La HAC suspend le journal L’Aube et son rédacteur en chef pour un article sur la santé d’Ali Bongo

Orca Boudianza Mouele, rédacteur en chef des hebdomadaires du Groupe Oloumambè © D.R

L’état de santé du chef de santé Ali Bongo Ondimba devient un sujet tabou au Gabon et peut désormais faire l’objet de censure. C’est ce qu’on pourrait penser après l’annonce de la suspension pour 3 mois de l’hebdomadaire L’Aube par la Haute autorité de la communication (HAC). Fait nouveau dans cette lourde sanction infligée par cette institution, l’interdiction d’exercer prise contre le rédacteur en chef des journaux du groupe Olloumambè.

Le père fouettard a encore frappé. C’est du moins ce qu’il faut retenir de la dernière réunion plénière de la Haute autorité de la communication qui semble désormais plus encline à censurer les médias émettant des opinions contraires à celles distillées par la presse d’état. Ainsi, après une audition qui aura tourné court, l’institution dirigée par Raphaël Ntoutoume Nkoghe a décidé de suspendre pour 3 mois le journal  L’Aube et 6 autres et le rédacteur en chef Orca Boudiandza Mouelé pour avoir écrit un article insidieux sur la santé du chef de l’Etat, intitulé en Une : « le Gabon en (très dangereux) pilotage automatique ».

« La Haute autorité de la communication conformément aux articles cumulés 40 et 41 de l’ordonnance susmentionnée et des articles 179 et 180 du code de la communication décide De l’interdiction de 6 mois de l’exercice de l’activité du journaliste et de la fonction de rédacteur en chef du journal l’Aube pour monsieur Orca Boudiandza Mouelé en application de l’article 183 du code la communication et l’interdiction de paraître de trois mois du journal l’Aube en application de l’article 186 du code la communication », indique le communiqué de la HAC.

Pour justifier sa position les conseillers membres de la haute autorité soulignent que le rédacteur en chef du journal l’Aube n’a pas pu répondre aux vraies questions justifiant la pertinence de son article et aurait brillé par « une attitude obséquieuse et condescendante ».

Des assertions totalement balayées d’un revers de la main expliquant que c’est à quelques heures d’intervalle qu’il avait été convoqué et informé séance tenante de l’objet de la convocation en l’occurrence la santé du président de la République.  « Nous nous sommes défendus en précisant que nous faisons notre travail, la Constitution est claire et nous avons tout simplement indiqué la voie à suivre si jamais les informations des médias internationaux venaient à se confirmer », a-t-il confié à Gabon Media Time.

« L’audition est partie en vrille dès lors qu’un conseiller membre s’est permis de critiquer la qualité de notre travail de façon odieuse en disant qu’on manque de professionnalisme, je lui ai tout simplement rappelé qu’il n’avait pas à le faire en disant que je ne savais pas si on entendait le français de la même manière », a révélé Orca Boudiandza Mouelé.

Une décision pour le moins curieuse puisque outre la suspension du journal, l’organe en charge de la régulation de la communication vient de franchir un nouveau pallier dans ses sanctions en décidant désormais de s’immiscer dans le fonctionnement des rédactions et à ce qu’il semble mettre au chômage ses agents. La position adoptée par la HAC vient une fois de plus renforcer l’idée d’un « musellement programmé de la presse au Gabon », comme le craint depuis plusieurs mois l’organisation non gouvernementale internationale Reporter sans frontière (RSF).

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