Jean Valentin Leyama : «cet eurobond n’aura aucun impact sur l’économie comme le précédent»

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A gauche l'ancien directeur de cabinet du président de la République Jean Valentin Leyama © D.R.

Entre incapacité à mettre en place les mécanismes visant à rembourser dans les délais les emprunts extérieurs notamment l’eurobond souscrit en décembre 2013, et difficultés à rendre viable les nombreux projets d’investissements consentis au cours de la décennie écoulée, le gouvernement a dû se résoudre à solliciter les investisseurs étrangers. Loin d’avoir convaincu, cette opération a suscité de nombreuses interrogations auxquels n’a pas manqué de répondre Jean Valentin Leyama ancien dircab du président et économiste, dans un entretien accordé à notre rédaction.  


Gabon Media Time : Quel commentaire faites vous du nouvel emprunt obligataire international d’un montant de 1 milliard de dollars US conclu par le gouvernement gabonais ? 

Jean Valentin Leyama : Ce nouvel emprunt vise, par son produit, rembourser partiellement un eurobond lancé en 2013, pour un montant de 1,5 milliard de dollars, dont l’échéance arrive en 2024. Le Gouvernement a anticipé sur son incapacité à y faire face à bonne date. Contrairement à la  communication officielle, cette opération s’effectue à des conditions très défavorable pour le Gabon : on rembourse au taux de 6,6% un emprunt souscrit à 6,3%, dans un contexte mondial de taux proches de zéro. C’est la preuve de la dégradation de notre notation financière.

Au regard du montant souscrit et de la durée de maturité, quel va être l’impact de cet eurobond sur l’encours de la dette publique voire sur les perspectives à long terme de l’économie gabonaise ?

Cet emprunt n’aura aucun impact sur l’économie comme le précédent. Le produit de l’emprunt reste entre les mains des emprunteurs. Par contre, il y aura un alourdissement de l’encours de la dette en raison du l’augmentation du prix de l’argent de 0,3% environ. Ça peut paraître dérisoire, mais appliqué sur des centaines de milliards sur 10 ans, c’est considérable.

Dans son communiqué le gouvernement soutient que malgré ce nouvel eurobond, la « soutenabilité de la dette extérieure gabonaise est également préservée ». Qu’en est-il réellement ? 

En termes arithmétiques, si vous devez 100 et que vous empruntiez la la même somme pour annuler la première dette, l’opération est nulle si on s’en tient au principal. Nous ne serons ni plus, ni moins endettés mais le service de la dette sera plus élevé en raison de l’aggravation du taux d’intérêt.

Avec un encours de la dette publique a plus de 5400 milliards de FCFA, le gouvernement ne vient il pas de s’engouffrer dans un cercle encore plus vicieux d’endettement si on prend en compte le coupon à 6,625%? 

La cavalerie, appelé ainsi un processus financier où de nouveaux emprunts servent sans cesse à rembourser les emprunts antérieurs, est devenu le mode gestion permanent de l’État. C’est la principale cause de l’aggravation de la dette publique.

Avec des dépenses de fonctionnement à près de 1000 milliards de FCFA par an dont 700 milliards de FCFA pour les dépenses de personnels, doit-on craindre que les liquidités issues de cet eurobond ne servent finalement qu’à financer le train de vie de l’Etat?

Je l’ai dit, le produit de cet emprunt n’atterira pas dans les caisses de l’État, c’est une opération neutre.

La BAD a indiqué récemment que la dette extérieure africaine était excessive, en grande partie à cause des emprunts obligataires internationaux. Qu’en est il du cas du Gabon ?

Avec un encours de la dette supérieur à 5000 milliards et un taux d’endettement de près de 65 %, oui, notre endettement est excessif. L’endettement en soi n’est pas mauvais. Utilisé à bon escient en vue de financer des investissements rentables, il agit comme un effet de levier en vue d’accroître la richesse nationale.

Or, il est difficile d’établir une correspondance directe entre notre endettement et les réalisations. Par exemple, à quoi à servi le produit de l’eurobond de 2013 dont la publicité officielle justifiait l’opération par la nécessité de financer des infrastructures ? Hormis la dette contractée auprès des organismes financiers multilatéraux, qui va directement au financement des projets retenus, les emprunts levés sur les marchés financiers sous-régional et international sont destinés au maintien du train de vie de l’État.

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