La ligne droite est le chemin le plus court

Une ancienne conception voulait que la politique se rapporte à la question suivante : « qui obtient quoi, quand et comment » ? Cette activité était perçue comme une arène dans laquelle les individus définissaient leurs intérêts, adaptant leurs comportements pour réaliser autant que faire leurs objectifs. Le politiste Harold Lasswell compléta cette conception, en imaginant la politique comme un moyen pour s’exprimer et, dans une certaine mesure, se définir. Au Gabon, la majorité de nos acteurs politiques demeurent dans la première conception. Quant aux autres, ils sont enclins à de grandes émotions collectivistes plus qu’à des priorités citoyennes.

Je suis issu d’une génération qui n’a de compte à régler avec personne mais plutôt qui exige des comptes dans la gestion du pays à cette nomenklatura qui a su et qui continue de s’arroger tous les droits en oubliant la majorité.

Je revendique comme beaucoup, le droit et l’obligation de revoir en profondeur le fonctionnement tout entier du pays et non pas seulement par un ravalement de façade comme cela a toujours été le cas.

Je pense aussi qu’il faut sortir de la façon binaire de voir et de faire la politique au Gabon : les anciens du PDG face au PDG, les anti-Bongo face aux Bongo, ou encore ces « gens » qui s’insultent le jour et se font la bise le soir. Notre espace publique ne devrait plus être ce ring où l’on règle des comptes, ou les Alliances se font et se défont au gré des intérêts des uns et des autres. Tout ça au nez et à la barbe du peuple.

Je crois que les Gabonais doivent sortir de cet enfermement qui ressemble à une prise en otage par des gens sous prétexte qu’ils ont un titre à vie sur la cité. Cette mise en scène politique où on pense plus à soi, aux siens plus qu’aux autres. Cette imposture entretenue par un système à deux faces qui met tout un pays à la dérive en hypothéquant l’avenir des plus faibles.

Je pense qu’une certaine idée du Gabon passe par l’exaltation du sentiment national. Cet idéal doit être le ressort le plus puissant de l’activité politique. La fierté de l’appartenance nationale doit pénétrer toute la vie intellectuelle et sociale du pays. Toute la fondation sociale, tout le ressort de l’activité politique doit trouver son chemin à travers elle.

Sortir du « tout politique » et de « la sauvagerie sociale »

J’imagine que tout le monde voit bien l’extrême difficulté de la situation politique et sociale qui sévit actuellement. Cette situation s’aggrave chaque jour et aucune réponse concrète n’est disponible. Aussi, aux problèmes économiques et à la pauvreté des populations, s’ajoute un climat politique délétère et tendu. Le conflit post-électoral qui met en rivalité l’opposition et la majorité présidentielle donne le ton du « Tout politique », cette marmite bouillonnante dans laquelle s’affrontent les faucons des deux camps. La société est confondue par des slogans du genre « c’est le temps » ; ok, mais le temps est où ? Ou encore « on ne lâche rien » ; ok, mais vous tenez quoi ?

Et que dire de cette « sauvagerie sociale » qui s’est installé depuis 50 ans avec cette meute qui revendique un titre de propriété sur tous les leviers économique et toutes les régies financières du pays ? Cette « sauvagerie sociale » qui segmente la société en hissant une caste des « grands Gabonais » face à la majorité des « petits Gabonais » qui triment au quotidien. Et les jeunes? Ils ne respectent plus personne, puisque l’Etat ne leur a pas donné une chance, une éducation, un emploi. On finirait par croire que le désastre est collectif.

Je suis pour qu’on repense notre société avant qu’elle n’atteigne le fond. Il faut changer les mentalités, reformater l’ensemble. Sortir de ce « Tout politique » qui affecte tous les pans de la société et qui nous fait tant de mal. La sortie du « Tout politique » par ricochet mettrait fin à la « sauvagerie sociale ».

Le peuple Gabonais ne peut plus payer le prix fort des échecs des hommes politiques

Je suis aujourd’hui convaincu que si les Gabonais avaient eu ce qui leur revenait de droit, ils se tiendraient loin des intrigues et des manipulations politiciennes. Ils demeurent des proies faciles compte tenu de leur misère, leurs souffrances et de l’absence d’espérance. Comment expliquer que les populations de ce pays ne bénéficient pas des incidences positives de l’action politique ? Peut-on imaginer que l’éradication de la pauvreté au Gabon soit une mission impossible ?

C’est comme si tout était fait de connivence pour maintenir la majorité des Gabonais dans un sous-développement, dans les ténèbres du désespoir. Jusqu’à quand les politiques vont-ils ignorer la détresse ou la croissance de la pauvreté des populations ?

C’est inacceptable que les Gabonais soient toujours les victimes de l’incompétence des tenants du pouvoir, de leur incapacité à accomplir les tâches basiques et de s’attaquer aux problèmes structurels du Pays. Tout a été dit, mais nous le répéterons toujours. Le frein au développement et à la croissance économique sont d’abord liés et aussi à la non-répartition équitable des richesses du pays. Aujourd’hui l’avenir est incertain et les inquiétudes nous arrivent de partout… Il faut recentrer le débat sur les préoccupations des Gabonais, afin d’alléger leurs souffrances.

La politique se juge sur l’impact qu’elle a sur la vie quotidienne des habitants et pas le contraire. Le constat de nos jours est sans appel, beaucoup de responsables ne sont pas à la hauteur des enjeux du développement d’un pays.

La classe politique actuelle est arrivée en bout de course, que ce soit du côté du pouvoir ou de l’opposition, elle a échoué !!!

Le changement, tout comme la rupture, passe aussi et d’abord par le renouvellement des élites politico-administratives. Un renouvellement au bénéfice des acteurs animés d’un idéal de justice sociale. Des Gabonais aptes à mettre en branle la théorie de l’Etat protecteur, exaltant l’intérêt général et mettant l’individu au cœur du développement. L’homme doit être au centre de toutes les préoccupations et au cœur du développement. Ainsi, les priorités citoyennes doivent permettre à tout un chacun d’adhérer à l’idée d’un Gabon « normal ». La citoyenneté aveuglée par l’intimidation et la fumée des promesses non tenues, doit renaître dans un dialogue national sans tabou. Il est plus qu’urgent d’amorcer une rupture totale dans l’enchaînement des outils du pouvoir, afin de passer :

  • De la démocratie confisquée à la démocratie responsable
  • De l’inégalité des chances à la justice sociale ;
  • D’un Etat autoritaire à un Etat de droit, entreprenant, fluide et économe ;
  • D’un modèle « Gabon d’abord » à un « Gabon pour tous » avec une société décomplexée, engagée et visible ;
  • D’une économie de rente à une économie rentable, attractive et dynamique.

Le dialogue est une exigence démocratique

Depuis 2012, nous réclamons la tenue d’une Conférence nationale afin de mettre à plat nos institutions. Le dialogue qui va s’ouvrir nous donne l’occasion de défendre notre idéal démocratique. La tolérance dans un pays pluriethniques affermit la Nation et est un gage d’éveil des consciences. Ce dialogue national est dicté par les nombreux dysfonctionnements d’une République taillée sur mesure. Il est aussi motivé par une demande réitérée de nos partenaires et de la Communauté internationale. Enfin, il marque une volonté du pouvoir politique de briser l’immobilisme établi.

Mais ce dialogue divise, car la politique s’apparente parfois à cette arène où sont projetés des sentiments et des pulsions n’ayant que très peu de rapports avec les enjeux manifestes. La démocratie, c’est aussi ça ! Pour ma part, la page électorale étant tournée, les problèmes politiques se règlent en se parlant, sans se renier, sans faux-semblants. Je souhaite que ce dialogue soit sincère et fasse abstraction de toute fanfaronnade, de tout opportunisme politique. Il s’agit bien du Gabon !!!

Je reste confiant, dans le réveil collectif des libertés confisquées. Le dialogue national doit amorcer une rupture dans l’ordre ordinaire et banal des choses et sous-entend un rééquilibrage. Aussi, c’est à la fois un formidable « exutoire à la violence » et une occasion inouïe depuis 1990 d’améliorer notre République. Enfin, il doit être le socle de l’avènement de la deuxième République.

Guilou Bitsutsu-Gielessen

Président du Think Tank « Priorités Citoyennes »

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