Jean Ping : « Nous avons décidé de mettre le pays en situation  d’ingouvernabilité…»

De retour à Paris, au terme d’un périple qui l’a  conduit dans plusieurs capitales européennes où il dit plaider la cause gabonaise, Jean Ping a accordé une interview exclusive à Gabon Média Time, dans laquelle il livre ses impressions concernant les questions chaudes de l’actualité politique gabonaise.

Gabon Média Time : Mr le Président Bonjour !

Jean Ping : Bonjour.

Mr le Président actualité oblige, vous êtes aujourd’hui avec nous, mais vous bouclez là une tournée européenne qui vous a respectivement conduit à Paris, Bruxelles et de Berlin. Tournée au cours de laquelle vous avez notamment rencontré un certains nombre de personnalités.  Quel bilan à chaud, tirez vous de cette visite ?

Oui, j’effectue souvent, disons tous les 3 mois, la tournée des capitales du monde libre. Donc l’Europe en général, singulièrement la France, l’Union Européenne, cette fois-ci J’ai fais l’Allemagne. Je devais aller aux États-Unis mais le calendrier m’emmène à y aller qu’un peu plus tard. Je rentre au Gabon et je ferai ensuite une tournée des pays Africains pour la même chose, pour plaider la situation du Gabon, et ce que j’appelle, « non assistance à Peuple en danger ».

Nous disons que votre comportement apparaît comme non assistance à Peuple en danger. Ne venez pas après la mort. Il y’a le peuple gabonais qui demande de l’assistance. Les sanctions sont une chose mais en règle générale, nous demandons à la communauté internationale de prendre ses responsabilités. Elle a observé les élections, elle a vu la fraude. Elle ne peut pas s’arrêter là.

Bon, il ne faut pas non plus imaginer que nous ne comptons que sur la communauté internationale. On dit « aide toi et le ciel t’aidera ». Il y’a la communauté internationale mais à l’intérieur, nous faisons un travail considérable, qui n’est pas forcément perceptible mais qui est là. Nous le faisons et ça porte ses fruits. Ce travail porte ses fruits.

Mr le Président, permettez moi d’insister. Aujourd’hui les gabonais se posent des questions quant à l’utilité, la pertinence et l’efficacité de ces nombreuses visites que vous effectuez depuis un moment déjà, en Europe notamment. D’aucuns disent même d’elles qu’elle  sont purement formelles, vides et sans intérêts. Que vous êtes désormais un homme quelque peu isolé, dépassé par les événements et qui avance à la « va comme je te pousse ».

Que répondez vous à ces gabonais qui aujourd’hui émettent des réserves sur votre  capacité à trouver un épilogue à la crise dans laquelle notre pays est embarqué depuis bientôt 1 an ?

Mais… chacun a le droit d’émettre l’avis qui lui paraît le plus approprié. Nos adversaires ne peuvent pas dire autre chose que ce qu’ils sont en train de dire. Mais nous sommes conscients de la réalité. Nous avons une feuille de route. Nous avons décidé de mettre le Gabon en situation d’ingouvernabilité…

Cela suppose…?

Cela suppose que le pays ressemblera à une ville morte. À un pays mort. Et vous voyez bien, personne ne travaille. Il y’a des grèves partout, des manifestations partout. Même les fonctionnaires vont au bureau mais ne travaillent pas et la conséquence est immédiate, il n’y a  plus d’argent. Parfois les députés, leurs députés et sénateurs restent deux mois sans salaires. Si on fait appelle au Fond Monétaire international c’est que ça va mal. Mais vous pensez que la situation du «  ça va mal » arrive comme ça ? Non ! C’est nous qui avons mis tout cela en place et nous continuons notre déroulé.

Mr Jean Ping,  un de vos soutiens et membre de la coalition, en l’occurrence Jean Eyeghe Ndong déclarait ceci à l’issue d’une causerie organisé à votre QG samedi à Libreville :  » Jean Ping Foulera le sol de la patrie en tant que président ce Mardi 25 Juillet ». Quelle est la symbolique et la portée d’une telle déclaration?

A l’entendre, on serait presque tenté de croire que le combat prendra une nouvelle dimension à votre arrivée à Libreville ce mardi le 25 juillet. Si oui laquelle ?

À mon sens, je ne crois pas que c’est ce qu’il ait voulu dire. Il a simplement voulu montrer que quand l’usurpateur, le dictateur est arrivé à Libreville, il a payé des gens pour venir l’accueillir à l’aéroport. Il dit donc, vous voyez le vrai président arrive, il n’aura pas besoin de donner un centime à quelqu’un. Ils viendront à pied, ils viendront tous accueillir leur président. Et même les villes de l’intérieur du pays dont les populations ne peuvent pas regagner Libreville faute de moyens, seront vêtues de jaune. Donc,  c’est important de marquer la différence qu’il y’a entre un dictateur, usurpateur isolé qui est obligé de payer des gens pour l’accueillir et un autre, qui n’a rien demandé et que la population décide librement d’accueillir.

Mr le Président, les récentes informations inquiètent les gabonais. La dernière en date est là compagne du « ni, ni » qui bat son plein actuellement dans la classe politique gabonaise et qui est notamment soutenu par Mr Gondjout…

Qui est celui là ?

Paul Marie Gondjout vous le connaissez pas Mr le Président ?

Ah ! Oui oui. Alors qu’est ce qu’il a fait ?

Je disais tantôt que Paul Marie Gondjout qui soutient le « ni ni » est accompagné dans cette démarche par Franck Rebella, ancien sénateur de Port-Gentil.  Quelle message lancez vous à l’endroit des gabonais qui sont de plus en plus inquiets par rapport à cette situation ? Par rapport à cette divergence d’avis au sein de la coalition que vous dirigez.

Écoutez ! On va tout entendre dans les temps qui courent. Tout entendre. Des gens qui sont payés pour dire cela, pour faire cela. Est-ce que ce Monsieur a parlé au nom de son parti ou en son nom personnel ? Tout le monde dit que c’est à son nom personnel. Bon en votre nom personnel vous pouvez raconter tout ce que vous voulez, y compris vos rêves les plus profonds et les plus élucubrés. Je ne réagis pas à ce genre de chose.

Mr Jean Ping, en lançant tout de même un regard plat sur les derniers événements nous avons presque la conviction qu’aujourd’hui  la galaxie Ping ne parle plus d’une seule et même voix. Quelle est l’origine de cette dissension ?

Ben… écoutez ça ce sont les vrais questions qu’il faut poser et non les élucubrations d’un Gondjout. C’est ça les vraies questions parce que ce sont des partis politiques aussi, qui nous ont soutenus et qui peuvent avoir des divergences avec moi par exemple.

Est-ce que ces divergences ne portent-elles pas atteinte au combat que vous  menez ?

Mais Forcément… forcément.

Que dites vous aux gabonais pour les rassurer par rapport à cela ?

Les gabonais disent ceci, les gabonais le disent. Ici vous allez l’entendre. «  Si le président avance, on le suit. S’il s’arrête, on le braque, et s’il recule, on l’égorge ».  Vous avez attendu ça. Bien ! Moi j’avance avec le peuple gabonais, le reste m’importe peu

Le mot de la fin ?

Le mot de la fin, c’est simplement de vous remercier de l’amplification que vous faites de notre mouvement. Vous la presse singulièrement et c’est important. Aujourd’hui c’est l’ère des réseaux, de la communication instantanée et si vous n’avons pas ça, nous ne pouvons pas nous faire connaître. Et les gabonais ne peuvent savoir un certains nombre de choses qu’ils arrivent à connaître via vos médias. C’est donc un moment extrêmement important. Peut être que vous n’avez pas conscience dans la lutte,  de l’importance de vos communications. C’est très important peut être même plus important que ceux qui passent leur temps à se chamailler et discuter des petits bouts de pain, ici ou ailleurs.

Mr Jean Ping, on vous remercie.

C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Pharel Boukika

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