La 3ème Voie ou le ni-ni précisé

A la suite de ma dernière conférence de presse sur le sujet de la crise politique gabonaise et du débat dont il a fait l’objet sur les antennes d’une radio internationale, j’ai pu noter avec beaucoup d’intérêt les réactions de nombreux citoyens, responsables politiques nationaux et de personnalités étrangères qui ont diversement commenté ou apprécié mon offre politique. Le grand intérêt qu’elle a suscité est proportionnel aux nombreux questionnements des Gabonais et des partenaires étrangers du Gabon qui s’inquiètent de voir ce pays végéter et sombrer chaque jour dans un dangereux coma, sans que rien ne parvienne à l’en sortir.

A ce stade, je voudrai dire à l’attention de certains compatriotes qui n’acceptent pas ma proposition de solution de sortie de crise que c’est leur droit. Ils n’ont nullement besoin de verser dans la rodomontade douteuse, l’insulte, la menace et autres quolibets. Cela ne change rien à ce que je crois être une réalité.

Nous devons refuser la pensée unique et accepter la diversité de nos opinions, les discuter et les confronter pour obtenir le meilleur dosage possible dans nos choix politiques. La lutte pour l’alternance ne doit pas être une occasion de confrontations entre Gabonais au point que l’autre devienne un ennemi à éliminer. Ce faisant nous ne ferions pas mieux que le pouvoir usurpateur et ses affidés dont c’est le mode de fonctionnement. Eux, ils ont tué, pillé, volé, triché. A ceux qui s’en sont rendus coupables nous devrons, le moment venu, leur appliquer la justice et les lois de la République et non la haine.

Par contre, à ceux de nos compatriotes victimes des diverses répressions et à leurs familles qui ont tant perdu et souffert dans leur chair, nous devons leur apporter rapidement réparation et réconfort et non les confiner dans une rancoeur infinie et un ressentiment rongeur. À notre pays nous devons lui donner notre énergie positive pour son essor au son de la Concorde.

Mes chers compatriotes,

Je voudrai préciser aux uns et aux autres que je n’ai jamais voulu écarter M. PING du processus politique en cours car il est celui qui a gagné la dernière élection présidentielle. J’ai voulu démontrer au contraire pourquoi M. PING s’est vu refuser la victoire, à cause de nombreux et puissants obstacles qui l’en ont privée. J’avais ainsi dit que s’ils ne veulent pas de Jean PING comme président de la République, nous ne voudrons pas non plus d’Ali BONGO l’usurpateur à la tête de l’Etat, et si cela devrait perdurer ce serait alors ni l’un ni l’autre.

En maintenant Ali BONGO au pouvoir alors qu’il a perdu l’élection, c’est une nouvelle injustice après celle de 2009. Elles sont à rapporter aussi à toutes les autres injustices que les Gabonais ont déjà subies au cours de précédentes élections présidentielles et dans une moindre mesure lors de scrutins législatifs et locaux organisés dans notre pays depuis 1993.

Aujourd’hui les Gabonais ont ouvert les yeux et ne veulent plus être considérés comme des citoyens de seconde classe qui n’auraient rien à dire dans leur pays. Ils refusent désormais le diktat extérieur de ceux qui pensent que les Bongos sont les seuls capables de préserver leurs intérêts.

C’est pourquoi le problème de la dernière élection présidentielle ne doit pas être seulement celui de la revendication de la victoire de Jean PING. Il s’agit d’aller au delà de celle-ci et à travers elle pour dire stop au déni de démocratie et pour rassembler les Gabonais de tous bords autour d’un objectif commun de reconstruction de notre vivre ensemble dans la République. Je pense particulièrement à la jeunesse gabonaise qui a du mal à se repérer et à connaître sa place dans la construction nationale. Elle est la ressource pour impulser le changement et la mettre en œuvre.

Cependant, comment envisager le changement dans un contexte de blocage politique et institutionnel du pouvoir par un homme et son clan en faisant régner un climat de suspicion sur tout ou partie de la vie sociale?

Chers compatriotes, pensez vous objectivement que ceux qui ont bâti ce système et qui se retrouveraient à le perdre ne seraient pas inquiets de voir le nouveau président une fois arrivé au pouvoir garder lui aussi ces institutions pour son profit? C’est une question d’importance!

Par ailleurs comment le nouveau président travaillerait il sereinement avec une Assemblée nationale totalement acquise au PDG, et avec un Sénat lui aussi exclusivement acquis au PDG jusqu’en 2021? Quelle sérénité aurait ce nouveau président pour pouvoir engager des réformes économiques face à un système qui contrôle toute l’économie nationale? Nous connaissons tous Delta Synergie et son réseau tentaculaire ici et à l’étranger. C’est ce réseau d’affaires et ses relais dans l’appareil de l’Etat qui forme le système Bongo-PDG et qui se maintient au pouvoir depuis 50 ans avec des complicités extérieures. Il faut à présent y mettre un terme pour le bien du Gabon, le bien de tous.

Ainsi donc, pour assurer le changement et une alternance à la tête du pays, il faut déverrouiller le système. Il faut repenser le système institutionnel et l’adapter aux réalités de l’heure, aux aspirations du peuple et aux engagements internationaux du Gabon.

Mes chers compatriotes,

Nous avons perdu trop de temps depuis 12 mois. Nous avons laissé les positions se cristallisées au point que d’une part, Ali BONGO qui a volé et tué s’entête avec ses faucons à ne pas reconnaître leur forfait, préférant laisser le Gabon s’enfoncer dans le désordre, et que d’autre part, Jean PING le vainqueur de l’élection mais qui ne gouverne pas s’enferme dans une posture qui n’a pas réussi à convaincre la communauté internationale d’agir concrètement dans son sens. Ces deux positions pour inconciliables qu’elles sont, font courir le risque d’une situation de confrontation aux conséquences incalculables pour les uns et les autres, et pour le Gabon. En tant que patriote, je ne peux me résoudre à cela.

C’est pourquoi je demeure convaincu de l’option de l’annulation de la dernière élection présidentielle pour ne tenir compte ni de l’un ni de l’autre à la tête du pays. Elle devrait être précédée du départ d’Ali BONGO ONDIMBA. C’est un impératif absolu pour ouvrir la voie à une « transition inclusive et réformative » qui préparerait de nouvelles élections générales dans les meilleures conditions possibles de transparence, avec en ligne de mire la relance de l’économie nationale pour redonner confiance aux investisseurs. C’est là encore un impératif pour le salut de notre pays et la stabilité de la sous région.

Cette transition que j’appelle de tous mes vœux devra jeter les bases de la nouvelle République et de ses institutions démocratiques qui devrait permettre au peuple Gabonais de se donner un nouveau président de la République ainsi qu’un nouveau parlement et rassurer chacun sur la place qui serait la sienne dans le nouveau paysage politique et institutionnel.

Nos partenaires internationaux seront appelés à garantir cette transition pour être rassurés eux aussi de la voie dans laquelle notre pays s’engagera pour un développement juste et profitable à tous.

Je voudrai pour ce faire en appeler à la conscience de tous car les problèmes du Gabon ne sont pas aussi simples que nous pourrions le penser. Nous devons avoir cette capacité de voir les problèmes en face, de les affronter et d’y trouver de bonnes solutions car il ne suffit pas seulement de changer un homme à la tête de l’Etat pour que tout change.

C’est pourquoi à travers le soutien des Gabonais à cette offre politique, c’est le présent et l’avenir de notre pays, et sa souveraineté que nous avons en devoir de bâtir et de protéger.
Que Dieu bénisse le Gabon, je vous remercie.

Paul-Marie GONDJOUT le 31 juillet 2017

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