivent êtres actualisées et accessibles pour permettre des prises de décisions rapides et égalitaires. A ce niveau, nous devons mettre en place une véritable formation continue des personnels de secteurs publics et privés. Il faut actualiser leurs approches, faire des mises à jour, promouvoir une formation toute au long de la vie qui permette à chacun de se sentir valorisé, pris en compte et épanouie. 

Il nous faut surtout co-rédiger des meilleurs curricula standards dans tous les corps de métiers. Des curricula qui  fondent une formation de qualité et qui soit égalitaire. Il faut développer un cadre de certification permettant progressivement d’intégrer l’ensemble des secteurs (y inclus le secteur informel) qui validera les compétences et l’obtention d’une qualification, en faire véritablement le « permis à l’exercice d’une profession ou d’un métier ». En l’absence d’une forte démographie, notre force sera la qualité de notre main d’œuvre. C’est à ce prix qu’on nous pourrions avoir une véritable marque déposée, être fiers de notre « Made in Gabon ». 

Plus que jamais, les innovations amorcées doivent aller au bout, les réformes audacieuses doivent être engagées. La construction des Centres de formation, des Lycées Techniques, des Instituts et des Ecoles supérieures doit s’intensifier, se spécialiser et prendre en compte tout notre potentiel industriel, forestier, côtier, touristique, etc. Les projets en cours doivent se concentrer sur les actes concerts et non refaire à chaque fois les mêmes études et rafistoler les réhabilitations ou les constructions dans la précipitation des fins de financements par nos bailleurs. Il faut former des enseignants réflexifs, ouvrir des voies d’accès des personnels du secteur privé qui veulent embrasser la carrière enseignante, surtout dans les secteurs novateurs non encore pourvus des enseignants. Il faut mettre les hommes qu’il faut aux places indiquées. Nous devons tous nous rassurer parce que, les innovations engendrent des peurs et des  oppositions, Il y a de la place pour tout le monde. Il ne faut pas baisser les bras car les réformes prennent du temps et Il faut tenir bon et laisser le débat pour l’action. 

Dans notre confinement  physique, ne soyons pas dans un confinement spirituel et intellectuel parce que, pendant ce temps les autres réfléchissent sur comment orienter leurs économies de demain. Les Etats-Unis ont la Silicone Valley, la France et Xavier Niel ont leur station F (qui par ailleurs est le plus gros incubateur des startups au monde). Quand par exemple, ces deux nations parlent de guerre, aussi douloureuse que cela puisse être, elles ont une histoire, elles ont une expérience qu’elles ont su capitaliser au fil des ans. Elles sont dans des guerres diplomatiques, dans des guerres de matières premières, dans des guerres de conquêtes, de reconquêtes et dans des guerres d’intelligences économiques, artificielles et technologiques,  Et nous, qu’avons-nous ? Que proposons-nous ? Que saisir du COVID-19 ?

Avec le COVID-19, les gouvernements sont tenus de mettre en place des nouveaux cadres institutionnels et juridiques, et de s’assurer qu’ils fonctionnent correctement. Ils doivent également promouvoir une culture d’acceptation et de coopération mutuelles. Les organisations d’employeurs et de travailleurs doivent se reconnaître mutuellement comme partenaires pour affronter et résoudre les défis et problèmes communs. La mise en œuvre effective de la responsabilité sociale des entreprises est l’occasion pour l’entreprise de définir une nouvelle stratégie sur : les opportunités et les menaces liées aux mutations de ses marchés et d’établir un bilan sur les forces et les faiblesses de l’entreprise. Les hommes et les femmes des entreprises doivent être capables d’affronter l’inédit et le changement permanent. Il nous faut savoir faire face à des situations professionnelles évolutives et peu définies. Il faut en cela être formé. 

Le COVID-19 avec ses corollaires, vient accentuer, voire brutaliser, les mutations tant organisationnelles, que sociales, sociétales et environnementales auxquelles nous assistons et bouleversa encore plus nos façons de vivre et de travailler. Réveillons-nous, demain, ce ne sera plus comme avant. Il nous faut transformer cette période, de stress, de deuil et d’incertitude en période de grâce, pour tirer les leçons de nos erreurs et pouvoir nous projeter. Quel que soit le modèle économique de demain, notre système de formation technique et de formation professionnelle doit être un véritable outil de production de compétences, gage de l’employabilité de nos formés, de la compétitivité de nos entreprises et de notre vivre ensemble. 

Bon-Jean Félicien BADJYENDA

Docteur en Gestion de la Formation Professionnelle dans l’Économie du Bois

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