dimanche,25 octobre 2020
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Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : le maire d’Akanda est incompétent et ignore la loi

Candidat aux Législatives de 2018 et porte-parole des 11 conseillers municipaux de l’opposition issus de la coalition Rassemblement pour la patrie et modernité (RPM)/ Union Nationale (UN) à la mairie de la commune d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, multiplie les sorties médiatiques pour dénoncer la gestion opaque et approximative de cette mairie par Gregory Laccruche Alihanga. Dans cette interview accordée à Gabon Média Time, l’ancien porte-parole de Jean Ping revient avec exactitude et acuité sur ce qui s’apparente à bien des égards à une gestion scabreuse et illégale de la Mairie de la commune d’Akanda causée en partie par 3 facteurs, une méconnaissance accrue de la loi,  une incompétence notoire et l’influence certaine des valeurs du PDGisme.

Gabon Média Time : Depuis quelque temps, vous dénoncer la gestion de la mairie d’Akanda. Quelle sont les raisons qui vous poussent aujourd’hui à monter au créneau pour remettre en cause la gouvernance de Gregory Laccruche Alihanga, à la tête de cette mairie ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : Je tiens tout d’abord à préciser qu’il ne s’agit pas ici de l’homme mais de l’autorité qu’il représente. Une autre personne serait Maire d’Akanda que j’aurais également entrepris la même démarche.

Une commune est gérée par un Conseil municipal. Ce dernier élit un bureau qui est l’exécutif du conseil. En dehors des questions de police et d’état civil, tout ce que le Maire et ses adjoints peuvent faire nécessite l’accord préalable du Conseil municipal. Y compris acheter le moindre stylo, c’est-à-dire engager la moindre dépense, payer le moindre salaire. Ils ne peuvent le faire que s’ils ont présenté un budget au Conseil municipal et que ce dernier l’a approuvé. La loi impose que le Conseil municipal se réunisse deux fois par an au moins, une fois chaque trimestre. Et s’il y a de la matière, il peut se réunir de façon extraordinaire autant de fois que nécessaire.

Le conseil municipal a été réuni par l’autorité de tutelle en février pour élire le bureau. À la suite de cette élection du bureau, le maire et ses adjoints ont été installés dans leurs fonctions au mois de mars. Mais jusqu’à maintenant, le Maire n’a jamais convoqué le Conseil municipal. Pourtant, c’est le Maire qui est le président du conseil et c’est à lui qu’incombe la responsabilité de convoquer le Conseil municipal.

Quel grief faites-vous alors au maire d’Akanda, Gregory Laccruche Alihanga?

Nous reprochons à la mairie de ne pas avoir réuni le conseil municipal plus de huit (8) mois après l’installation de son bureau. Nous lui reprochons de ne pas avoir présenté un budget au vote du conseil municipal surtout de ne pas avoir présenté son programme d’activités au conseil municipal. De ce fait, nous nous demandons sur quelles bases juridiques le Maire et ses adjoints gèrent-ils la commune ? Sur quelle base légale les salaires du Maire et de ses adjoints, ainsi que les autres dépenses de la commune d’Akanda sont payés ?

Nous, les 11 conseillers municipaux de l’opposition, avons adressé une correspondance au Maire le 20 septembre 2019 pour discuter avec lui de la gestion communale. Plus de deux mois plus tard, notre courrier est resté sans réponse. C’est au vu de cette attitude de stagnation que nous avons décidé de donner une conférence de presse. Car, en temps que conseillers municipaux de l’opposition, nous avons un mandat, donc des comptes à rendre aux citoyens d’Akanda.

Avez-vous entrepris des démarches visant par des moyens légaux, à faire convoquer ce conseil ?

Nous avons saisi formellement l’ensemble des conseillers municipaux de la majorité comme de l’opposition pour leur proposer d’utiliser la procédure de convocation du Conseil municipal à la demande de la moitié des conseillers municipaux. La lettre individuelle de demande de convocation de la réunion du Conseil municipal a été signée par les onze (11) conseillers de l’opposition, un du Parti démocratique gabonais (PDG) et les quatre (4) conseillers du Parti pour le développement et la solidarité sociale (PDS). Ainsi donc, avec 16 signataires sur un total de 47 conseillers, nous ne disposons pas du quorum nécessaire qui est de vingt-quatre (24) conseillers.

Seul un conseiller municipal du PDG a signé sa lettre. Je suppose donc que tous les autres conseillers sont solidaires de ce que fait le Maire. C’est pour cela justement, que je dis que ce n’est pas une question de personne, parce que si c’était le cas, les conseillers municipaux PDG qui savent très bien que nous sommes dans l’illégalité se seraient comportés autrement. Nous envisageons dans les prochains jours, avec mes collègues conseillers de l’opposition, de saisir le ministre de tutelle, afin qu’il convoque ce conseil.

Pour revenir sur les investissements engagés par le maire dans la commune et à la lumière des informations que vous venez de nous fournir,  il apparaît clairement que les fonds décaissés pour investir sont faits de façon irrégulière ?

 

Je n’en sais rien. Les investissements sont là. C’est vrai puisqu’on peut les voir, mais qui les réalise ? C’est la question à laquelle le maire doit répondre devant le conseil municipal. Mais le conseil municipal ne s’étant pas réuni pour entendre le Maire, et n’ayant pas accès au compte de la  mairie au Trésor public, nous ne pouvons pas dire qui réalise l’investissement. 

Si par hasard ces investissements sont réalisés par la Commune d’Akanda, alors ils sont réalisés en totale illégalité. Il se pourrait aussi qu’ils ne soient pas réalisés par la commune. Mais en tout état de cause, qu’ils soient réalisés par la commune ou pas, ils ne peuvent pas être réalisés sans l’aval de la commune, et pour avoir cet aval il faut réunir le Conseil.

Je vais prendre un cas précis. Nous ne savons pas sur quelle base juridique et avec quel mandat une compagnie de transport urbain opère à Akanda.  Nous ne savons pas ce que Trans’Akanda fait et avec quel mandat. Nous avons besoin d’entendre le Maire à ce sujet. Qu’il nous explique, comment et par quel mécanisme, cette société a t-elle obtenu le droit d’opérer dans la commune. S’il ne peut répondre des activités de cette société dans notre commune, alors qu’on  arrête les activités de Trans’Akanda dans la commune parce que c’est illégal.

Il y a un deuxième cas, celui des voiries urbaines qui sont réalisées. Certaines routes sont pavées, d’autres bitumées. Dans les faits, la mairie d’Akanda n’a pas les moyens de le faire. C’est, a priori, un investissement réalisé par l’État. Mais la loi oblige l’État à se concerter avec la commune pour décider des voies qui vont être aménagées. Dès lors qu’on ne peut aménager toutes les voies, il y a un choix de priorités qui doit être fait et ce choix est fait par la commune. Le conseil municipal devait donc se prononcer dessus, malheureusement, cela n’a pas été fait.

L’État n’a-t-il pas satisfait à cette exigence ?

Non. Ou alors, il l’a fait uniquement avec le Maire et ses adjoints, en comité restreint sans associer le Conseil municipal. Aujourd’hui, nous ignorons ce que le maire a fait ou ce qu’il n’a pas fait.  Si l’on avait un eu une réunion du Conseil municipal, l’on saurait ce qui est imputable au Maire et ce qui ne l’est pas.

Troisième cas qui n’a l’air de rien, nous constatons depuis un moment, l’installation du mobilier urbain (poubelles, etc.) entre autres, un peu partout dans la commune. C’est là et c’est très bien, reconnaissons-le, mais nous ignorons totalement la provenance de ces mobiliers urbains. Nous avons besoin que le Maire nous dise que tel investissement a été posé par le maire et tel autre est un don ou un legs, etc.

Bref, il y a un manque criant de transparence et sans réunion du Conseil municipal, il n’y aura pas cette transparence que nous souhaitons.

Est-ce que à la lumière de l’actualité de notre pays, notamment les arrestations liées à des malversations financières, estimez-vous que la justice devrait se pencher sur le cas de la commune d’Akanda ? Doit-on faire un audit pour avoir une idée exacte de la gestion du budget de la commune?

Non. Cela s’apparenterait à une chasse aux sorcières. Si aujourd’hui la Justice devait se pencher sur le cas d’Akanda je dirai « et le maire de Libreville ? ».  Donc non, ce ne serait pas pertinent. Aujourd’hui, exclusivement, je reproche au Maire son absence de transparence, mais je ne le soupçonne pas de la moindre malversation financière. 

Par contre, je demanderai un audit au titre de la gestion précédente. Je veux et je le demanderai au Conseil municipal que la Mairie d’Akanda demande l’audit de la gestion précédente. Mais pour la gestion actuelle, qui remonte au mois de mars, je n’ai aucun élément et j’ai même envie de dire, qu’il ne m’est même pas venu à l’esprit qu’on pouvait saisir les tribunaux compétents parce qu’il y aurait eu des délits. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas eu mais je dis que pour le moment il n’y a rien qui m’amènerait à le penser au point de saisir la justice. L’audit, pour moi, doit porter sur les cinq années de gestion de l’équipe sortante, parce que nous avons besoin de savoir quelle était la situation de la commune avant l’arrivée de la nouvelle équipe.

Pensez-vous que le maire d’Akanda viole et ignore délibérément les dispositions légales ? 

Je pense que le comportement de la mairie d’Akanda aujourd’hui est lié à deux choses : l’incompétence d’abord et le PDGisme ensuite. Le PDGisme  s’entend ici par une culture qui consiste à ne jamais rendre compte. Je ne suis pas encore au stade de dire qu’il y a des malversations financières de l’équipe actuelle, je suis au stade où je dis qu’il y a beaucoup d’incompétence. Parce que lorsque vous avez l’obligation de réunir un Conseil municipal, vous le réunissez. Même si c’est pour dire : « écoutez, je ne vois pas encore claire, je vous réunirai à nouveau quand je verrai plus clair ». Et il y a également le fait que le PDG est un parti très arrogant.

Dans pareil contexte, est-ce qu’on considère l’attitude du maire comme celle visant à agir au nom des populations d’Akanda?

Nous avons présenté un projet aux élections municipales. Je n’ai pas contesté les résultats des élections, donc je suppose que majoritairement nos compatriotes ont choisi le projet porté par le maire actuel. Est-ce le projet qui est mis en œuvre aujourd’hui ? Je ne saurai le dire, mais c’est aux populations d’apprécier.

Mon rôle est celui d’apprécier en Conseil municipal ce qui se fait dans ma commune, si les populations sont d’accord, si ce qui se fait dans la commune est légal. Mais tant qu’il n’y aura pas de Conseil municipal,  je ne pourrais pas apprécier ce qui se fait ni dire qui en est l’auteur.

Donc on peut clairement dire qu’il y a une volonté manifeste du maire de nourrir l’opacité dans laquelle son équipe travaille depuis la prise de fonction au mois de mars?

Mais s’il est incompétent ? Parce que par exemple, si vous vous trouvez en face d’un enfant qui ne sait pas lire, vous n’allez pas dire de lui qu’il a la volonté de ne pas savoir lire. Il ne sait pas lire et c’est tout.

Qu’est-ce qu’on peut alors dire ? Le maire ignorerait-il que la réunion du conseil est légale et obligatoire ?

Je pense qu’il l’ignore. Il doit probablement se dire que le conseil municipal est un luxe, une faculté, et il ne sait pas qu’il est tenu de le réunir. Un enfant qui ne sait pas lire, ce n’est pas qu’il n’a pas envie de lire, mais parfois il ne sait même pas qu’il ne sait pas lire. L’incompétence c’est faire des choses sans se rendre compte que ce qu’on fait ne doit pas se faire ainsi.

Je suis sûr que le Maire d’Akanda est convaincu qu’il agit pour les populations d’Akanda, mais il n’est pas convaincu à mon avis qu’il viole la loi et que violer la loi est grave. Il faut que les responsables politiques apprennent à respecter la loi  Le Maire et les Pdgistes d’Akanda ignorent que réunir le Conseil municipal est une obligation. Je pense sincèrement qu’ils considèrent que c’est une faculté. C’est là et quand ils sont disponibles. C’est en cela que je pose ce problème.

Concrètement, à quoi s’expose le maire Grégory Laccruche Alihanga en demeurant dans cette situation d’illégalité ?

Mon opinion est qu’il est incompétent et cette opinion est la mienne.  Politiquement, le seul risque c’est être désavoué par le PDG mais à l’expérience de l’exercice des signatures, je n’ai pas l’impression que cela arrivera.

Soit on est dans un État de droit et il y a une autorité de tutelle qui le contraint à se conformer à la loi, et s’il s’entête la commune sera mise sous tutelle, c’est un risque. Mais comme l’autorité de tutelle est elle-même PDGisme…

Nous risquons gros. Nos compatriotes doivent prendre conscience de ceux qu’ils ont mis à la tête de la commune. Nous étions aux élections, ils les ont choisis. Alors dans 5 ans, ils verront la conséquence de leur vote. Il faut que nos compatriotes sachent qu’ils sont comptables de cette situation, ils doivent apprécier le travail que chacun fait. Ceux qui ont voté pour nous également, doivent apprécier le travail que nous faisons et ils nous jugeront par rapport à ce travail. Ceux qui ont voté pour le PDG doivent apprécier le travail que le PDG fait et ceux qui sont restés chez eux doivent apprécier la conséquence de leur abstention. La démocratie c’est ainsi que ça se passe.

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Pharel Boukikahttp://gabonmediatime.com/
Titulaire d'une Licence en Communication, d'une Licence en Economie et Gestion et d'un Master en droit Privé, mon appétence pour le journalisme est mise en exergue au quotidien à travers mes analyses sur Gabon Media Time dont je suis le Rédacteur en Chef.
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