Hyacinthe M’ba Allogho « Nous sommes la risée du monde »

Nous publions in extenso, un libre propos du journaliste indépendant Hyacinthe M’ba Allogho paru dans l’hebdomadaire Antsia n°18 le 18 janvier 2017.

À cause d’une coupe d’Afrique des Nations de football dont personne ne voulait, nous sommes devenus la risée du monde entier. Nous étions déjà sceptiques nous-mêmes sur nos capacités réelles à recevoir cette grand-messe, si peu de temps après en avoir co-organisé une précédente. Nous étions encore à faire nos calculs d’apothicaire quant à la réelle 0 rentabilité des investissements effectués en 2012 que voilà, l’autre et parti ramasser une nouvelle, avec la complicité d’un président de la Confédération africaine de football qui voulait lui faire le cadeau d’une organisation aux effets d’essuie-glace glace sur les conséquences populaires du coup d’état électoral qu’il préméditait. Cela malgré la crise financière qui nous frappait avec une baisse drastique de nos revenus, il s’est entêté. Résultat, le travail à été bâclé partout, les infrastructures d’accueil ne répondent à aucune norme, encore faut-il qu’elles existent et ce qui existe à été bricole à la va-vite. Ce qui devait arriver est fatalement arrivé et le monde entier se paie notre tête aujourd’hui… à juste raison.

«Gabon de merde, il n’a personne dans vos putains de stades », voila le tweet d’un algérien quI arbore fièrement le drapeau de son pays sur son portrait. C’est vrai que dans la majorité des cas et sauf le premier jour en dehors de la cérémonie d’ouverture qui a été royalement boudée par la population qu’il a d’ailleurs fallu aller racoler par bus entiers dans les quartiers, les stades sont vides. Vides malgré la gratuité des billets, vides malgré la gratuité des transports vers les stades, vides par l’effet d’un boycott demandé par la Société Civile. Mais de là à oser traiter tout un pays comme ça. .. Mieux encore, c’est un site d’information en ligne, algerie-focus.com, qui va plus loin. Les journalistes y révèlent que le gouvernement gabonais réquisitionne des enfants dans les écoles du primaire pour remplir les stades et sous entendu faute de spectateurs réels. On peut comprendre l’attitude des algériens et la mettre sur le compte de la jalousie du mauvais perdant. Ils étaient candidats contre nous pour organiser cette même coupe. Mais que dire de la BBC qui publie des photos de sorties de stade avec des civils dans des camions militaires et qui les commente en disant que l’entrée au stade était gratuite, vu qu’elles billets étaient offerts et que le transport des supporters était également pris en charge par l’Etat.

Les Marocains que nous disons amis ne nous ont pas raté non-plus. Ils se sont allègrement gaussés des conditions d’accueil de leur délégation à Oyem ? D’un, ils exploitent à fond la photo d’une tente sur un terrain vague la présentant comme le seul coin d’hébergement que leurs supporters ont pu trouver dans la ville et cela grâce à leur ambassade. Entre nous, si les babouchistes découvrent que la capitale du Woleu N’tem n’a aucune installation hôtelière répondant aux critères de la CAN, nous le savions. Nous n’avons rien fait. De deux, les commentaires de leurs journalistes sont mi moqueurs, mi insultants. Un brin moins acerbes cependant que ceux de leurs collègues français de BBEI sport. Le stade d’Oyem est une merveille, reconnaissent-ils, il est cependant implanté en plein milieu de la forêt équatoriale. Cette précision a l’effet de provoquer un fou rire collectif. Histoire de se demander comment a-t-on pu intelligemment choisir de le mettre si loin de la ville et si en retrait des villages.

Même les Togolais y ont ajouté leur grain de sel pour raconter les failles d’une organisation en dessous des attentes d’un aussi prestigieux événements. Le cahier de route d’un de leur journaliste de Lomé à Bitam est un chapelet de déconvenues et de manquements, que ne démentira jamais mais bien au contraire, la photo d’une vue de sa chambre que publié un joueur ivoirien : une superbe décharge publique à moins de cinq mètres de sa fenêtre.

La honte a quitté le Gabon et ses dirigeants. Quelqu’un viendra nous raconter que cette Can à été un plein succès. Nous on sait en tirer l’évidente conclusion. Cette CAN devait redorer le blason d’Ali Bongo, honni par sa population en lui offrant le meilleur des divertissements. Elle va confirmer devant le monde entier qu’entre cette population et lui, le divorce est à jamais consommé. D’autant que nous n’étais vraiment pas obligés.

Hyacinthe M’ba Allogho

Journaliste indépendant

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