jeudi,1 octobre 2020
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Jean Gaspard Ntoutoume Ayi: «Un jour viendra… Continuez !»

Le 14 août 2020, alors que la propagation du coronavirus décline au Gabon depuis le mois de juin, le communiqué final du Conseil des ministres, tenu en visioconférence, a indiqué que l’état d’urgence sanitaire était prorogé de 45 jours par ordonnance. Cette prorogation avait pour conséquence de maintenir jusqu’à la fin du mois de septembre les mesures restrictives en cours, notamment l’interdiction des réunions de plus de 10 personnes, la fermeture des lieux de culte, la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités, le couvre-feu sur toute l’étendue du territoire de 20h à 06h du matin, les tests obligatoires pour sortir du Grand Libreville. Au soir du mercredi 02 septembre 2020, le Copil dénombre 5 nouveaux cas de Covid-19 pour 3913 tests réalisés sur 2 jours. Cela se passe de commentaire.

Ce vendredi 04 septembre 2020, les 143 députés de l’Assemblée nationale du Gabon vont se retrouver dans leur hémicycle, en présence des 33 membres du Gouvernement pour adopter à une écrasante majorité la déclaration de politique générale du Premier ministre. Avant de se rendre à cette grande messe, ces compatriotes auront eu le privilège de déposer, ou faire déposer, leurs enfants au Lycée français Blaise Pascal de Libreville, ou dans l’une des six Écoles publiques conventionnées qui ont obtenu une dérogation spéciale du Ministre de l’Éducation Nationale pour faire leur rentrée cette semaine. La grande noblesse intègrera quant à elle ses quartiers du «Ruban vert» le 07 septembre 2020. Alors que l’État à la responsabilité de protéger le faible sans léser personne, dorénavant selon que vous-êtes fils de pauvre ou de riche, vous irez à l’école en novembre ou en septembre.

Cette déclaration de politique générale se tient en dehors des délais constitutionnelle, avec la bénédiction d’une Cour constitutionnelle dont nul ne peut contester le trouble des conditions dans lesquelles elle fut renouvelée en septembre 2019. S’y ajoute, le surprenant adoubement anticipé, lors de la cérémonie d’ouverture de la session parlementaire ce 1er septembre 2020, d’un Président de l’Assemblée Nationale qui le 17 janvier 2019, moins d’une semaine après son « élection » dans cette fonction, en violation de la préséance républicaine, avait réservé sa première visite à la Présidente de la Cour Constitutionnelle. Quoi de plus surprenant, entre principaux acteurs et bénéficiaires de l’imposture ? On se croirait à Corleone.

En soit, l’histoire ne retiendra rien de la lecture laborieuse de cette déclaration de politique générale, pas plus que le vote mécanique des députés du PDG et de ses satellites. L’opinion sera dans l’espérance de la cinglante réponse que leur opposera le courageux député de l’opposition que ses pairs auront désigné. Ce sera le moment d’interroger et de s’interroger, au nom du Peuple souverain et pour l’Histoire. Qui dirige le Gabon ?

Qui, depuis le 24 octobre 2018 et l’accident vasculaire cérébral dont a été victime Monsieur Ali Bongo, met fin aux fonctions et nomme les Premiers ministres ? Qui a nommé en août ou septembre 2019 les neufs membres de la Cour Constitutionnelle en violation des prescriptions de l’article 89 de la Constitution, notamment en ce qui concerne leur désignation ? Qui nomme, pour prendre ainsi le contrôle de l’appareil d’État, les officiers généraux et les dirigeants des administrations et établissements publics ?

Depuis plus de 5 mois, les Gabonais subissent dans une forme de résignation la gestion autocratique de la crise sanitaire mondiale. Comme c’est le cas depuis le mois d’octobre 2018, le seul objectif poursuivi est le maintien du régime par tous les moyens. Désormais la question de la capacité de Monsieur Ali Bongo à assurer la charge de président de la République ne se pose plus. Il est définitivement en incapacité, nul ne le conteste plus. Y compris de l’intérieur. Désormais, telle la Mouche du coche, le régime s’accroche vaille que vaille.

Pour mieux comprendre le contexte et faire le lien entre la situation de vacance de la Présidence de la République dans laquelle se trouve dans les faits le Gabon et la gestion autocratique de la crise sanitaire, il faut se souvenir de cette note confidentielle du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Ministère français des affaires étrangères, en date du 24 mars 2020, qui se résumait ainsi qu’il suit : « La crise du Covid-19 peut être le révélateur des limites de capacité des États, incapables de protéger leur population. En Afrique notamment, ce pourrait être « la crise de trop » qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale). Vu d’Afrique, le Covid-19 se présente sous la forme d’un chronogramme politique qui va amplifier les facteurs de crise des sociétés et des États. ». 

C’est en définitive la frayeur de « la crise de trop », donc la nécessité de protéger le régime, qui a conduit à confier au Ministre de l’Intérieur, plutôt qu’au Ministre de la Santé, la direction opérationnelle de la gestion d’une crise sanitaire.

Pour cela, le régime n’aura pas hésité à sacrifier l’éducation, donc la jeunesse, en prenant soin de protéger celle de ses propres enfants. C’est aussi ce qui explique la fermeture des lieux de culte, en violation de la liberté de culte consacrée par notre constitution. C’est également ce qui justifie le maintien du couvre-feu et de l’interdiction des réunions de plus de 10 personnes, afin de conforter le bâillonnement de l’opposition politique et de la société civile. C’est enfin ce qui explique le peu d’intérêt pour la protection du tissu économique, notamment les PME/PMI et l’économie populaire qui représente pourtant 50% de l’économie nationale.

Viendra le jour où, le Peuple, qui dans sa grande majorité ne supporte plus l’humiliation pour le Gabon de cette imposture sans nom, trouvera la force de vaincre la peur qui à juste titre l’habite. 

Viendra le moment où, les démocrates et les républicains, qui ne souffrent plus de voir leur pays pris en otage et condamné à une déchéance certaine, se sentiront moins impuissants parce que leur Appel à Agir aura enfin été entendu. 

Alors, sorciers et perfides trompeurs, surviendra ce moment particulier que la presse du monde entier commentera et que l’Histoire retiendra.

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi,

Commissaire national à l’Union nationale, membre du collectif citoyen Appel à Agir.

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