Jean Ping à Ali Bongo : «Je vous invite…à la passation des charges sans délai pour mettre fin aux souffrances du peuple gabonais»

C’était indubitablement une marée humaine qui était rassemblée ce samedi 15 avril, au collège Ntchoréré pour le méga meeting organisé par la Coalition pour la nouvelle République, dirigé par Jean Ping. Cette rencontre qui s’inscrit dans le prolongement de la tournée que ce dernier a entamé sur l’ensemble du pays, avait pour objectif de mobiliser les partisans de l’opposition et appelé le peuple à poursuivre le combat pour le changement et l’alternance dans le cadre de la résistance initié aux lendemains de l’élection présidentielle du 27 août 2016.

C’est devant des milliers personnes, que Frédéric Massavala a ouvert la série d’allocution qui devaient ponctuer cet événement. En véritable tribun, il a axé son discours sur la nécessité de poursuivre la résistance pour que triomphe la vérité des urnes qui a largement vu «la victoire de Jean Ping». Revenant sur les événements du 31 août 2016 et plus précisément sur les morts enregistrés lors des violences post-électorales, il a martelé que ceux qui ont été tués ont «élu Jean Ping président de la République, et c’est ce qu’ils ont demandé. En face on les a massacré, mais leur sang, c’est avec ce sang que le pays écrira l’histoire, l’histoire macabre de l’émergence». Faisant preuve d’une inventivité remarquable, qui n’a d’ailleurs pas manqué de soulever des cries effrénés de la foule, Frédéric Massavala a expliqué que le nom Jean Ping signifiait «Jésus Est Avec Nous, Pour Imposer un Nouveau Gabon», un clin d’oeil à l’histoire biblique à la veille de la célébration de la Pâques qui commémore la résurrection du Christ.

Prenant la parole à la suite de Frédéric Massavala, le président du comité d’organisation du méga meeting de la Coalition, Jean François Ntoutoume Emane est quant à lui revenu sur la crise multiforme que traverse le pays depuis 8 ans, et qui s’est accentuée à l’issue du scrutin du 27 août 2016. «Fidèle à leur diabolique attitude, je dirai même à leur indécrottable atavisme le pouvoir a décidé de confisquer la victoire du peuple et de précipiter le pays dans l’abîme»,  a t-il lancé.

Evoquant la crise post-électorale, il a souligné que «contrairement à la légitimité et à la souveraineté du peuple explicitement exprimé à travers  les urnes, ils ont fait le choix, toute honte bue à travers de grossières escroqueries électorales, d’une légitimité incertaine ou crapuleuse, procédant également au massacre de nombreux de nos jeunes compatriotes, espérant ainsi bâillonner par la peur notre peuple».

A l’entame de son discours, Jean Ping a tout d’abord remercier les populations d’avoir effectué massivement le déplacement pour cette «rencontre Républicaine», soulignant que «chacun de nous a compris depuis le 27 août 2016 que le Gabon ne pouvait être sauvé que par la conjugaison de nos propres forces, Unis dans la concorde et la fraternité». «Le mercredi 12 Avril, je suis allé à Medouneu rendre un hommage mérité à André Mba Obame (AMO), le MOÏSE du Gabon, un de vos illustres enfants. Je lui ai demandé de nous assister, de poursuivre avec nous le combat qu’il a si courageusement commencé. Je lui ai demandé d’appeler tous ceux qui, avant et après lui, ont perdu la vie dans ce combat, Joseph Rendjambé Issani, Pierre Mamboundou Mamboundou ,Mboulou Beka, pour ne citer que ceux-là, pour qu’ils nous aident à en finir avec cette imposture qui nous étouffe» a t-il déclaré devant une foule survoltée.

Revenant sur l’issue de l’élection présidentielle, il a réaffirmé qu’il en était le vainqueur, «ce dirigeant que vous avez élu c’est moi Jean Ping. C’est moi qui dois nommer aux plus hautes fonctions de l’administration civile, militaire et diplomatique. C’est moi qui dois fixer les orientations de la politique nationale. Tout ce qui est fait aujourd’hui, sans Moi, que vous avez élu, est illégitime et illégal» a lancé l’ancien président de la Commission de l’Union africaine.

Par ailleurs, il a élagué les difficultés que traverse le pays notamment dans le domaine de l’éducation, de la santé ou de l’économie, «le Gabon ne peut plus éduquer ses enfants. Les putschistes ont déclaré la guerre à l’École gabonaise, car c’est de cela qu’il s’agit. La solde de plus de Huit Cents enseignants a été arbitrairement suspendue. De nombreux enseignants ont été radiés de façon abusive (…), le Gabon ne peut plus soigner ses enfants. Les femmes continuent d’accoucher à même le sol. Le Gabon n’a plus de justice, sinon celle aux ordres des imposteurs. Le climat des affaires s’est détérioré de manière drastique, le secteur pétrolier est en lambeau, les faillites et les fermetures des entreprises se multiplient. Le chômage explose, la pauvreté a atteint des sommets» a t-il relevé.

Répondant aux attentes et à l’impatience qui semble gagné plusieurs de ses partisans sur l’issue de la situation de blocage, Jean Ping a révélé que «les signes qui annoncent la fin du coup d’Etat sont : 1-L’enquête de la CPI qui conclura assurément à l’arrestation des meurtriers du peuple gabonais. 2-les sanctions ciblées de la communauté internationale qui vont frapper les auteurs et complices du coup d’Etat militaro-électoral».

Enfin, il a lancé un ultimatum à Ali Bongo afin que ce dernier quitte le pouvoir, «c’est pourquoi, devant vous, peuple gabonais, je m’adresse solennellement encore une fois à Ali Bongo en l’appelant fermement à se conformer à la vérité des urnes. Ali Bongo, les Gabonais ne vous ont pas accordé la majorité de leurs suffrages, vous le savez très bien, la communauté internationale le sait également. Je vous invite par conséquent, à la passation des charges sans délai pour mettre fin aux souffrances du peuple gabonais», a t-il conclu sous un tonnerre d’applaudissement.

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