Kevazingogate: le rôle marginal du ministère des Transports et de l’Oprag

Une vue aérienne du Port de Libreville © D.R

Alors que des hauts fonctionnaires de l’administration des Eaux et Forêts et de l’Economie viennent d’être suspendus à titre conservatoire de leurs fonctions, l’opinion se questionne sur l’étendue des responsabilités dans cette affaire qui défraie la chronique. Si deux administrations sont mis au banc des accusés, il ressort de nos investigations que l’Office des ports et rades du Gabon (Oprag) n’aurait qu’un rôle marginal dans la gestion des deux ports d’Owendo dont la concession est assurée par Bolloré et Gsez Port filiale du groupe Olam.



Quel rôle joue l’autorité de régulation qu’est l’Office des ports et rades du Gabon dans la gestion des entrées et sorties de marchandises ? Et qui sont les responsables dans le trafic très souvent observé au sein du port d’Owendo? Ce sont les questions qui taraudent les esprits depuis la disparition de 353 conteneurs de kevazingo révélée par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville Olivier N’zahou.

Si une dizaine de hauts fonctionnaires ont été suspendus de leurs postes suite à cette affaire, et que des membres du gouvernement dont les administrations ont été impliquées sont invités à tirer toutes les conséquences qui s’imposent, c’estàdire à démissionner, le rôle de l’administration des transports et plus particulièrement de l’Oprag suscite de plus en plus de questionnements car considérée comme l’autorité de régulation.

Selon une source judiciaire, dans la chaîne de décision, l’Oprag n’est pas impliqué. Ce sont essentiellement les administrations  des Douanes et des Eaux et Forêts qui étaient au fait des opérations de contrôle et de déplacement des conteneurs. Aucune des administrations sous tutelle du ministère des Transports n’a d’ailleurs été convoquée. L’Oprag assure désormais les missions du défunt Conseil Gabonais des chargeurs, notamment s’assurer que les conteneurs sont chargés du port d’Owendo pour l’export, ou encore suit la traçabilité des conteneurs sans avoir les pouvoirs de contrôler le contenu de ceux-ci.

Sur la gestion des marchandises l’administration des Douanes est la seule compétente. « l’Oprag son rôle est d’autoriser  l’accostage des navires, l’embarcation des marchandises, l’accès et la sortie de la zone portuaire qui se manifestent par deux actes la clarence in et la clarence out », nous a confié une source exerçant au sein du port d’Owendo.

Il faut souligner qu’en matière de gestion du flux des marchandises, les propriétaires desdites marchandises sont très souvent propriétaires des magasins et des airs dédouanement. L’opération de dédouanement, qui précède l’autorisation d’embarquement ne peut être effectuée sans l’administration des douanes. « Dans le cas du Kevazingo c’est une marchandise qui est interdite à l’exportation même à l’exploitation. Les 353 conteneurs ont été saisis et dans le cas d’espèce c’est ce que l’administration appelle un flagrant délit. Lorsqu’une marchandise est prise dans le cadre du flagrant délit l’administration des douanes doit établir ce qu’on appelle un procès verbal de saisi », nous a révélé notre source judiciaire.

Dans le cas d’une disparition aussi flagrante « la responsabilité première incombe à la personne qui a été commise comme gardienne et l’identité de cette personne est consignée dans le procès verbal de saisi mais si ce procès-verbal n’a pas été établi par l’administration des douanes c’est une faute professionnelle. Si le PV a été fait normalement la zone est clairement indiquée avec des rubans autour de la zone, on met des scellés et personne ne peut les déplacer de cette manière ».

Pour revenir sur la responsabilité de l’Oprag, elle n’est pas impliquée dans l’ensemble du processus, mais simplement dans la délivrance des autorisations d’entrée et de sortie des navires. en effet, le document qui autorise l’embarquement de la marchandise est « le bon à exporter qui est un document délivré par l’administration des douanes », ce qui signifie que c’est bien un douanier qui donné l’autorisation d’embarquer au navire transportant les 18 conteneurs localisé en Chine, sans oublier que lesdits conteneurs étaient sous la surveillance de l’administration des Eaux et Forêts.

Autant d’éléments qui démontrent donc la culpabilité des fonctionnaires des douanes placés sous l’autorité du ministre de l’Economie, et des agents des Eaux et Forêts, et qui dédouanent quelque peu l’Office des ports et rades du Gabon. Mais loin de cette affaire, le rôle de cette dernière devrait susciter quelques réajustement car il est incompréhensible que ses missions ne se limitent qu’à celui de simple régulateur des entrées et sorties des navires des ports.

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